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Triomphe pour le maestro Varviso

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Gand. Bijloke. 8-IV-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco, Opéra en un prologue et 3 actes, livret de Temistocle Solera d’après la pièce Die Jungfrau von Orleans de Schiller. Giovanna : Marina Mescheriakova, Carlo VII : Stefano Secco, Giacomo : Bruno Caproni, Talbot : Kurt Gysen, Delil : Eric Raes. Vocaal Collectief, direction : Jaak Gregoor. Chœurs du Vlaamse Opera chef des chœurs : Celso Antunes. Orchestre symphonique du Vlaamse, Direction musicale : Silvio Varviso.

Création de Giovanna d’Arco

L’amateur de raretés aura été comblé cette saison par la programmation du Vlaamse Opera : une création mondiale, Richard III de Giorgio Battistelli, une œuvre rarement jouée, Ariane et Barbe-Bleue de Paul Dukas, ainsi que deux premières en Belgique, Rinaldo de Georg Friedrich Haendel en mai prochain, et actuellement à l’affiche, Giovanna d’Arco de .

Cet opéra, créé en 1845 à la Scala de Milan, est très représentatif du style du Verdi de jeunesse, une musique qui vise l’efficacité avant tout, avec force cabalettes, chœurs aux rythmes militaires et de nombreuses fanfares. Peu de finesses et de subtilités, encore que la riche orchestration démente en de nombreux endroits la mauvaise réputation du jeune Verdi en la matière, mais des finales très rondement menés, et plusieurs airs magnifiques, ceux du rôle-titre en premier lieu. Créditée à sa création d’un succès très moyen, par la faute d’une distribution inégale, Giovanna d’Arco fut la cause d’une longue brouille entre la maison milanaise et Verdi qui ne lui fournit plus de créations avant Otello en 1887. Pour cette première belge, l’Opéra flamand a fait le choix d’une version de concert, ce qui semble judicieux car on évite ainsi le défilé de choristes et de figurants que semble appeler un livret assez sommaire, et reposant entièrement sur le traditionnel triangle verdien : Père, (baryton) Fille, (soprano) Amant, (ténor), les deux autres personnages, Talbot et Delil n’étant que des silhouettes. L’argument est très librement inspiré des faits historiques, Jeanne d’Arc se trouvant affublée d’un père aux initiatives intempestives, et périssant à la bataille plutôt qu’au bûcher.

Dans le rôle-titre, Marina Mescheriakova, chanteuse assez inégale, fait craindre dans son premier air qu’elle soit dans un de ses mauvais jours, le phrasé est haché, les vocalises laborieuses, l’aigu faux et forcé, son très beau haut-médium lui permettant seul de sauver les meubles. Les choses s’arrangent heureusement par la suite, l’aigu se fait plus libre et assuré, elle retrouve justesse et souplesse, et si on peut regretter la mollesse de ses consonnes et le côté guttural de sa diction, il faut lui reconnaître un investissement dramatique efficace, enflammée dans « Or dal Padre benedetta » et étant très émouvante lors de sa dernière scène. Pour ses débuts en Charles VII, rôle qui semble plus d’une fois annoncer celui d’Alfredo Germont dans la Traviata, Steffano Secco est rayonnant de beauté vocale, d’éloquence et de vaillance. Les aigus sont lumineux, le style châtié, le souffle semble inépuisable, et la projection est exemplaire. Son plus bel air, « Quale piu fido amico », est à faire pleurer les pierres malgré son refus de l’effet facile et du pathos larmoyant. est également excellent, chantant avec autorité, noblesse et endurance. La diction est très franche et il vocalise avec beaucoup de panache, malgré un timbre manquant légèrement de métal et un vibrato parfois envahissant.

Autres protagonistes importants dans cet opéra, les chœurs, réunion du Vocaal Collectief de Jaak Gregoor et du chœur du Vlaamse Opéra, qui se montrent sous leur meilleur jour, avec une diction très claire, une mise en place parfaite, et de très beaux timbres.

Triomphateur de la soirée, le grand , qui à plus de quatre-vingts ans électrise un orchestre dont les qualités d’enthousiasme, de fraîcheur et d’énergie conviennent très bien à cette musique. Adoré des musiciens et du public, le chef suisse donne une lecture brillante et contrastée de la partition, s’attachant à mettre en valeur dès l’ouverture les richesses de l’orchestration. Il a parfois du mal à ne pas couvrir ses chanteurs, mais à sa décharge, il faut souligner que la salle du Bijloke est particulièrement défavorable aux voix solistes, dont le son semble souvent éteint. Le maestro Varviso recevra une ovation debout de la part du public à la fin du concert, hommage très émouvant à un chef qui a dirigé tant de grandes soirées au Vlaamse Opera.

Crédit photographique : © De Vlaamse Opera

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Gand. Bijloke. 8-IV-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Giovanna d’Arco, Opéra en un prologue et 3 actes, livret de Temistocle Solera d’après la pièce Die Jungfrau von Orleans de Schiller. Giovanna : Marina Mescheriakova, Carlo VII : Stefano Secco, Giacomo : Bruno Caproni, Talbot : Kurt Gysen, Delil : Eric Raes. Vocaal Collectief, direction : Jaak Gregoor. Chœurs du Vlaamse Opera chef des chœurs : Celso Antunes. Orchestre symphonique du Vlaamse, Direction musicale : Silvio Varviso.

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