Concerts, La Scène, Musique symphonique

L’ONL sous la baguette de Kees Bakels

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Berlaimont, Complexe sportif. 04-VI-2005. Edward Elgar (1857-1934) : Sérénade pour cordes en mi mineur, Op. 20 ; Richard Strauss (1864-1949) : Concerto pour hautbois et petit orchestre ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 en la mineur, Op. 44. François Leleux, hautbois. Orchestre National de Lille, Région Nord/ Pas-de-Calais, direction : Kees Bakels.

Couche-toi Soleil

S’il est un orchestre qui s’adapte à toutes les situations, c’est bien l’ : dans son exemplaire mission d’apporter la musique dans les moindres recoins de la région du Nord Pas-de-Calais, il est parfois confronté à des lieux peu adaptés au déploiement d’une formation symphonique comme cette salle des sports de Berlaimont, manquant visiblement de commodités et dans laquelle les rayons du soleil, plongeant sur les pupitres de violoncelles et de contrebasses, risquaient d’éblouir les instrumentistes. On sera donc obligé de commencer le concert avec trois quarts d’heure de retard, mais dans la bonne humeur et la détente, le chef venant s’asseoir dans le public pour attendre que le soleil se couche. L’ONL semble apprécier être dirigé par des chefs d’orchestre actifs aux Antipodes : après James Judd, directeur du Symphonique de Nouvelle Zélande, c’est au tour de , néerlandais, directeur artistique de l’Orchestre Philharmonique de Malaisie de présenter un programme passionnant et homogène, par le climat ouvertement romantique des œuvres choisies.

Le concert commence par la brève Sérénade pour cordes d’, page qu’on peut qualifier de jeunesse, car publiée en 1892, mais probablement composée, au moins en partie, bien avant cela. Le chef néerlandais dirige l’œuvre avec chaleur, romantisme et un rubato très efficace, il obtient des cordes de l’ONL une douceur, une homogénéité, un « fondu » tout à fait remarquables. Sa technique de direction est fine et précise, simplifiant la tâche des instrumentistes, et est en plus très agréable à regarder. Son travail culmine dans le pianissimo qui conclut le larghetto central, d’une grande beauté, le son s’éteignant lentement : magnifique! Pour suivre : le concerto pour hautbois de Richard Strauss, œuvre au caractère juvénile et solaire, bien qu’elle ait été composée par un Strauss octogénaire, juste après la seconde guerre mondiale. C’est le roubaisien François Leleux qui tient la partie de hautbois. Actif à l’Orchestre National de France puis à l’Opéra de Paris, il est maintenant soliste au prestigieux Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise. Sa technique parfaite, son legato somptueux et son souffle inépuisable lui permettent de donner une interprétation très convaincante, d’un lyrisme pastoral, de cette partition à l’allure assez simple, mais qui est techniquement très difficile.

C’est la troisième symphonie de Rachmaninov qui clôt le concert : avant dernier opus du compositeur, c’est une œuvre intensément personnelle, très émouvante dans les deux premiers mouvements, et entraînante et spectaculaire dans le dernier. Spécialiste du répertoire britannique, ayant à son actif une intégrale Vaughan Williams avec le Bournemouth Symphony Orchestra chez Naxos, Bakels, qui enregistre une intégrale Rimsky-Korsakoff avec son Orchestre Philharmonique de Malaisie chez Bis, est également très à son aise dans le répertoire russe. Il livre une interprétation de cette troisième symphonie de Rachmaninov extrêmement pensée et construite, les tempi s’agençant d’une manière très logique, et donne une grande cohérence à une œuvre qui pourrait très vite, sous une direction peu soignée, devenir une succession d’instants bruyants et démonstratifs. La battue du chef néerlandais est ample et lyrique, ce qui donne un premier mouvement tendre et chaleureux, avec des bois très poétiques, et un adagio ma non troppo aux cordes caressantes et douces. La mise en place est parfaite, les multiples dialogues entre les différents pupitres se déroulant sans aucun accroc. L’allegro final démarre assez calmement, mais c’est en fait un mouvement que Bakels construit sur la durée, comme un gigantesque crescendo qu’il maîtrise à la perfection. Dans cette œuvre exaltante, l’orchestre est chatoyant et véritablement irréprochable, chaque groupe d’instruments jouant à son meilleur niveau, cordes soyeuses et homogènes, bois précis et colorés, cuivres en pleine forme, et, très sollicités dans cette œuvre, des timbales et percussions à la vigueur communicative.

Magnifique concert donc, rencontre entre un chef de haute volée, qu’on a envie de réentendre le plus vite possible, et un orchestre de classe, qui joue au même niveau d’excellence où qu’il se produise.

Prochain programme de l’ : Tchaïkovski, Escaich, Ravel. Christian Tezlaff, violon, direction Jean-Claude Casedesus. Les 14 et 15 juin à Lille, le 17 juin à Douchy-Les-Mines, le 18 juin Au Touquet.

Crédit photographique : © Paul Huf

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Berlaimont, Complexe sportif. 04-VI-2005. Edward Elgar (1857-1934) : Sérénade pour cordes en mi mineur, Op. 20 ; Richard Strauss (1864-1949) : Concerto pour hautbois et petit orchestre ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Symphonie n°3 en la mineur, Op. 44. François Leleux, hautbois. Orchestre National de Lille, Région Nord/ Pas-de-Calais, direction : Kees Bakels.

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