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Voyage symphonique en Amérique du Sud

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Montpellier, Esplanade de l’Europe. 17-VII-2005. Silvestre Revueltas (1899-1940) : Sensemayà ; la Noche des los Mayas ; Xavier Montsalvatge (1912-2002) : Cinco Canciones negras ; Oscar Lorenzo Fernàndez (1897-1948) : Batuque. Marisa Martins, mezzo-soprano. Orchestre Symphonique de Barcelone et National de Catalogne, direction : Enrique Diemecke.

Festival de Montpellier : Concert gratuit en plein air

Ajouté au dernier moment grâce au soutien – depuis cette année – du Conseil Régional, ce concert symphonique gratuit en plein air est une des nouveautés du Festival de Montpellier et Radio-France, avec sa décentralisation sur le Pont du Gard et le Palais des Rois de Majorque de Perpignan. En invitant l’orchestre de la cité voisine de Barcelone, les organisateurs n’ont pas versé dans la facilité, piège tentant pour toute manifestation populaire. Loin de tomber dans le populisme et de tirer la culture vers le bas pour la rendre soi-disant « accessible » les interprètes de cette soirée ont choisi des auteurs peu connus et peu joués sous nos latitudes, le tout agrémenté d’une sonorisation de rigueur dans ces grands espaces.

Le mexicain , assistant de son illustre prédécesseur , professeur de composition au conservatoire de Mexico et aficionado des républicains espagnols en 1936, célébré de son vivant, a bien été oublié depuis. (chez Sony) et Gisèle Ben-Dor (chez Koch Swann) l’ont tiré de l’oubli par deux albums qui lui sont consacrés avec leurs orchestre respectifs (Los Angeles et Santa Barbara). Sensemayà qui ouvre le concert date de 1938 et se souvient de l’impact du Sacre du Printemps. Dans une imperturbable mesure à sept temps, une musique aux accents rythmiques décalés et refusant tout développement thématique inonde l’orchestre, avec de violentes saillies dans les aigus ou de la part des nombreuses percussions. En arrière plan mélodique, des bribes de musique populaire amérindienne qui affirment leur appartenance nationale et la volonté du compositeur d’écrire « mexicain ».

Les Cinco Canciones negras du catalan sont d’une écriture bien plus sage, oscillant entre Ravel et Milhaud. Ces cinq petites mélodies ont été par leur exotisme de pacotille un échappatoire pour leur compositeur. Leur (fausse) inspiration antillaise est un prétexte à l’utilisation de la polytonalité et de la polyrythmie, une forme de réaction à l’académisme imposé par le franquisme. n’a certes pas le timbre cristallin de Victoria de Los Angeles qui a enregistré ce cycle avec Rafael Frübech de Burgos (EMI). La voix n’est pas très séduisante mais sa présence, sa vitalité habitent littéralement cette œuvre et la font vivre – des qualités déjà soulignées par nos collaborateurs Geoffroy Bertran (la Scala di Seta à Poissy) et Alexandre Pham (festival de Cordon).

Passons sous silence l’inintéressant Batuque du brésilien , mauvaise musique de western-spaghetti, pour mieux se consacrer à la Noche de los Mayas, poème symphonique en quatre parties de Revueltas. Musique facile d’accès par ses rythmes envoûtants et ses mélodies répétitives issues d’un folklore maya sublimé, cette œuvre par son harmonie complexe, sa rythmique toujours changeante et son orchestration chargée (pas moins de 11 percussionnistes s’ajoutent à une formation symphonique au grand complet) n’en est pas pour autant simpliste. Si les trois premières parties, plutôt traditionnelles, héritières de la magie sonore du Ravel de la Valse ou de la Rapsodie Espagnole, sont d’une écriture sage et néoclassique, le dernier mouvement (Noche de encantamiento, tema y variaciones) est une danse orgiaque de Dionysos côtoyant le Serpent à plumes. Guidé par la percussion, l’orchestre se livre à une longue séries de variations envoûtantes sur un rythme de base, devenant progressivement de plus en plus complexe pour aboutir sur une péroraison majestueuse. L’Orchestre Symphonique de Barcelone et National de Catalogne, s’il n’est pas la meilleure formation qui soit (manque d’homogénéité des cordes, traits de violons pas toujours justes) ne démérite pas dans ce répertoire exigeant qui peut rapidement devenir de la musique de kiosque pour harmonie-fanfare de militaires vieillissants. Galvanisés par le charismatique , chef mexicain à la gestique quasiment corporelle digne de Leonard Bernstein, les musiciens ont gratifié le public d’un foudroyant finale des Estancias d’Alberto Ginastera. Un public certes conquis – l’omnipotent président de la Région, Georges Frêche, venu prendre un bain de foule après le concert ne s’y était pas trompé- mais peu nombreux au regard du potentiel touristique de la ville de Montpellier. Ce genre de manifestation est nouveau, peut-être l’année prochaine…

Crédit photographique : © Festival Montpellier 2005

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Montpellier, Esplanade de l’Europe. 17-VII-2005. Silvestre Revueltas (1899-1940) : Sensemayà ; la Noche des los Mayas ; Xavier Montsalvatge (1912-2002) : Cinco Canciones negras ; Oscar Lorenzo Fernàndez (1897-1948) : Batuque. Marisa Martins, mezzo-soprano. Orchestre Symphonique de Barcelone et National de Catalogne, direction : Enrique Diemecke.

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