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Fidelio par Furtwängler et Böhm, double historique de luxe

À emporter, CD, Opéra

Ludwig van Beethoven (1770-1827), Fidelio. Hilde Konetzni Leonore ; Torsten Ralf, Florestan ; Herbert Alsen, Rocco ; Paul Schöffler, Pizzaro ; Irmgard Seefried, Marzelline ; Peter Klein, Jaquino ; Hermann Gallos, premier prisonnier ; Hans Schweiger, second prisonnier ; Tomislav Neralic, Don Fernando. Orchestre et Chœur de l’Opéra d’Etat de Vienne, direction : Karl Böhm. Enregistré à Vienne au Konzerthaus du 5 au 7 février 1944.
Martha Mödl, Leonore ; Wolfgang Windgassen, Florestan ; Gottlob Frick, Rocco ; Otto Edelmann, Pizarro ; Sena Jurinac, Marzeline ; Rudolf Schock, Jaquino ; Alwin Hendriks, Premier prisonnier ; Franz Bierbach, Second Prisonnier ; Alfred Pœll, Don Fernando ; Orchestre et chœur de l’Opéra d’Etat de Vienne, direction : Wilhelm Furtwängler. Enregistré au Theater an der Wien le 12 octobre 1953.
4 CDS Andante « great operas », AN 3090 (Distribué par Naïve). Présentation de l’historique des enregistrements, texte de Wilhelm Furtwängler, biographie des artistes et livret. Durée : 4h38

 

Les Clefs ResMusica

Le label Andante s’est spécialisé dans la réédition d’archives en provenance d’institutions prestigieuses comme l’orchestre symphonique de Londres, le philharmonique de Vienne, le Festival de Salzbourg ou le Staatsoper de Vienne (on pense en particulier à Wozzeck et Lulu sous la direction de ). Ces coffrets d’un grand luxe proposent une présentation soignée, des textes exhaustifs, des biographies des artistes, des photos des productions ainsi qu’une exceptionnelle remasterisation qui donne une nouvelle jeunesse à ces bandes radiophoniques.

A l’instar d’un autre coffret d’opéra qui oppose les Falstaff de Toscanini et Karajan à Salzbourg, ce box nous propose une confrontation de deux interprétations du Fidelio de Beethoven sous la conduite de deux chefs d’orchestre pour lesquels cette œuvre représente une partie de leurs vies. dirigea son premier Fidelio à Graz, sa ville natale, le jour des 150 ans de la naissance de Beethoven. Le succès fut si grand que les autorités locales lui proposèrent derechef le poste de directeur musical, ce que le musicien refusa pour rejoindre Bruno Walter à Munich. Dès lors Fidelio sera toujours attaché à sa carrière, que ce soit lors de cet enregistrement de 1944 ou plus tard comme en 1955 pour la réouverture du Staatsoper viennois. Sans oublier une triste soirée où, suite à une cabale orchestrée contre lui, le musicien dut démissionner de son poste de directeur de l’opéra viennois. Böhm surnomma même Fidelio son « opéra du destin ». En février 1944, l’Opéra d’État est fermé en raison de l’impossibilité d’y organiser des représentations théâtrales dans un pays en guerre. Ces prises sans public sont donc réalisées au Konzerthaus. Le résultat musical est exceptionnel. La direction de Böhm est engagée, vive comme l’éclair et tranchante, elle maintient tout au long de l’œuvre une brûlante tension. La distribution est de la même eau. D’une homogénéité stupéfiante, elle atteint des sommets d’intensité et de vérité psychologique. Agé de vingt-quatre ans seulement, enflamme les planches. Un timbre miraculeux et une musicalité hors pair en font une Marzelline bouleversante. Que dire du reste des chanteurs si ce n’est qu’ils sont magistraux : le Don Fernando du Croate Tomislav Neralic, le Pizzaro de l’impressionnant Paul Schöffler, le Florestan du Suédois Torsen Ralf et la Leonore intense de la grande wagnérienne Hilde Konetzi.

En 1953, le Staatsoper est encore fermé et la troupe se produit au Theater an der Wien, lieu historique qui vit, en 1801, la création de Fidelio. Avec , le ton est bien différent mais tout aussi éclatant. En 1948, à l’occasion d’une série de représentations au festival de Salzbourg, l’immense chef d’orchestre précisait dans un court article sa conception du chef d’œuvre beethovénien : « Fidelio est plus une messe qu’un opéra. Les sentiments dépeints touchent presque tous au sacré ou révèlent d’une religion de l’humanité qui après tout ce que nous avons vécu, ne nous a jamais paru si grande ». Sous sa conduite, Fidelio prend effectivement un aspect solennel et dramatique impressionnant. Ainsi l’ouverture de Leonore III et le final du deuxième acte sont incandescents comme jamais. Les chanteurs sont tout aussi grandioses. D’autant plus que pour ce spectacle, on assiste à de nombreuses prises de rôles : Marta Mödl en Leonore, en Marzelline et Wolfgang Windgassen en Florestan. Notons le luxe inouï qui va même jusqu’à confier Jaquino au grand Rudolf Schock. Peut-on rêver plus belle réunion de chanteurs sur une scène : l’engagement de Mödl au risque de quelques duretés, la noblesse stylistique et musicale de Windgassen, le naturel de Jurinac et Schock… La réponse est certainement négative. Raison de plus pour écouter avec attention ce superbe coffret.

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