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Mons, Chapelle du Conservatoire. 02-VII-2005. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°3 en sol majeur KV 217 ; Airs de concert : « Ah ! lo previdi » KV 272, « Maenner suchen stets zu naschen » KV 433, « Deh vieni alla finestra », extrait de Don Giovanni KV 527, « Io ti lascio, oh cara, addio » KV Anh. 245, « Vorrei spiegarvi » KV 418. Yossif Ivanov, violon ; Elise Gäbele, soprano ; Stanislaw Kierner, baryton. Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, direction : Augustin Dumay.

Festival côté cour / côté jardin

Le second week-end du festival « Côté cour-côté jardin » de Mons a fait le plein grâce à la présence de Yossif Ivanov, tout récent lauréat du Concours Musical International Reine Elisabeth, et d’Augustin Dumay, chef principal de l’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie. Elément important : Ivanov est élève d’Augustin Dumay à la Chapelle Musicale, et ce concert était leur première occasion de faire de la musique ensemble en public. Ils ont choisi le troisième concerto de Mozart, que Dumay joue très souvent et a déjà enregistré deux fois en tant que soliste, et qu’Ivanov avait choisi de jouer en demi-finale du Concours, déjà accompagné par l’ORCW. Le jeune prodige belge se trouvait donc en pays de connaissance pour ce concert. Il interprète Mozart avec élégance et classicisme, sans jamais forcer le trait ni brutaliser le phrasé. La sonorité est chaude et sensuelle, et le léger vibrato très expressif. Le premier mouvement sonne avec beaucoup de naturel et d’évidence, avec une cadence très concentrée, et l’adagio est chantant et poétique. Seul le rondeau final, irréprochable techniquement et stylistiquement, semble un peu trop sérieux et contrôlé, manquant d’un soupçon de spontanéité et d’enthousiasme.

La suite du concert permet d’entendre deux autres élèves de la Chapelle, pas encore aussi connu que leur condisciple violoniste, mais qui ont quand même un tout début de carrière prometteur. Elise Gäbele, soprano, a participé depuis 2000 à plusieurs productions de l’Opéra Studio de la Monnaie ainsi qu’à la création d‘Œdipe sur la route de Pierre Bartholomée. Sa voix a de l’ampleur et une belle projection, et la chanteuse a une diction mordante et engagée, ce qui donne une belle intensité dramatique au récitatif du KV 272. Le timbre manque malheureusement de couleurs, les aigus sont assez sourds et souvent arrachés, et elle négocie laborieusement les notes de passage dans le médium. Sa musicalité et son emportement théâtral lui permettent de faire illusion dans l’air de concert « Ah! lo previdi », mais les vocalises de « Vorrei spiegarvi » la mettent à mal, et elle produit quelques sons rauques du plus mauvais effet. Nous avions entendu le jeune baryton polonais Stanislaw Kierner lors du Matrimonio segreto d’avril, dans lequel il s’était montré très à son avantage. Dans Mozart malheureusement, c’est un peu la douche froide, car il chante ses airs avec une emphase, une componction, une raideur ampoulée qui semblent venir d’une autre époque. Sa principale erreur est de chercher à jouer son personnage avant de chanter la partition, qui est pourtant déjà assez difficile comme cela. Dommage car le timbre ne manque pas de qualités, les graves sont sonores et bien assurés, mais il semble parfois plus aspirer de l’air que projeter du son. En l’état, la subtilité mozartienne lui échappe totalement, espérons donc qu’il réussisse à donner un peu de simplicité à son chant, car la voix est prometteuse.

L’Orchestre Royal de Chambre de Wallonie a réalisé une très belle prestation, empreinte de simplicité et d’élégance, ce qui est tout sauf une surprise, son chef Augustin Dumay connaissant son Mozart, qu’il dirige avec grâce et légèreté, mais sans mièvrerie. L’orchestre est en pleine confiance, il a intégré huit jeunes diplômés (six du conservatoire de Mons, deux de l’Imep de Namur), ce qui fait presque la moitié de l’effectif présent à ce concert, sans que la qualité d’ensemble s’en ressente. Parmi ces jeunes instrumentistes, il faut distinguer Bénédicte Chavet, premier hautbois, qui pour son premier concert en orchestre a magnifiquement joué. Persifleuse à souhait dans le premier mouvement du concerto pour violon, elle porte à bout de bras l’air de concert KV 418, et supplée avec beaucoup de musicalité et de sûreté aux errances de la chanteuse. En conclusion, un concert inégal mais très intéressant, entre un concerto pour violon au plus haut niveau, et des airs de concert qui nous rappellent que bien chanter Mozart, est vraiment difficile.

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Mons, Chapelle du Conservatoire. 02-VII-2005. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour violon n°3 en sol majeur KV 217 ; Airs de concert : « Ah ! lo previdi » KV 272, « Maenner suchen stets zu naschen » KV 433, « Deh vieni alla finestra », extrait de Don Giovanni KV 527, « Io ti lascio, oh cara, addio » KV Anh. 245, « Vorrei spiegarvi » KV 418. Yossif Ivanov, violon ; Elise Gäbele, soprano ; Stanislaw Kierner, baryton. Orchestre Royal de Chambre de Wallonie, direction : Augustin Dumay.

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