Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Marie-Nicole Lemieux en trois cartes postales

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Lanaudière, Amphithéâtre. 16-VII-2005. Hector Berlioz (1803-1869) : Le Corsaire, ouverture opus 21. Ambroise Thomas (1811-1896) : « Connais-tu le pays ? » (extrait de Mignon). Jules Massenet (1842-1912) : Sous les tilleuls (Scène alsacienne n°3). Gustav Mahler (1860-1911) : Cinq lieder sur des poèmes de Rückert. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Bacchanale et « Mon cœur s’ouvre à ta voix » (extrait de Samson et Dalila). Joaquin Turina (1882-1949) : Danzas fantasticas. Manuel de Falla (1876-1946) : Siete canciones españolas (orch. Ernesto Halffter). Marie-Nicole Lemieux, contralto. Orchestre Métropolitain du Grand Montréal. JoAnn Falletta, direction.

Festival de Lanaudière

Marie Nicole Lemieux - Photo (c) DRLa genèse du Festival de Lanaudière remonte à quelques trente années. Si tout le mérite -la grâce diront certains – revient au Père Fernand Lindsay qui fut son ministre officiant sur les fonts baptismaux, celui-ci demeure aux yeux de tous, la conscience artistique, loyale et totalement dévouée à cet autre sacerdoce. D’ores et déjà, la tradition d’excellence s’établit et se transmet à ses ouailles. Car ici la musique devient ce mouvement de l’âme tournée vers l’idéal.

Au fil des ans, le Festival s’est enrichi et est devenu une véritable institution au Québec, le passage obligé de nombreux artistes d’ici et d’ailleurs et le pèlerinage pour tout mélomane. Qu’on en juge par la qualité et le prestige des concerts de cette vingt-huitième saison. La mezzo-soprano Renée Lapointe nous offrira un florilège de mélodies françaises de Chausson à Poulenc ; le duo formé par Deborah Voigt et Ben Heppner interprétera Beethoven et Wagner ; Jennifer Larmore et Mary Dunleavy enchanteront les yeux et les oreilles des amoureux du bel canto. Tous les comptes-rendus de ces concerts – auquel s’ajoute dans ces pages, celui de – se retrouveront sous la rubrique Festival de Lanaudière. Pour connaître la programmation, nous invitons le lecteur à parcourir le site officiel : http : //www. lanaudiere. org/ Cette célébration de la musique se déroule du 9 juillet au 7 août, dans un sanctuaire naturel, sous les étoiles.

Deux femmes, et nous ont réservé une très belle soirée. Malgré la lourde absence que fait peser l’Orchestre Symphonique de Montréal (OSM) sur les concerts d’été, déclarant forfait tant que le conflit qui l’oppose à la direction n’est pas réglé, c’est l’ du Grand Montréal (OMGR) qui relève le défi, avec à sa tête la jeune chef d’orchestre . On n’y perd pas trop au change, du moins l’Ouverture du Corsaire de Berlioz est admirablement bien menée, elle réussit à transfuser le climat héroïque et passionné du poème byronien. Tout l’éclat sanguin du coloris et la vivacité sont rendus avec une grande maîtrise. Elle sait faire ressortir les nuances de la palette orchestrale, particulièrement dans le troisième mouvement des Scènes alsaciennes, «Sous les tilleuls», page exquise et raffinée aux atmosphères capiteuses, peut-être l’une des Suites pour orchestre les plus significatives de . Cette fois-ci, ce sont les teintes diaphanes, empreintes de tendresse et de nostalgie. On pourrait toutefois regretter le bastringue de la Bacchanale aux couleurs trop crues. Si l’on en juge par le tonnerre d’applaudissements que suscita le Ballet de Saint-Saëns, cela a beaucoup plu. Nous aurions pu passer sous silence les trois Danzas fantasticas de Joaquin Turina, où la maestra semble un peu perdue dans l’univers ibérique. Battue approximative dans le changement de mesure que nécessite cette musique, peu de reliefs, et par conséquent, gauchissement de l’œuvre qui ne prend jamais son envol mais semble s’écraser à ses pieds. Retenons plutôt la belle complicité qui existe entre les deux artistes, la complémentarité de , toujours attentive à la cantatrice.

Le timbre de Marie-Nicole Lemieux est toujours aussi envoûtant, chatoyant. En première partie, dans l’air de Mignon, «Connais-tu le pays», la voix s’épanouit ample et pleine, d’un lyrisme généreux. Grande sensibilité dans l’interprétation des Rückert-lieder de Gustav Mahler. Elle modifie l’ordre des pièces, non sans raison, terminant le cycle par «Liebst du um Schönheit», seul lied du cycle qui n’a pas été orchestré par le compositeur. Après l’entracte, passant de la robe verte à la noire avec une autre coiffure, elle se donne totalement dans le très bel air, «Mon cœur s’ouvre à ta voix». Sensualité, magie, Dalila se présente et s’offre pernicieusement à son amant. Elle le reprendra en un seul rappel, à la mémoire du ténor Richard Verreau, peut-être, si cela se peut, encore mieux senti. et Federico Garcia Lorca ont puisé tous les deux à la même source du chant populaire andalou. Les Siete Canciones españolas épousent la simplicité du cante jondo dans ce qu’il a de plus âpre, sec comme le climat ibérique. Ce sont des chants primitivement accompagnés au piano. On peut regretter la stylisation de l’orchestre d’ qui distancie les Canciones de leur origine. Car tels qu’ils se présentent dans leur toute simplicité, c’est la voix pleine d’arabesques qui ornemente le recueil. Marie-Nicole Lemieux donne corps à ces chants passionnés et caractérise le personnage de la femme, de la gitane aux sonorités gutturales. Dans Polo, la dernière pièce des Canciones, la voix déborde, d’abord dans une plainte, puis se fait plus violente dans un vertige de formules imprécatoires, maudissant l’amour.

Crédit photographique : (c) DR

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Lanaudière, Amphithéâtre. 16-VII-2005. Hector Berlioz (1803-1869) : Le Corsaire, ouverture opus 21. Ambroise Thomas (1811-1896) : « Connais-tu le pays ? » (extrait de Mignon). Jules Massenet (1842-1912) : Sous les tilleuls (Scène alsacienne n°3). Gustav Mahler (1860-1911) : Cinq lieder sur des poèmes de Rückert. Camille Saint-Saëns (1835-1921) : Bacchanale et « Mon cœur s’ouvre à ta voix » (extrait de Samson et Dalila). Joaquin Turina (1882-1949) : Danzas fantasticas. Manuel de Falla (1876-1946) : Siete canciones españolas (orch. Ernesto Halffter). Marie-Nicole Lemieux, contralto. Orchestre Métropolitain du Grand Montréal. JoAnn Falletta, direction.

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