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Et Serge Lifar créa l’Étoile

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Collection « Étoiles pour l’exemple » numéro 2. Documentaire en deux parties : Yvette Chauviré pour l’exemple, Les cahiers retrouvés de Nina Vyroubova. Réalisation : Dominique Delouche. Suppléments : interview du réalisateur, biographie des danseurs, filmographie du réalisateur. Versions françaises et anglaises. 1 DVD Doriane Films. Toutes zones. Durée : 200 minutes.

 

Ce second volet de la collection « Étoiles pour l’exemple » nous donne l’occasion de voir deux personnalités complémentaires, deux danseuses à la carrière glorieuse et dont le public ne saura jamais trop leur avoir une reconnaissance permanente.

, prima ballerina assoluta, a été et sera toujours la danseuse étoile par excellence, parangon de l’école française, noble ambassadrice de la danse dans sa plus pure tradition. Se trouve en face d’elle, et moins connue certes, . Cette dernière se situe plutôt du côté de la spécificité russe, plus portée au lyrisme, à la psychologie des personnages. Chacune des deux ne dépare pas l’autre, mais forme l’exacte moitié d’un ensemble, qui, accolées, forme la Danse. Elles transmettent, tout comme dans le premier DVD de cette collection (lire l’article), un art dont les danseurs se font les témoins nécessaires, et il suffirait qu’une seule génération manque des précieux conseils de ses aînés pour que l’héritage soit perdu dans les limbes des mémoires dont on a oublié qu’elles étaient vitales.

De cette manière, montre la grande tradition française à une toute jeune , dans le Grand Pas Classique d’Auber, à , une variation des Deux Pigeons, à , la manière d’interpréter correctement Coppélia, patrimoine de l’Opéra de Paris et de l’école de Mlle Zambelli, si grande formatrice de danseuses magnifiques. C’est cette grande dame, à qui nous devons le nom d’une rotonde au Palais Garnier, qui montra la position particulière de l’annulaire de la main gauche à Yvette Chauviré, qui l’enseigne ainsi à Élisabeth Maurin. Ainsi se transmet la grâce, la beauté et tout ce qui a voulu être exprimé par la danse lorsque celle-ci fut composée, et dont on ne peut que perdre le fragile équilibre, ballotté entre les fermetures des frontières des pays, les heurs d’une vie et les recréations plus ou moins heureuses de chorégraphes nouveaux.

C’est également ainsi que l’on voit renaître la danseuse , appelé par Lifar pour remplacer la grande Chauviré, amenée à être un des maillons les plus fermes entre la manière de danser en Russie, et la mère patrie de la danse. Retour à l’expéditeur, en somme. Et l’on voit évoluer Delphine Moussin et Yann Saïz sous l’œil attentif de N. Vyroubova et avec la complicité de Cyril Atanassoff, dans l’incestueux rôle de Phèdre ; exécute la barre de Lifar, avec les fameuses sixième et septième positions, si choquantes il y a tout juste cinquante ans ; enfin, Muriel Hallé et Valéry Colin dansent la Somnambule de Balanchine. Que donc retenir de cet art impalpable? Les courts extraits où l’on voit Nina Vyroubova danser sont comme des suspensions d’un ange qui meurt, Giselle, la Somnambule, ou la Belle au Bois Dormant.

Ce DVD est un pan entier de l’histoire de la Danse. Artistes à la carrière parallèle, deux danseuses à la beauté romantique ont éclos à la lumière projetée par le puissant et rayonnant . Pour s’être approché parfois de l’occupant allemand lors de la seconde guerre mondiale, il fut banni quelque temps de l’Opéra de Paris. Pourtant, on le voit bien ici, où beaucoup découvriront certaines de ses œuvres, et avec la sortie prochaine d’un DVD appelé musagète, réalisé par Dominique Delouche, Serge Lifar a composé de nombreuses œuvres stupéfiantes, saisissantes, fulgurantes et chorégraphiait comme il respirait. Ses canevas étaient deux des étoiles nommées par lui : Yvette Chauviré et Nina Vyroubova. Cet artiste a rendu son rayonnement éclatant à la France, et à l’heure du centième anniversaire de sa naissance, aucun évènement ne lui rend hommage. De plus, le répertoire de l’Opéra de Paris comporte ses ballets, chaque année devrait être une année Lifar, du moins, et légitimement, à l’Opéra de Paris. C’est à la lumière de deux étoiles éternelles que la danse, art à l’hérédité orale, pourra survivre à l’affaiblissement de son existence.

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