Éditos

La fin de l’autocratie des chefs ?

Après Muti …

Avec le choc causé par une telle nouvelle et le soutien politique massif autour du maestro, le droit de réponse des employés de la Scala et de Carlo Fontana, administrateur limogé par Muti le 24 février dernier a eu du mal à se faire entendre. Le Libération du 21 avril leur consacre une double page entière, riche en informations contradictoires.

Ainsi on apprend que le Teatro degli Arcimboldi, salle de remplacement du mythique Teatro alla Scala alors en pleine rénovation, est situé dans la banlieue de Milan, un endroit peu facilement accessible, au sein d’une zone industrielle. Avec pour conséquence la baisse de fréquentation du public, d’où la volonté de Fontana de programmer des œuvres populaires — même Cats d’Andrew Lloyd-Webber était envisagé, volonté battue en brèche par Riccardo Muti, partisan de la redécouverte d’opéras délaissés du répertoire italien.

Mais cette motion votée à la presque unanimité par les employés de la Scala (y compris les artistes-musiciens) contre le chef d’orchestre ne concernait pas qu’un choix de répertoire et son caractère autoritaire. Elle dénonçait aussi une baisse de qualité de l’ensemble des productions — sauf celles dirigées par Muti — par l’invitation de chefs de moindre qualité, des mises en scène passéistes — Muti avait fait sensation il y a quelques années à Salzbourg en refusant de diriger une Clemenza di Tito de Mozart réglée par Karl-Ernst et Ursel Hermann — et la baisse du nombre de représentations. Carlo Fontana en rajoute avec une politique inexistante de créations contemporaines — les dernières productions marquantes en ce domaine ont été Outis de Luciano Berio en 1996 et Tatiana d’Azio Corghi en 2000. En fin de compte le divorce bouillait depuis plusieurs années entre le maestro autoritaire « alla Toscanini » et ses troupes l’accusant de ne pas maintenir la Scala au niveau des grandes scènes lyriques internationales.

Le conseil d’administration de la Scala a remercié Mauro Meli, malheureux administrateur imposé par Muti (les musiciens arrêtaient de jouer quand il venait aux répétitions) et a appelé hier, jeudi 21 avril, Stéphane Lissner — actuellement administrateur du Festival d’Aix-en-Provence et des théâtres parisiens des Bouffes-du-Nord et de la Madeleine — à la rescousse.

Avec les disparitions de Leonard Bernstein, Herbert von Karajan, Carlos Kleiber ou Georg Solti et la retraite de Carlo Maria Giulini, les contestations depuis quelques années de grands noms de la baguette par leurs orchestre (Charles Dutoit avec le National de France puis l’Orchestre Symphonique de Montréal, André Prévin avec le Los Angeles Philharmonic, puis Simon Rattle avec le Philharmonique de Berlin, James Conlon avec l’orchestre de l’Opéra de Paris, …) sont grandissantes. Le chef d’orchestre souverain autoritaire et incontesté serait-il en passe de devenir un mythe du passé ?

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