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I Masnadieri, un Verdi rare

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 15-V-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901), I Masnadieri, Opéra en quatre actes sur un livret d’Andrea Maffei. Mise en scène : Dieter Kaegi, assistante : Carolin Steffen ; décors et costumes : Stefanie Pasterkamp ; lumières : Bernd Krzistetzko. Avec : Amarilli Nizza, Amalia ; Misha Didyk, Carlo Moor ; Marcel Vanaud, Francesco Moor ; Enzo Capuano, Il conte Massimiliano Moor ; Guy Gabelle, Arminio ; Léonard Graus, Massimiliano jeune/Moser ; Yvan Rebeyrol, Rolla. Chœur de l’Opéra Royal de Wallonie (chef de chœur : Edouard Rasquin), Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, direction : Jean-Pierre Haeck.

A l’Opéra Royal de Wallonie, on aime Verdi, et on ne s’en cache pas. Chaque saison voit un à deux opéras du maître de Bussetto proposés au public liégeois, pas seulement ceux de la Trilogie ou les sempiternels Aïda ou Otello, mais aussi des œuvres plus rares, c’est ainsi que ces dernières années ont été donnés Ernani, Simon Boccanegra ou encore Attila. Cette saison, après une très honorable Forza del Destino (lire la chronique de notre collaborateur Pierre-Jean Tribot), c’est le tour d’I Masnadieri, seule œuvre de Verdi composée pour l’Angleterre et créée sans beaucoup de succès à Londres en 1847. Le livret, à la langue assez ampoulée, nous conte les malheurs de Carlo Moor, que son frère cadet Francesco a réussi à éloigner de son père en usant de faux courriers. Carlo se retrouve placé à la tête d’une troupe de brigands qui écume l’Allemagne. Francesco fait croire à son père que Carlo est décédé, le père est terrassé par une crise cardiaque, ce qui laisse l’héritage à Francesco, ainsi qu’à sa cousine Amalia initialement promise à Carlo. On apprendra bien entendu que Carlo n’est pas mort, ni même le père, qui s’est réveillé enfermé dans son cercueil et que son fils cadet retient cloîtré. Après quelques péripéties, Carlo finit par tuer Amalia et demande à ses compagnons de maraude d’en faire de même avec lui. Livret passablement confus donc, les personnages ont une psychologie sommaire et des motivations pas très explicites, les rebondissements sont peu crédibles, mais cette histoire de vieille haine recuite est du genre qui inspirait Verdi, le compositeur réussissant notamment à donner au sombre Francesco Moor une épaisseur musicale très intéressante. La partition, sans être géniale, est toujours efficace, et contient quelques très beaux numéros comme le duo dans lequel Amalia se refuse avec véhémence à Francesco, ou bien encore l’air de Carlo du deuxième acte.

La mise en scène, signée du suisse , vient de l’Opéra de Gelsenkirchen. Sobre et classique, évitant contresens et provocations, elle illustre l’histoire avec efficacité, sans chercher la complication, dans un décor élégant et simple, qui transpose sans dommage l’action à la fin du XIXe siècle.

Une distribution très solide était réunie pour défendre la partition, à l’exception de Micha Dydik, Carlo Moor à la conception musicale très fruste, qui multiplie les coups de glottes et sanglots véristes en poussant les sons, avec des aigus instables et par manque de technique il gâche les atouts d’un timbre plutôt beau. Sa fiancée Amalia est interprétée par la jolie Amarilli Nizza qui conduit avec habileté une voix aux couleurs charmantes mais un peu impersonnelle. On lui reprochera quelques stridences dans l’aigu et un vibrato pas toujours contrôlé, mais son art des demi-teintes et de beaux aigus filés font merveille. est un Francesco Moor très convaincant par son abattage, la noirceur de son timbre et l’assurance de ses graves, ce qui compense une émission assez engorgée et des aigus parfois difficiles. Hormis ces trois premiers rôles, Enzo Capuana campe un magnifique Massimiliano Moor, au chant stylé et noble et au timbre riche et clair, et Leonard Graus chante avec fraîcheur et franchise. Belle prestation également de Guy Gabelle, un habitué de la scène liégeoise, et du nouveau venu Yvan Rebeyrol. Soulignons encore que cette série de représentations constituait une prise de rôle pour chacun des chanteurs.

Grand triomphateur de la soirée, le chef qui livre une direction exemplaire de dynamisme et d’intensité, faisant sonner l’orchestre avec gourmandise, le chef liégeois a incontestablement dans le sang le sens du drame verdien et de sa pulsation rythmique. On avait laissé chœurs et orchestre en petite forme lors du Freischütz, ils sont ici bien plus à leur affaire, enflammés par la baguette inspirée du chef d’orchestre de la soirée. Le chœur (uniquement masculin), outre une belle fraîcheur de timbres fait valoir une diction et un mordant exemplaires, tandis que l’orchestre, à l’harmonie très sûre, révèle des couleurs et une chaleur dans les cordes dont il n’est pas toujours coutumier.

En présentant cet opéra qu’on aurait tendance à regarder de haut alors qu’il contient des pages de grande qualité, l’Opéra Royal de Wallonie a donc poursuivi avec succès son exploration du grand œuvre verdien, la saison prochaine, ce sera au tour d’une très alléchante Luisa Miller. En juin, pour clôturer une très riche saison 2004-2005, encore une rareté, avec les Huguenots de Meyerbeer. Infos sur www. orw. be

Crédit photographique : © 2004-2005 Opéra Royal de Wallonie.

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Liège. Opéra Royal de Wallonie. 15-V-2005. Giuseppe Verdi (1813-1901), I Masnadieri, Opéra en quatre actes sur un livret d’Andrea Maffei. Mise en scène : Dieter Kaegi, assistante : Carolin Steffen ; décors et costumes : Stefanie Pasterkamp ; lumières : Bernd Krzistetzko. Avec : Amarilli Nizza, Amalia ; Misha Didyk, Carlo Moor ; Marcel Vanaud, Francesco Moor ; Enzo Capuano, Il conte Massimiliano Moor ; Guy Gabelle, Arminio ; Léonard Graus, Massimiliano jeune/Moser ; Yvan Rebeyrol, Rolla. Chœur de l’Opéra Royal de Wallonie (chef de chœur : Edouard Rasquin), Orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie, direction : Jean-Pierre Haeck.

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