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Ensemble Les Agrémens ou Quatre Wallons à Paris

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François-Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie concertante pour violon et violoncelle. Dieudonné-Pascal Pieltain (1754-1833)  : Troisième concerto pour violon. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : Concerto pour flûte. Antoine-Frédéric Gresnick (1755-1799) : Symphonie concertante pour clarinette et basson. Patrick Cohën-Akenine, violon ; François Poly, violoncelle ; Jan De Winne, flûte traversière ; Eric Hœprich, clarinette ; Jane Gower, basson. Ensemble Les Agrémens, direction : Guy Van Vaas. 1 CD WDR3 / Ricercar. Notice trilingue. Durée : 58’44

 

Ce CD est l’occasion d’une rencontre avec le Concert Spirituel et des rapports de quatre compositeurs (parfois quelque peu oubliés de l’histoire) avec cette institution essentielle de la vie musicale parisienne que fut le Concert Spirituel. Le premier d’entre eux, est considéré comme l’un des grands acteurs de la musique à la gloire de la révolution et de la république. En témoignent ces quelques titres, véritables professions de foi : le Serment républicain, l’Apothéose de Rousseau, Offrande à la Patrie, le triomphe de la République, le triomphe de la Liberté, Chant du 14 juillet… Bien d’autres existent, empreints d’un grand lyrisme, d’une ferveur, d’une éloquence et d’un enthousiasme républicain et révolutionnaire profondément sincères. Rappelons aussi qu’il a écrit un Te Deum chanté par douze mille choristes et une Marche lugubre interprétée par plus de mille instruments à vent!!! Gossec naît à Vergnies (aujourd’hui en Belgique) en 1734 et meurt à Paris (Passy) en 1829. Compte tenu de sa longévité (95 ans) sa vie musicale est particulièrement bien remplie. Elle recouvre celles de Bach, Rameau, Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert et Berlioz! Il a 16 ans quand Bach meurt et à sa mort, Berlioz a 26 ans! En 1751, sur les conseils de Rameau, le Fermier Général Le Riche de la Pouplinière l’engage comme chef d’orchestre avant de devenir maître de Chapelle du Prince de Condé à et d’entrer ensuite au service du Prince de Conti. Il dirige le « Concert Spirituel » jusqu’en 1777 après avoir fondé « Le concert des amateurs ». Il est nommé sous-directeur à l’Académie Royale de Musique en 1780 ; il est au comité de direction de l’Opéra, dirige l’école royale de chant et de déclamation qui devient Conservatoire National en 1795. Il en est d’ailleurs l’un des fondateurs avec Grétry. Il est à la tête de la musique de la Garde Nationale, est nommé par Napoléon membre de la commission d’examen de l’Opéra en 1799 avant de cesser toute activité en 1815.

On pense que le violoniste Giovanni Battista Viotti et l’un des frères Duport pour le violoncelle ont été les solistes de la ravissante Symphonie concertante de Gossec. Patrick Cohen-Akenine au violon et François Poly au violoncelle lui donnent une luminosité, une envergure poétique et un charme attachants. Le long premier mouvement est écrit en forme de sonate et le second plus léger et galant sous la forme d‘Une Anglaise en rondo. C’est surtout dans la cadence de fin du premier mouvement que s’expriment les deux solistes. On retient surtout la gaieté du second mouvement, son allure de danse populaire, son rythme enlevé et festif magnifiquement souligné par les hautbois qui ont un des plus beaux rôles de l’œuvre. Ils sont essentiels dans ce second mouvement avec leur superbe solo. Tout cela en équilibre avec l’excellent ensemble dirigé avec finesse et intelligence par Guy Van Vaas. C’est grâce à sa virtuosité de violoniste que le compositeur acquiert une renommée internationale. L’Europe entière l’acclame et l’invite régulièrement. Mais, au bout de nombreuses années, fatigué par ces incessantes tournées européennes, il revient en 1801 à Liège pour s’atteler à la composition. Son style est très influencé par l’école viennoise avec, notamment pour les concertos, une grande exigence de virtuosité pour le soliste. C’est le cas pour ce Troisième Concerto particulièrement décoré, d’une grande rapidité et atteignant des limites d’aigus incroyables. Patrick Cohen-Akenine, premier violon de l’Ensemble , restitue en beauté l’héroïsme allegro du premier mouvement avant le ravissant adagio du second mouvement à la ligne mélodique charmante et raffinée. Le rondo du troisième mouvement s’achève dans une frénésie diabolique après les moments de détente de son ravissant andantino.

Comme avec Gossec, André-Modeste Grétry va devenir l’une des plus importantes personnalités de la musique française à Paris. Il étudie à Rome en 1760 avant de rejoindre la célèbre Accademia dei Filarmonici de Bologne. Il écrit déjà avec succès des œuvres vocales. Il s’installe à Genève en 1766 pour y enseigner la musique et la composition. Il écrit et fait donner avec succès Isabelle et Gertrude, livret de Favart sur un récit de Voltaire. En 1767, il est à Paris. Il écrit Le Huron, livret de Marmontel d’après L’ingénu de Voltaire. Créée le 20 août 1768 à la comédie italienne, l’œuvre est un succès. Voltaire va être un de ses fidèles soutiens ainsi que l’ambassadeur de Suède en France. Sa musique plait et fait les beaux jours de la comédie italienne, notamment Zémire et Azor, immense succès. Il ne cesse d’écrire opéras et opéras-comiques jusqu’en 1803. Il est membre de l’Institut dès 1795, participe avec Gossec à la création du Conservatoire national de Paris. Comme pour Gossec, Napoléon en fait l’un des premiers chevaliers de la Légion d’honneur et lui octroie une pension. Il meurt à Montmorency, dans l’ancienne propriété de Jean-Jacques Rousseau qu’il a acquise. Il reste l’un des maîtres incontestés de l’opéra-comique au XVIIIe.

Il est clair que Grétry excelle davantage dans l’opéra et l’opéra comique que dans ce Concerto pour flûte dont on ne peut pas dire que ce soit une œuvre essentielle. C’est gentil, léger, les cadences sont agréables malgré leur manque évident d’imagination. Tout cela trouve grâce avec la flûte mœlleuse et tendre de Jan De Winne. Né à Liège en 1755, Antoine Gresnick part pendant huit ans achever ses études à Naples où il compose sa première symphonie et publie ses premiers opéras. Il part ensuite en Angleterre où le roi George IV le nomme maître de sa chapelle particulière. Ses œuvres lyriques connaissent un vrai succès à Paris où il rentre en pleine Révolution. Il meurt le 16 octobre 1799. Sa Comédie du Baiser donné et rendu présentée le 16 février 1796 au théâtre de Louvois fait sa fortune. Comme Grétry, il est meilleur dans la composition lyrique que dans la seule musique orchestrale. La partition de sa Symphonie concertante pour clarinette et basson est bardée d’indications de jeux, souvent excessives. Trois mouvements composent cette œuvre brillante, quelque peu complexe parfois mais qui a le mérite de mettre en valeur toute la beauté du basson, de lui offrir une très belle page de répertoire et un superbe dialogue avec la clarinette. Le premier mouvement est révélateur d’une véritable joute virtuose entre ces deux instruments avant la belle finesse de la Romance et du Rondo. Tout cela interprété avec talent et générosité par Eric Hœprich à la clarinette et Jane Gower au basson qui font chanter leurs instruments et en tirent des sonorités aux couleurs magnifiques.

Il convient également de souligner la grande qualité d’une prise de son réussie et soignée.

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François-Joseph Gossec (1734-1829) : Symphonie concertante pour violon et violoncelle. Dieudonné-Pascal Pieltain (1754-1833)  : Troisième concerto pour violon. André-Ernest-Modeste Grétry (1741-1813) : Concerto pour flûte. Antoine-Frédéric Gresnick (1755-1799) : Symphonie concertante pour clarinette et basson. Patrick Cohën-Akenine, violon ; François Poly, violoncelle ; Jan De Winne, flûte traversière ; Eric Hœprich, clarinette ; Jane Gower, basson. Ensemble Les Agrémens, direction : Guy Van Vaas. 1 CD WDR3 / Ricercar. Notice trilingue. Durée : 58’44

 
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