Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

De Fontenay à Ancy-le-Franc

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A moins de trois heures en voiture de Paris, le pays bourguignon vous offre d’autres délices que ses fromages et ses vins inimitables. Il est question de plaisirs imprévus qui d’ailleurs s’accordent idéalement aux délectations gastronomiques que nous venons de citer. Après quelques 250 kilomètres parcourus sur la A6, après Auxerre, soit dans un périmètre musicalement réputé, entre Vézelay et Beaune, l’abbaye de Fontenay comblera votre curiosité.

Région Bourgogne

Abbaye de FontenayAvec le beau temps, le mélomane frileux qui a cherché pendant l’hiver le coussin confortable des salles bien chauffées se laisse tenter, le soleil venu, par de nouvelles destinations. La quête du plein air l’amène naturellement à découvrir des lieux imprévus où la musique s’accordant aux lieux patrimoniaux qui l’accueillent, offre une évasion irremplaçable, l’expérience de la route, le bénéfice de nouveaux paysages, de nouvelles rencontres… Avec l’été, Resmusica. com prend la route des festivals et des concerts méconnus au hasard des routes patrimoniales de France et d’Europe. De juin à septembre, vivez nos escapades en dehors des chemins battus et découvrez avec nous une autre façon d’enrichir vos horizons musicaux.

BOURGOGNE : de Fontenay à Ancy-le-Franc

A moins de trois heures en voiture de Paris, le pays bourguignon vous offre d’autres délices que ses fromages et ses vins inimitables. Il est question de plaisirs imprévus qui d’ailleurs s’accordent idéalement aux délectations gastronomiques que nous venons de citer. Après quelques 250 kilomètres parcourus sur la A6, après Auxerre, soit dans un périmètre musicalement réputé, entre Vézelay et Beaune, l’abbaye de Fontenay comblera votre curiosité. Classé Monument Historique, inscrit au Patrimoine Mondial de l’Unesco, le domaine est l’un des sites cisterciens les plus complets et les mieux conservés : monastère, église abbatiale, dortoir des moines et jardins comptant plusieurs fontaines, scénographiées avec soin (cascades, escaliers et miroir d’eau). Le lieu doit son nom à la présence exceptionnelle de la manne liquide et de ses fontaines. Le visiteur qui a quitté les bruits oppressants de la capitale y trouve un silence propice à la méditation, un lieu totalement coupé du reste du monde. Il se recueillera en particulier devant la statue de la Vierge (« de Fontenay », forcément) qui, datant du XIIIe siècle, est le chef-d’œuvre de l’art sculptural du Gothique bourguignon. Sourire énigmatique et quasi bouddhique, finesse des drapés ondulants…tout prépare à la contemplation.

Il ne manque que la musique, capable d’offrir l’illustration vivante de cette harmonie prenante qui redessine ici, la perspective des jardins, l’alignement des fontaines, les proportions de l’architecture. Les propriétaires ne sont pas en reste : heureux gestionnaires d’un lieu parfaitement entretenu, ils organisent aussi quelques concerts, le soir à partir de 21h, tel celui auquel nous assistions samedi dernier, au premier étage du dortoir des moines.

A la qualité de l’architecture et de son environnement, a répondu, presque à l’improviste, la présence d’un pianiste que l’on n’attendait pas et que l’on ne présente plus : . On sait qu’il déserte les lieux habituels de la musique et souhaite proposer de nouveaux types de concerts. Il est venu ce soir-là « créer » un spectacle qu’il interprète avec le comédien  : « Je deviens sourd ». Titre surprenant pour un spectacle musical. Et pourtant d’une terrible vérité puisque ce fut sous les traits de l’acteur, costumé à la mode Viennoise du début du XIXème siècle, que parut sur la scène , en proie à l’agitation la plus intense. Inspiré, complice silencieux par le mot mais éloquent au clavier, évoquait grâce à quelques sonates – jouées par extraits-, l’immense douleur du musicien devenu sourd. Tragédie d’un auteur acculé à l’irrémédiable déclin de son ouie et aussi, à un isolement particulièrement amer, hors du monde des hommes et des civilités hypocrites. Le caractère dépouillé de l’architecture, l’éclairage tranchant sur la scène accentuaient le jeu de chacun des artistes : un jeu intense et dramatique ; subtil et autoritaire pour le pianiste ; naturel et précis pour le comédien, tour à tour assis à son bureau, écrivant une lettre, lisant le quotidien viennois de l’époque, ou debout, face au public, l’œil exorbité, tutoyant Dieu, exhortant l’humanité à suivre son idéal de travail, de vertu et d’action. Aucun des textes importants écrits par le musicien et retrouvés après sa mort ne sont éludés : ni le Testament d’Heiligenstadt -proclamation en forme d’espérance pour que naisse un nouvel homme- ni les lettres adressée à « l’immortelle bien-aimée »… Les acteurs n’ont pas oublié non plus d’évoquer l’enthousiasme de Beethoven pour le jeune Liszt dont il accepta finalement la visite ; un Liszt âgé seulement de 11 onze ans et dont le professeur Czerny fut à l’initiative de la rencontre… Cet épisode fut l’occasion pour le pianiste d’aborder la Mephisto Waltz : somptueuse coulée de certitude incandescente, à la fois lyrique et structurée qui a dévoilé les champs à l’infini du piano symphonique du Maître de la transcription.

Après le concert, les spectateurs étaient invités à descendre jusqu’au cloître, illuminé par plusieurs dizaines de bougies. Une vision féerique, heureuse conclusion aux foudres beethovéniens. Fontenay est un lieu unique, préservé comme par miracle après les ravages de la Révolution et l’implantation d’une papeterie. Aujourd’hui, le lieu retrouve la magie de l’esprit cistercien et déjà, la famille qui en assure l’administration songe à un festival plus ancré où la voix et la musique contemporaine pourraient donner la mesure de nouvelles résonances.

Château d'Ancy-le-franc

A une vingtaine de kilomètres vers le nord de l’Abbaye de Fontenay, le promeneur mélomane ne peut manquer une autre découverte. Aux pierres cisterciennes correspond un autre ordre monumental, celui que l’architecte italien de la Renaissance, Sebastiano Serlio, a conçu pour le prince de Clermont-Tonnerre à Ancy-le-Franc. Le palais qui surgit au terme d’une allée arborée, est l’un des fleurons de l’architecture française du XVIe siècle : à l’égal d’Ecouen ou de Fontainebleau, Ancy dresse ses proportions prismatiques dont la pierre blanche éclate depuis un récent nettoyage. Au hasard des galeries qui ont conservé leur décor à fresques depuis la Renaissance dont la fameuse bataille de Pharsale (par Niccolo del Abbate, l’élève de Primatice), le visiteur découvre un cabinet totalement méconnu sur le sujet du Pastor Fido. On dit même que la Sévigné y écrivit quelques-uns uns de ses textes. Peinture, littérature. Ne manque que la musique… Le poème de Guarini a été à plusieurs reprises mis en musique par les madrigalistes, surtout Monteverdi et aussi les compositeurs baroques dont Haendel.

La société de gestion de ce lieu incroyable réfléchit à une programmation musicale plus en affinité avec les décors peints et l’époque de construction du palais. Déjà, de mars à novembre, une série de concerts ont lieu dans la salle des gardes, à raison d’un par mois. Les événements qui accompagnent la vie du palais ne manquent pas pour cette année : début juin (les 4 et 5 prochains), les jardins seront ouverts à la visite (parmi les plus beaux du XVIIe siècle car Louvois y commandita le jardinier Le Nôtre pour le dessin de ses parterres et la ligne des perspectives) ; fin juin, les fresques de la galerie de Pharsale seront enfin visibles après plusieurs années d’une scrupuleuse restauration. Le moment sera venu de contempler dans sa totalité enfin retrouvée, la beauté de cet ensemble incontournable lors de votre passage dans la région.

Abbaye de Fontenay

« Je deviens sourd » : création, 28 mai 2005. François-René Duchâble (piano), (comédien). Abbaye de Fontenay 21 500 Montbard : renseignements : 03. 80. 92. 15. 00 et http : //www. abbayedefontenay. com/

Evénements et visites-concerts au château d’Ancy-le-Franc

Les 4 et 5 juin : ouverture exceptionnelle des jardins du Château. « une promenade passant par la pyramide et ses sphinx, la cour des communs, le chemin autour de la Folie, avec une approche originale de l’histoire du parc et de ses plantations ».

Le 6 juillet : (pianiste et improvisateur) : Beethoven, Brahms, Debussy et improvisations. 18h : visite. 19h : concert.

Le 3 août : Paris Mozart trio. Schnittke, Beethoven.

Le 27 août : visites nocturnes au château à 20h, 21h et 22h. Quatuor vocal Claudin de Sermisy. Un parcours musical et guidé sous l’éclairage des bougies.

Le 4 septembre :  : chansons polyphoniques de la Renaissance. Visite : 15h30. Concert : 16h30.

Les 17 et 18 septembre : journée du Patrimoine. L’équipe du château accueille les visiteurs en costume de la Renaissance.

Le 2 octobre : Dominique Dujardin (violoncelle baroque et moderne). Bach, Dérégnaucourt. Visite : 15h30. Concert : 16h30.

Le 15 octobre : visites nocturnes à 19h, 20h et 21h. Même programme que le 27 août.

Le 6 novembre : (clarinette), (piano) : Poulenc, Brahms, Schumann. Visite : 15h30. Concert : 16h30.

Visite et concert : 18 euros.

Renseignements : 03. 86. 75. 14. 63 et http : //www. château-ancy. com/

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A moins de trois heures en voiture de Paris, le pays bourguignon vous offre d’autres délices que ses fromages et ses vins inimitables. Il est question de plaisirs imprévus qui d’ailleurs s’accordent idéalement aux délectations gastronomiques que nous venons de citer. Après quelques 250 kilomètres parcourus sur la A6, après Auxerre, soit dans un périmètre musicalement réputé, entre Vézelay et Beaune, l’abbaye de Fontenay comblera votre curiosité.

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