Le pianoforte de Jerôme Hantaï au service de Haydn

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Joseph Haydn (1732-1809) : sonates pour pianoforte. Jérôme Hantaï, pianoforte. 1 CD Ambroisie AMB 9975. Enregistré à la Cité de la Musique (Paris) en novembre 2004. Notice quadrilingue (anglais-allemand-espagnol-français). Durée : 79’

 

Le pianoforte est un instrument peu connu et peu usité par la force des choses : son passage dans l’histoire de la musique fut fulgurant. Coincé entre le clavecin et le piano « moderne », en constante évolution, il est souvent confiné dans les musées, en pièce d’exposition. Par ailleurs, la question de l’intérêt d’une interprétation d’époque pour les œuvres pour clavier est un éternel dilemme pour les musiciens, musicologues et mélomanes. Certains prétendent que les œuvres de Jean-Sébastien Bach (qui, ne l’oublions pas, a possédé un pianoforte à la fin de sa vie), ou Mozart étaient avant tout des œuvres pour clavier, et que donc le choix de l’instrument importait peu pour ces compositeurs, d’autres affirment qu’ils étaient tournés vers l’avenir, et donc en quête des possibilités expressives du piano moderne, d’autres encore s’attachent à une interprétation historique, sur instrument d’époque. Que l’on ne s’y trompe pas : le dessein de tous est de mettre en valeur la musique et les choix esthétiques des compositeurs. Les arguments des uns et des autres se défendent, et il serait vain et inutile de tenter de s’immiscer dans ce débat ici. Il est cependant indéniable que certains choix mettent plus en valeur la musique du compositeur que d’autres.

a choisi d’interpréter six des soixante-deux sonates pour clavier de sur un pianoforte de Pascal Taskin (1723-1793), conservé au Musée de la Musique de la Cité du même nom à Paris. Cette sonorité très cristalline, légère, épouse totalement les rythmes et mélodies du compositeur, les met en valeur et les fait chanter d’une façon saisissante. Bien que connues et reconnues, les œuvres pour piano de Haydn sont, finalement, relativement peu écoutées car elles souffrent de la comparaison avec celles de Mozart et Beethoven. nous révèle ici des œuvres à la fois très énergiques et ciselées, très … belles, tout simplement. Des changements de timbre saisissants rajoutent à la richesse des œuvres, en même temps qu’ils fascinent par ce que l’on découvre des possibilités méconnues du pianoforte. Certes, le vieil instrument, malgré sa restauration en 1973, conserve quelques bruits de mécanisme que l’on entend à l’enregistrement, mais cela ne gâche en rien le plaisir : ça nous rappelle simplement la démarche historique, que l’on a tendance à oublier tellement ces sonorités nous semblent naturelles et évidentes.

Alors qu’une interprétation sur pianoforte d’œuvres de Mozart n’a qu’une valeur historique, et ne peut rivaliser en terme de plaisir musical pour l’auditeur avec une interprétation sur piano moderne, c’est ici le contraire qui se produit. Haydn a écrit des œuvres pour clavier qui possèdent autant de force, de richesse, d’originalité, de vivacité, de finesse que ses quatuors à cordes. Les interprétations au piano ne nous en avaient pas totalement convaincu. Il suffit d’entendre la version de sur le pianoforte de Taskin pour être de nouveau conquis par ces sonates, et savourer enfin ces sonorités que les interprétations modernes ne nous avaient fait que pressentir.

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