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L’Amante ou le dépoussiérage médiéval par Mora Vocis

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Motets d’Hildegard von Bingen et des manuscrits de Worcester et de Las Huelgas. Œuvres d’Anne-Marie Deschamps, Jean-Jacques Di Tucci, Klaus Huber, Daniel Meier et Caroline Marçot. Ensemble vocal Mora Vocis (Monique Avril, Anne-Marie Deschamps, Annie Pâris, Caroline Marçot, Hélène Decarpignies). 1 CD Mandala MAN 5090 HMCD 83 (distribué par Harmonia Mundi). Enregistré en octobre 2004 à l’abbaye de Fontevraud. Livret (très complet) bilingue. TT : 67’21’’

 

Anonymus 4, Las Huelgas, Discantus, Lionheart Choir, Theater of Voices, les ensembles Hilliard, Gilles Binchois, Venance Fortunat, Utreia, … La musique médiévale, depuis les errements chaotiques de Jacques Chailley et René Clemencic, ne s’est jamais si bien portée. Cela va avec toute une génération de musicologues spécialistes du Moyen-âge (, Olivier Cullin, Gilles Dulong, Christian Meyer, Albert Seay, …) qui se sont penchés sur ce répertoire aux sources parcellaires, loin des reconstitutions solfégiques de l’abbaye de Solesmes. Qu’a donc à nous présenter de neuf dans cette période aujourd’hui bien explorée? En tout premier lieu et malgré l’étendue actuelle des connaissances en la matière, la musique médiévale est loin d’avoir été totalement redécouverte. Ensuite, même si les ensembles spécialisés sont légions, leur diffusion est bien moindre. La région Provence-Alpes-Côte d’Azur, dite « Terre des Festivals » ne propose guère que celui du Thoronet (Var) consacré à la musique médiévale. Et contrairement à la musique baroque, cette période n’est pas systématiquement enseignée en conservatoire. Seuls les départements de musicologie des universités proposent une approche de ce style, de manière plus ou moins heureuse.

La principale différence entre et les autres ensembles de Dominique Vellard, Paul Hillier, Marcel Péres ou Brigitte Lesne est, outre la confrontation avec un répertoire contemporain, l’intégration de la musique dans un lieu, un espace (lire notre entretien avec Annie Pâris et , membres de cet ensemble), alliant ainsi musique, architecture et mouvement. Et c’est là que le bât blesse… « l’Amante » est musicalement une réussite : choix pertinent des textes (autour du Cantique des Cantiques) basé sur « l’éternel féminin », perfection de l’exécution, homogénéité des voix, qui nous font pleinement savourer ces polyphonies aux contrepoints si particuliers. La confrontation avec le répertoire contemporain mérite aussi sa palme de l’originalité : loin d’être écrites dans un pseudo style néo-médiéval, les pièces de , , Daniel Meier, ou (par ailleurs membres de Mora Vocis pour ces deux dernières) s’inspirent des modes d’apprentissage et de création du Moyen-âge (oralité, musique inféodée au texte, part d’improvisation) sans le singer. Mais à l’écoute pure, cette heure de musique médiévale devient lassante. Privée de son cadre originel de conception, elle en perd en substance et ne peut que faire regretter à l’auditeur de ne pas voir les dames de Mora Vocis à l’œuvre dans leur spectacle vivant. Alors scrutez attentivement les annonces de concert de ResMusica et en attendant, précipitez-vous sur cet enregistrement, à déguster à petites doses.

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