Œuvres d’Alla Zagaykevych

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Alla Zagaykevych (1966). « Motus ». Pagode pour flûte de pan, électronique enregistrée et live ; Jorge Isaac. Gravitation pour 2 violoncelles ; Duo Violoncellissimo. Heroneya for violon, violoncelle, basson, piano et électronique enregistrée ; Ensemble Frescos. Motus, électronique enregistrée, ordinateur. Sans l’éloignement de la Terre pour violon, guitare et accordéon ; CAT. 1 CD Nexsound, ns38. 2005. 50’15’’.

 

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est une jeune compositrice ukrainienne née en 1966 qui n’est pas inconnue de la France. En 1995, elle était notamment choisie par le Comité de Lecture de l’Ircam et participait au cursus de composition et d’informatique musicale (1995/96). Elle y a travaillé avec Tristan Murail, Marco Stroppa, Philippe Manoury et Antoine Bonnet.

La sortie toute récente de ce disque dédiée à quelques-unes de ses œuvres est l’occasion idéale de se plonger dans son univers, subtil mélange de musique instrumentale et d’électronique enregistrée ou live. Issu d’un long travail de recherche sur le mariage des timbres et des couleurs, la musique d’ relie la poésie à l’expérimentation. Pagode fait diffracter les sons sur les rebords et bords intérieurs d’une flûte de pan. L’action du souffle dans les tuyaux déclenche de multiples effets aux teintes multicolores. Le compositeur désire nous faire entendre tout ce qui fait la magie de la rencontre entre l’air et le bois. Nous n’entendons alors plus le son habituel de la flûte de pan mais les micro vibrations et frottements qui résultent de ce mariage entre Terre et Ciel. Gravitation nous entraîne dans une ample rotation sonore dont le centre de gravité se situe entre deux violoncelles. Le regard est fuyant, l’approche semble impossible alors que le discours invite à la réunification des âmes. Le mouvement sonore est à la fois élastique et plastique, la substance s’étire en abondance avant de se refondre presque entièrement. Heroneya est un mobile suspendu, livré à ses propres tensions mais aussi aux sollicitations extérieures qui viennent le bousculer un peu de temps en temps … Le dialogue des instruments provoque un mouvement inexorable de fuite. Comme si le mobile n’aspirait qu’à retrouver sa liberté mais les chaînes ne semblent pas vouloir se briser et les rêves finissent par s’évanouir… Motus utilise le potentiel de l’informatique pour tenter l’expérience de la « cyber composition » car c’est ici l’ordinateur qui se rend Maître des orientations à donner. Un spectre sonore s’étire, se recompose, quelques ingrédients additionnels viennent ponctuer un mouvement incessant de flux et de reflux. Au final c’est presque une sensation de plongée dans un bain universel qui nous submerge. Entend-on les oiseaux, le ressac, une respiration, un train qui arrive, un avion qui décolle … ? Chacun peut y retrouver son propre univers et répondre à ces sons qui envahissent un inconscient qui se réveille doucement. Sans l’éloignement de la Terre est de conception plus traditionnellement contemporaine et répond « aux règles de l’Art » actuellement établit en terme de musique savante. L’accordéon donne cependant à l’œuvre un attrait indéniable.

Le disque ne comporte pas de livret mais est très réussi dans sa présentation. Le design et l’illustration sont réalisés par un Vitaliy Kotendgi très créatif.

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