FBS-ResMusica-mégaBannière

Les 400 ans de Giacomo Carissimi : Franck-Emmanuel Comte et Le Concert de l’Hostel Dieu

FE ComteDepuis 1992, ressuscite les œuvres méconnues du Baroque italien et de la région Lyonnaise au sein de l’ensemble qu’il a fondé, Le Concert de l’Hostel Dieu. En souhaitant recréer les œuvres du répertoire, il entend aussi rétablir la musique dans les lieux patrimoniaux qui offrent un écrin propice à sa redécouverte. A l’occasion des 400 ans de et des concerts qu’il donne à Lyon, Chapelle de La Trinité, rencontre avec cet acteur de la vie musicale Lyonnaise.

« Avec Carissimi, nous terminerons à Lyon notre cycle romain. »

ResMusica : Vous vous apprêtez à donner deux concerts Carissimi. Pouvez-vous nous parler de son écriture musicale, de ce en quoi il a produit un modèle dans le genre des oratorios?

Franck Emmanuel Comte : Mattheson écrivit vers 1740 que Carissimi était connu de son vivant dans toute l’Italie comme « l’orateur » musical par excellence. Avec comme souci principal de transmettre la rhétorique du texte, il s’est efforcé de composer une musique à la fois expressive, naturelle et théâtrale. Des mélodies simples – lesquelles contribuent souvent à aplanir la frontière entre aria et récitatif -, des harmonies expressives (dont la fameuse sixte napolitaine que l’on apprend en cours de solfège !), des chœurs en vif contraste avec les passages solistes pour les moments de grande importance dramatique : tout tend à créer dans ses oratorios un ensemble harmonieux propre à séduire et à élever l’âme de l’auditeur. Pour toutes ces raisons, on considère, à juste titre, qu’il est l’un des maîtres de l’oratorio italien.

RM : Quelle vision avez-vous de l’homme ? de sa vie ? Y a t-il un épisode dont l’Histoire aurait gardé la mémoire et qui est emblématique de son œuvre ou de sa vie ?

FEC : Si l’on connaît bien sa musique, qui fut largement copiée et diffusée dans toute l’Europe, on connaît bien peu de chose de l’homme. Il fit une carrière « classique » pour le XVIIème siècle, gravissant avec patience et cohérence les divers échelons des emplois au service de la musique : de chantre de la cathédrale de Tivoli jusqu’à devenir maestro di capella de la Reine Christine de Suède, il occupa divers postes, montant ainsi la polyvalence de ses talents ; ceci étant finalement tout à fait habituel pour l’époque ou les musiciens ne connaissaient pas le syndrome de la spécialisation lié à notre époque moderne. On sait également qu’il se permit le luxe de refuser des postes prestigieux à San Marco de Venise ou à la cour des Habsbourg à Vienne. Ses nombreux élèves (Kerll, Colonna, Charpentier, …) le vénéraient tant pour l’étendue de son génie que pour la constance de son caractère. A part cela, aucune anecdote particulière ne nous a été transmise. Carissimi semble avoir été le professionnel parfait, assidu et studieux, comme le fut Jean-Sébastien Bach à une autre époque.

RM : Comment avez-vous conçu le programme Carissimi ? Pourquoi ces œuvres ?

FEC : Le programme des concerts à la Chapelle de la Trinité fut classiquement (et rhétoriquement !) conçu autour de trois histoires sacrées : Jonas, Ezechias, Jephté. Ces trois oratorios s’appuient sur trois « scénarios » idéalement construits autour d’un personnage central qui fait ainsi le lien. Celui-ci sera chanté dans notre projet par Howard Crook, dont tout le monde connaît le soin qu’il apporte à l’élocution et à la rhétorique. Deux canzones de Frescobaldi s’intercalent à l’intérieur de ce triptyque.

RM : A propos du rayonnement de son œuvre, connaissons-nous bien ses rapports avec les autres compositeurs romains, comme Luigi Rossi, Landi, Mazaroli, Mazzochi ? Carissimi est-il une figure isolée ou un musicien en contact avec son époque et ses goûts ?

FEC : On connaît mal ses liens avec ses collègues contemporains (hormis les compositeurs qu’il admit pour disciple). A la différence de Landi ou de Rossi, il semble s’être tenu à l’écart de la cour des Barberini, dont les artistes attitrés formaient une sorte de cercle assez fermé. Carissimi semble finalement avoir cherché à protéger son indépendance, créant sa propre « cour » musicale. A ce titre, il a davantage influencé des compositeurs de générations suivantes tels que Charpentier, Scarlatti ou même Haendel…

RM : Vous approfondissez votre travail autour des musiciens méditerranéens, plutôt italiens que français. Quels seront vos « grands projets » d’ici fin 2005 au concert ?

FEC : Avec Carissimi, nous terminerons à Lyon notre cycle « romain ». Quelques concerts cet été prolongeront ce séjour dans « la cité éternelle » avec notamment un programme comprenant les motets romains de Haendel (Dixit Dominus, Nisi Dominus, Gloria) à la Chaise Dieu, Vézelay, Callas, Saou, … ou bien encore le Stabat Mater de Scarlatti à Saint-Donat, au festival des Musicales en Auxois, … Mais nous préparons surtout le cycle vénitien que nous programmons à Lyon d’octobre 2005 à juin 2006. Figureront dans cette programmation de 15 concerts, des œuvres de Monteverdi, Padovanno, Gabrieli, Schütz, Lotti, Cavalli et Vivaldi.

RM : Vous allez publier en septembre prochain un disque dédié à la de Stradella, « la Bellissima Speranza »? Pourquoi ce compositeur et pourquoi cette œuvre?

FEC : « La Bellissima Speranza » inaugure un triptyque que nous consacrons aux manuscrits italiens inédits conservés à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Concernant le choix de Stradella, j’ai toujours été attiré par ce compositeur, dont on connaît bien la vie et peu ou pas la musique. En fait, c’est un peu le contraire de Carissimi ! Une biographie « à la Casanova » (laquelle a inspiré nombre de romans, d’essais et même quelques opéras) a occulté une production musicale, certes inégale, mais quelquefois passionnante, étonnamment moderne et inventive. Nous ne prétendons pas remédier à cet état de fait mais juste apporter notre modeste contribution à la redécouverte de ce compositeur surprenant.

RM : Voilà treize années que vous avez fondé Le Concert de l’Hostel Dieu. Quel est votre public ? Pensez vous avoir trouvé votre place au sein de la vie musicale lyonnaise et quels sont aujourd’hui vos soutiens ?

FEC : L’ensemble est né en 1992, à l’Hostel Dieu de Lyon avec pour seule vocation à la base, d’animer ces bâtiments baroques (chapelle, réfectoire, musée). Depuis, un long chemin a été parcouru. Le public lyonnais a lentement mais régulièrement augmenté son soutien et son adhésion. Son enthousiasme face aux programmations, désormais thématiques, en est le meilleur signe. L’ensemble construit son rayonnement par cercle concentrique. Ainsi après avoir coproduit un certain nombre de spectacles avec des acteurs culturels de Lyon (Opéra National, Festival du Vieux Lyon, théâtre des Célestins, …), des partenariats ont été construits dans un second temps avec les festival de musique ancienne de la région ou de l’inter-région (Ambronay, La Chaise Dieu, Saint-Donat, Saou, …). Ce qui vaut à l’ensemble un soutien financier de la Ville de Lyon, de la DRAC Rhône-Alpes, du Conseil Régional et de l’Aéroport Saint-Exupéry. Notre ambition est maintenant de développer notre diffusion nationale et internationale. Un certain nombre de concerts ont été donnés, avec un certain succès je crois, à l’Auditorium National de Madrid, au Palau de la Musica à Barcelonne, au festival Torella de Montgri, à l’Abbaye de Montserrat…

Crédits photographiques : © Bertrand Pichene

Banniere-clefdor1-aveclogo

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.