Bach compositeur d’opéra ! Cantates profanes par Masaaki Suzuki

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : O Holder Tag, erwünschte Zeit (Hochzeitskantate), BWV 210 (1738/1741) ; Schwigt stille, plaudert nicht (Kafeekantate), BWV 211 (1734/1735). Carolyn Sampson, soprano ; Makoto Sakurada, ténor ; Stephan Schreckenberger, basse ; Liliko Maeda, flûte traversière ; Masamitsu San’nomiya, obœ d’amore ; Natsumi Wakamatsu, violon I ; Azumi Takada, violon II ; Yoshiko Morita, viole ; Hidemi Suzuki, violoncelle ; Shigeru Sakurai, contrebasse ; Masaaki Suzuki, clavecin. Bach Collegium JapanMasaaki Suzuki, direction. 1 CD Bis. Réf. : BIS-CD-1411. Enregistré au Saitama Arts Theatre Concert Hall à Tokyo du 25 au 28 juillet 2003. Prise de son, Dick Lüdemann ; montage, Uli Schneider. DDD. Notice trilingue (anglais-allemand-français). Durée : 62’05

 

Tout le monde regrette que Bach n’ait pas écrit pour l’opéra. Ses cantates profanes sont de petits opéras de circonstances, à la pointe des nouveautés. Hasse, le Saxon «napolitain» fut son ami. Bach affectionnait Kaiser, Vivaldi, et d’autres fauteurs de pêchés théâtraux. De temps en temps le sérieux Kantor de Leipzig disait à un de ses fils : «allons écouter les chansonnettes de Dresde!», Dresde la Venise d’Allemagne où résidait Hasse et sa femme, la Faustina, Dresde, quasi une annexe des théâtres de Venise et de Naples. Même les cantates sacrées de Bach sont idéalement et techniquement écrites comme si elles pouvaient être chantées sur la scène du Grisostomo et pourtant elles furent luthériennement faites pour Dieu et, dit-on, interprétées par de bien médiocres chanteurs. Heureusement l’avenir leur fournira les plus grands interprètes. Pour toutes ces raisons, c’est un étonnement de voir Bach si peu joué au théâtre.

En tout cas le disque présent vaut dans la bibliothèque d’amateur pour cette qualité là : deux magnifiques cantates profanes. On sait que le dirigé par allie musicologie à musicalité. Font partie de ses enregistrements les plus doués des chanteurs et des instrumentistes. C’est toujours une valeur sûre, un CD Suzuki, et cela ne cède en rien en souplesse et esprit «Bach» à un Herreweghe. C’est ainsi que les collectionneurs d’intégrales trouveront un plaisir renouvelé. Quant aux autres ils seront peut-être persuadés d’acquérir cette friandise pour sa saveur : un programme à consommer comme un concert consacré au thème du bonheur et celui de l’humour. Car pour cette fois-ci la prise de son est si équilibrée, et l’ambiance si pastorale : sensibilité naïve, beaux airs, magnifiques finals.

Outre les instrumentistes solistes, merveilleux, il faut retenir la voix de basse, Stephan Schreckenberger, vive, incisive, bondissante et pleine de staccatos, théâtrale dans les récitatifs ; la voix du ténor, , belle et lumineuse, et surtout la voix de la soprano omniprésente dans le disque : . Et là, il faut être amateur. Nul doute que la technique est impeccable, (choix toujours sûr de ), la prononciation, les phrasés, les longues messe di voce, la souplesse, le souffle, le timbre lui-même est en général beau. Mais les aigus ne sont pas ronds. C’est comme un registre d’orgue, un timbre d’instrument, il faut aimer. Cela n’ôte en rien ce pur bonheur à la fin de l’audition qui suit la conclusion de la sérieuse, concise, analytique et parfaite notice du disque par un musicologue allemand : «plus d’un auditeur leipzigeois de cette œuvre, rentrant du café Zimmermann en chantonnant, devait se demander si l’on n’avait peut-être pas à vrai dire perdu en la personne du cantor de Saint-Thomas un compositeur d’opéra»

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