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Barbara Ducret, le grand lyrique qui ose

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Barbara Ducret

A l’occasion de sa prise de rôle dans Salomé de Richard Strauss à Saint-Étienne, ResMusica a rencontré , nommée aux Victoires de la musique 2004 dans la catégorie Révélations Jeunes Talents.

« Je me suis demandé si je devais accepter le rôle ou pas. »

ResMusica : Vous venez aujourd’hui de chanter votre premier grand rôle. Pour les lecteurs de Resmusica. com, qui n’ont peut-être encore pas entendu parler de vous, voulez-vous commencer par vous raconter ? Votre découverte de la musique, vos études ?

 : J’ai commencé des études musicales très jeune, à huit ans je suis entrée au CNR de Lille dans les classes de solfège, violoncelle, orgue et écriture. Plus tard, j’ai décidé de terminer mon cycle d’études d’écriture au CNSM de Paris que j’ai intégré en 1994. En parallèle, je suis entrée en musicologie à l’université. J’y ai obtenu la maîtrise, le CAPES, et enfin l’agrégation. En 1995, à vingt ans, je suis devenue professeur d’éducation musicale et de chant choral pour l’Education Nationale, puis, suite à l’obtention du diplôme d’Etat, j’ai enseigné le solfège et je suis également devenue accompagnatrice dans les classes de chant des écoles de musique.

RM : Pour commencer des études musicales si jeune et les poursuivre si longtemps, vous avez dû être encouragée par votre entourage ?

BD : Ma mère est une grande mélomane et nous a transmis sa passion, à ma sœur et à moi-même. Pour elle, il fallait avoir une activité « extra-scolaire ». La musique classique s’est tout de suite imposée !

RM : Et le chant ?

BD : J’ai entamé mes études de chant en octobre 1998 et intégré le département lyrique du CNSM de Paris quelques mois plus tard. J’ai terminé mon cycle d’études en 2003.

RM : C’est votre expérience d’accompagnatrice qui vous y a poussée ?

BD : Peut-être un peu, mais ce sont surtout deux stages de chant choral sous la direction de Jean-François Sénart et des soirées « bœuf » à la maison où l’on chantait jusque des trois heures du matin … Tout cela m’a permis de sortir de ma coquille de grande timide … et surtout cela m’a donné envie de prendre des cours de chant.

RM : Comment définissez-vous votre voix ?

BD : Je suis grand soprano lyrique, ou si vous préférez, lirico spinto. Je crois que si je mène bien ma voix, sous les conseils de mon professeur Malcolm Walker, elle s’épanouira de plus en plus vers ce beau répertoire de Verdi, Puccini et peut–être Wagner …

RM : On vous a déterminée ainsi d’emblée ?

BD : En fait, j’ai commencé mezzo, mais on m’a fait rapidement passer à grand soprano lyrique.

RM : Peu de jeunes chanteurs se définissent de cette façon. C’est impressionnant de pouvoir chanter Salomé à trente ans !

BD : Même pas trente ans ! Je me suis demandé si je devais accepter le rôle ou pas. Mais je le chante avec mes moyens, avec ma voix de jeune femme, je ne crois pas que je chante comme une femme de quarante-cinq ans, je reprendrai peut-être Salomé plus tard, avec une voix plus mûre.

RM : Ça ne fait pas peur de commencer avec ce rôle-là ?

BD : Ça fait peur, mais c’est en même temps très excitant. Salomé est à la fois une gageure et aussi une très belle histoire, je suis contente d’avoir accepté ce rôle et je suis ravie que Jean-Louis Pichon m’ait permis de le faire.

RM : En plus de cette Salomé, vous présentiez Amelia de Un ballo in maschera de Verdi et Alceste de Gluck aux Victoires de la musique, et au récital du prix de chant du Conservatoire de Paris 2003, de nouveau Amelia et Russalka (entre autres). Ce sont des rôles très lourds ?

BD : Alceste, pas tant que ça. Je n’ai pas travaillé tout le rôle d’Amelia, seulement les airs. Je ne suis pas encore prête pour le chanter dans son intégralité.

RM : Vous ne pensez pas qu’il y a un danger à aborder des rôles lourds si jeune ?

BD : Ne me faites pas passer pour une blonde ! (rires) Je n’ai pas la présomption de penser que je peux chanter aussi vite uniquement des rôles lourds ! Si j’enchaînais une Salomé, une Amelia, une Tosca, alors oui, ce serait dangereux. Il n’y a que trois représentations de Salomé, et si j’alterne avec des choses plus légères, si je connais mes limites, ce ne sera pas mauvais pour ma voix.

RM : A contrario, pour une voix naturellement large, serait-il mauvais de se cantonner à des rôles plus légers, mais inadéquats ?

BD : Oui, ça aussi c’est dangereux. Mais le problème est ailleurs. Les directeurs de théâtre ne veulent pas donner de rôles de second plan à des voix larges comme la mienne, pour ne pas déséquilibrer le plateau. Donc, il faut accepter des premiers plans. J’espère qu’avoir fait Salomé ne va pas jouer en ma défaveur, qu’on ne va pas penser que je joue à la grande voix, que je prends des engagements beaucoup trop lourds pour moi. Cette prise de rôle est à double tranchant.

RM : Pensez-vous qu’on fasse confiance aux jeunes chanteurs ?

BD : Ça dépend à la fois des directeurs d’opéra et des types de voix. Monsieur Pichon m’a fait confiance, mais il n’est pas rare que l’on me dise après une audition qu’elle s’est magnifiquement passée, mais que ma voix est trop impressionnante parce que trop large, et qu’il vaut mieux attendre encore quelques années. Les lyriques légers font généralement beaucoup moins peur que les grands lyriques.

RM : Quand on est une jeune chanteuse, comment fait-on pour décrocher des rôles ?

BD : Eh bien, on galère ! On passe des auditions et on attend désespérément que quelqu’un nous appelle ou que quelqu’un tombe dans l’escalier pour qu’on puisse faire le remplacement ! C’est horrible à dire, mais c’est exactement ça ! On peut passer des mois entiers à attendre, attendre, attendre, faire quelques récitals par-ci par là et ça ne vient jamais !

RM : Ne préfère-t-on pas parfois des grands noms, même un peu passés, à une jeune chanteuse prometteuse ?

BD : Si bien sûr, mais ça coûte plus cher !

RM : J’entends très souvent de jeunes chanteurs se plaindre de leurs agents, quand ils réussissent à en avoir un. Ils sacrifient leurs poulains au profit de leurs vedettes consacrées. Qu’en pensez-vous ?

BD : Il est évident que les agents ont leurs « têtes » qui leur assurent un revenu. Mais il est indispensable qu’ils fassent leur « trou » pour leurs jeunes ! Je viens de changer d’agent, et je sais qu’elle va faire son travail. J’ai confiance en elle.

RM : Quels sont vos projets ?

BD : Tant que ce n’est pas signé, je ne peux rien dire ! La seule chose dont je sois sûre, c’est de chanter Phèdre dans Ariane de Massenet pour la Biennale 2007 à Saint-Étienne.

RM : Mais c’est formidable ! Ariane est un des plus beaux opéras de Massenet, et aussi un des moins connus. Savez-vous qui chantera le rôle-titre ?

BD : On parle de Cécile Perrin.

Crédits photographiques : © D.R.

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