Éditos

Wilhelm Furtwängler interdit d’Unesco …

Communiqué spécial

continue de susciter les passions, pas toujours hélas de la meilleure façon. En 2004, qui était l’année du cinquantenaire de sa mort, les media français avaient plutôt mollement célébré la mémoire du chef d’orchestre. En 2005, jeudi 3 mars dernier, à la SCAM (1), plusieurs personnalités du milieu musical ont dénoncé une « sombre affaire » et demandé à l’Unesco de s’expliquer.

Une Sombre affaire qui merite la lumière…

Le 1er décembre dernier, pour les cinquante ans de sa mort, le « Te Deum » du chef d’orchestre , également compositeur, devait être joué en création française à l’Unesco. Or, l’événement n’a pas eu lieu pour cause d’annulation forcée. Et deux mois après la date du concert annoncé, les partenaires et organisateurs attendent toujours des explications de l’Unesco.

« Nous avons été mis devant le fait accompli. Soudainement, à trois semaines de la date du concert, changement de ton et de discours… » s’indigne Odile Perceau qui devait diriger les Chœurs du Khloros Concert et l’Orchestre des Lauréats de France, soit un plateau de 160 musiciens professionnels. « À aucun moment lors des dernières semaines de travail avec l’équipe officielle, nous n’avons été avertis d’un changement quelconque de position… Plusieurs mois de travail ont été balayés sans que nous n’ayons pu recueillir une explication honnête, claire et respectueuse » poursuit la musicienne, par ailleurs, directeur artistique du Khloros Concert, la société organisatrice de l’événement. « Pourtant nous avions reçu au début un accueil des plus chaleureux qui nous montrait combien la figure de Furtwängler en France ne suscitait plus de polémique. Or en quelques heures, il nous fut prétextées des pressions menaçantes, des coups de téléphone… Et il ne fut plus jamais question du concert hommage pour les cinquante ans du Maître. Aujourd’hui, bien qu’attristés par ces méthodes insidieuses, nous demandons officiellement un droit de réponse car la lumière doit être faite sur cette sombre affaire. Notre sentiment, partagé par les proches du musicien, en particulier par son épouse Elisabeth Furtwängler, qui devait être présente au concert de décembre, reste la stupeur et l’incompréhension. Outre nos efforts et nos démarches évacués sans motif, nous restons frustrés que la musique, celle de Wilhelm Furtwängler, n’ait pu se faire entendre au moment du cinquantenaire de sa mort. La réalisation de cet événement symbolique nous est refusée. Que dire aussi du ressentiment de madame Furtwängler âgée aujourd’hui de quatre-vingt quatorze ans? Ce concert était important pour elle, sa famille, ainsi que pour tous les musiciens désireux de rendre hommage au Maître. Nous sommes à présent en mars 2005, et nous devons tout reprendre, réamorcer de nouvelles démarchesTout cela est désolant pour la mémoire de Wilhelm Furtwängler, pour son épouse Elisabeth. Que 50 ans après sa mort, son nom puisse toujours attiser de la suspicion et du silence me désole car c’est là le signe de l’ignorance et de la méconnaisance de la vie de cet homme? Ne serait-il pas temps que l’on arrête de souiller sa mémoire? Ne serait-il pas temps que les choses soient remises à leur juste place? … ».

Depuis, Elisabeth Furtwängler a reçu une lettre de l’Unesco dans laquelle nulle mention du concert anniversaire annulé mais une invitation où lui serait remise la médaille Mozart… Invitation qu’elle a naturellement, déclinée.

Jeudi 3 mars 2005 était projeté le documentaire « Furtwängler/Epilogue » d’Aurine Crémieu à la Scam (8, rue Vélasquez 75008 Paris). Le film de 26 minutes dresse le portrait de Furtwängler par ses proches (2). À l’issue de la projection, Odile Perceau a lancé un appel à l’Unesco en relisant les propos historiques de celui qui fût un ami de Furtwängler et sans aucun doute l’un des plus éminents Ambassadeurs de bonne volonté de l’Organisation : Yehudi Menuhin (lire le document ci-après). À ses côtés, Philippe Leduc, Président de la Société Wilhelm Furtwängler, Jean Maheu, ancien Président de Radio France, Françoise Pommereul, Présidente des Amis du Khloros Concert ainsi qu’Andreas Furtwängler, le fils du Chef illustre, ont également fait part de leur profonde tristesse et indignation, en dénonçant l’attitude de l’Unesco.

Au moment où nous mettons en ligne ce communiqué, nous attendons une lettre de madame Elisabeth Furtwängler. Affaire à suivre dans les colonnes de Resmusica. com.

—-

A l’occasion du Cinquantenaire 2004, Elisabeth Furtwängler a fait rééditer « Wilhelm Furtwängler», livre qu’elle avait publié en 1983 et qui reparaît sous le titre « Pour Wilhelm » avec des lettres inédites (1941-1953) et un cd contenant l’enregistrement de la IXe Symphonie de Beethoven dirigée par son mari en 1953. Ed. L’Archipel ; 22, 95 euros ; critique du livre à venir sur Resmusica. com.

(1) SCAM : Société civile des auteurs multimedia

(2) Diffusion sur la Télévision Suisse Romande le 21 novembre 2004 puis sur Mezzo le 29 décembre dernier.

—-

Yehudi Menuhin en 1946 : « Rester à son poste requiert souvent plus de courage que de déserter. »

Yehudi Menuhin écrit en 1946 au Général Mac Clure, de la division américaine de contrôle de l’information, chargée du dossier Furtwängler. *

« Cet homme n’a jamais été membre du parti nazi. Il n’a occupé aucune fonction officielle depuis sa démission de la direction de la Philharmonie de Berlin en 1934. En de nombreuses occasions, il a risqué sa propre sécurité et sa réputation, en plaidant, aidant et protégeant ses amis et collègues. Comme militaire, vous devriez savoir que rester à son poste requiert souvent plus de courage que de déserter.

Pour ce qui est de « l’aura de respectabilité » qu’il aurait donnée au parti nazi, nous alliés, ne sommes-nous pas infiniment plus coupables, et de notre propre chef, en ayant reconnu, et en ayant pactisé avec ces monstres, à l’exception de l’Angleterre qui est entrée en guerre avant d’avoir été agressée ? Souvenez-vous de Munich et de Berchtesgaden. Je crois qu’il est lâche de faire de Furtwängler une échappatoire à nos propres crimes. Et si cet homme est désireux de retourner en Allemagne, à ses charges et à ses responsabilités, il doit être encouragé, car c’est à Berlin qu’il appartient. Si cette nation malade doit un jour redevenir un membre respecté de la communauté internationale, ce sera grâce aux efforts d’hommes tels que Furtwängler, qui ont prouvé qu’ils étaient capables de sauver de la guerre, au moins une partie de leur âme. »

* Lettre publiée par Daniel Gillis, « Furtwängler in America », 1970, Etats-Unis. Traduction de Georges SCHNEIDER, extraite de sa préface parue dans l’ouvrage « Musique et Verbe » de Wilhelm Furtwängler chez Albin Michel / Hachette. Collection « Pluriel » dirigée par Georges Liébert.

Droit de réponse de l’UNESCO

Lettre de Muriel de Pierrebourg, Porte-parole du Directeur général de l’UNESCO à Françoise Pommereul, Présidente des Amis du Khloros Concert datée du 23 décembre 2004

Lettre de Mme Elisabeth Furthwängler à M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO du 28 janvier 2005.

Réponses au Droit de réponse de l’UNESCO

Communiqué de Madame Pommereul en réponse à la diffusion de la lettre de Muriel de Pierrebourg, Porte-parole du Directeur Général de l’Unesco, datée du 13 décembre 2004, sur votre site ResMusica.com.

Lettre de l’UNESCO de Alice Bosquillon de Jenlis, Chef de la Section des Relations publiques et des événements culturels, le 12 juillet 2004 à Mme Furthwängler.

Position de Mr Andréas Furthwängler sur le concert et la manifestation, prévus le 1er décembre 2004, dans le cadre de l’UNESCO, à l’occasion du cinquantième anniversaire de la mort de Furtwängler :

Lettre de Mme Elisabeth Furthwängler à M. Koïchiro Matsuura, Directeur général de l’UNESCO du 9 fevrier 2005.

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01