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Le mandarin par Marin Alsop ou l’incarnation de la sensualité

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Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux Sz73 ; Suite de danses Sz77 ; Images hongroises Sz97. Bournemouth Symphony Orchestra, direction : Marin Alsop. 1 CD Naxos. Réf. : 8. 557433. Enregistré à Lighthouse, Poole (Angleterre) en juillet 2004. DDD. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 62’12’’

 

Première femme à avoir dirigé l’orchestre du Concertgebow d’Amsterdam, est chef principal du depuis 2002. Formée sous les tutelles de Bernstein et d’Ozawa, elle est une des rares femmes chef d’orchestre à diriger de nombreuses formations prestigieuses telles que les Philharmoniques de New York et de Londres. Ses enregistrements pour le label Naxos montrent son éclectisme et sa volonté de traiter des répertoires trop peu fréquentés (intégrale de l’œuvre pour orchestre de Barber).

Sa nouvelle parution se concentre à contrario sur l’une des œuvres majeures du répertoire pour orchestre, le Mandarin Merveilleux (1919) de . Comme tout chef-d’œuvre visionnaire, la pantomime en un acte du compositeur hongrois a été très contestée lors de sa création en 1926, au point que le compositeur ne la réentendra pas de son vivant.

Le propos a pu en effet déranger un public trop civilisé, peut-être plus que la musique même. Le mandarin doit être compris comme le miroir d’une face sombre de la Psyché humaine, de pulsions primitives et malsaines. Mélange d’érotisme et de violence, la musique se veut agressive et faussement aguicheuse, dépeignant un univers à la fois fascinant et repoussant.

Si l’interprétation par Boulez peut s’apparenter à un cauchemar des plus terrifiants, celle de , par sa sensualité très exotique voire romantique (concupiscence de la texture, velouté des cordes, délicatesse des glissandi), se rapproche plus de fantasmagories hypnagogiques. La dynamique pourrait y être plus accentuée et incisive, les fortissimi plus éclatants, cependant la maîtrise des difficultés rythmiques et des plans sonores y est confondante et permet une écoute facile et naturelle. On peut en outre saluer le brio des vents, notamment audible dans le premiet volet. Le chœur final parait quant à lui trop concret, et vient malheureusement troubler le mysticisme se dégageant de cette version.

Le présent programme est complété par la Suite de danses (1923) et les Images hongroises (1931) pour orchestre. Moins enregistrées, ces œuvres montrent pourtant une fois de plus le génie orchestral de Bartók et également de son maniement de la musique populaire magyare qu’il imagine et élabore plus qu’il ne l’utilise comme matériau exogène. Les interprètes sont encore une fois à la hauteur, se laissant guider par une chef décidément coloriste.

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Béla Bartók (1881-1945) : Le Mandarin Merveilleux Sz73 ; Suite de danses Sz77 ; Images hongroises Sz97. Bournemouth Symphony Orchestra, direction : Marin Alsop. 1 CD Naxos. Réf. : 8. 557433. Enregistré à Lighthouse, Poole (Angleterre) en juillet 2004. DDD. Notice bilingue (anglais-allemand). Durée : 62’12’’

 
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