Trios avec piano de Saint-Saëns par le Trio Wanderer

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Camille Saint-Saëns [1835 – 1921] : Trios op. 18 & op. 92. Trio Wanderer (Vincent Coq, piano ; Jean-Marc Philips-Varjabédian, violon ; Raphaël Pidoux, violoncelle). 1 CD Harmonia Mundi HMC 901862. 58’. 2005. Enregistrement : août 2004 – Ircam (France). Directeur Artistique : Jean-Martial Golaz.

 

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était un grand organiste mais faisait aussi partie des ces compositeurs qui s’impliquent totalement dans leur art. Ami de Liszt il créera son premier opéra Samson et Dalila qui sera joué la première fois en 1877 à Weimar et produit par Liszt. Co-fondateur de la Société Nationale de Musique créée pour aider à une plus large diffusion de la musique française contemporaine, il participe aussi, en tant que critique, à plusieurs gazettes musicales. Il défend alors la musique de Bizet, Franck et Berlioz tout en restant cependant insensible à l’art de Debussy. Dans une période où la réussite passait invariablement en France par l’Opéra ou la symphonie il était logique que la production de Chambre d’un compositeur restât plus restreinte. On ne peut effectivement pas affirmer que la musique de Chambre de Saint-Saëns lui ait valu sa véritable reconnaissance. D’ailleurs que nous reste-il, à part son opéra Samson et Dalila, son Carnaval des Animaux ou ses Concertos pour piano ou violoncelle ? Et pourtant elle existe … Même si elle ne semble trouver sa voie que par l’accompagnement du piano. Doit-on alors occulter ces œuvres ? Parmi celles-ci – plusieurs Sonates, Trios et Quatuors – Le Trio avec piano n°1 n’a été que peu enregistré, ne parlons pas du deuxième qui aura été quasiment oublié.

Si le , meilleure formation française en ce domaine, choisit de nous restituer les deux Trios c’est aussi par le souci d’éclairer. La musique de Saint-Saëns n’est pas une musique compliquée. Elle parle à l’âme et aux sens d’une manière aussi naturelle que raffinée. Si l’Allegro Vivace du premier Trio est rempli d’une certaine gaieté juvénile… le deuxième mouvement Andante aborde un Romantisme éculé mais non moins rempli d’une force expressive qui, aidé de l’écriture, libère tous les parfums d’un Romantisme « à la française ». Le Scherzo est d’une écriture parfaite, enlevée et brillante. L’Allegro final est un pur bonheur de sensualité et d’ambiance pastorale. Les phrases s’envolent, se mêlent, s’éloignent puis se rejoignent. Le piano indique le chemin à prendre et les violon et violoncelle se prêtent au jeu avec une facilité presque déconcertante. Ce premier Trio, terminé à Paris en 1864 et dédié à A. Lamarche, est un pur régal dans son écriture et ses intentions.

Le premier mouvement Allegro non Troppo du deuxième Trio mélange un thème résolument Slave exprimé par le thème sombre des cordes à une autre réalité d’écriture imposée par le piano. L’ensemble est absolument magnifique. Le deuxième mouvement Allegretto offre des passages poignants où le Romantisme de Saint-Saëns se révèle encore. Chaque instrument s’exprime et donne à la partition un relief, une force expressive qu’il n’est pas courant d’entendre. Le troisième mouvement Andante con moto reprend un peu du thème précédent pour offrir une vision plus « dans l’époque ». Le piano est beaucoup plus présent et est le garant de la phrase musicale. Le thème est repris tour à tour par chaque instrument mais le piano reste indubitablement le chef ! Le tout semble prendre part à une course effrénée, une fuite en avant. Mais lorsque le piano s’exprime tout redevient calme et le jeu reprend de manière plus posée. Le Thème initial est alors exposé de nouveau mais l’équilibre est atteint. Tous parlent d’une même voix, celle de la liberté. Le quatrième mouvement Gracioso, poco allegro est une valse légère aux accents viennois. Le cinquième mouvement Allegro est une suite d’effets, le piano et les cordes entremêlent leurs triolets avant d’exposer un thème d’une légèreté absolument exquise. D’allure très enjouée, ce deuxième trio n’est pas de la même veine que le premier, mais a-t-il été écrit dans le but de déstabiliser l’auditeur si ce n’est peut-être par sa trop grande légèreté ?

Remercions le de nous offrir ces quelques pages avec le talent qui leur est coutumier. Si le trio Cortot-Thibaud-Casals a en son temps sublimé la partition du Trio n°1 il est clair qu’il faut aussi maintenant compter avec l’expérience et la joie de jouer du . Ce dixième disque combine, intérêt du programme, maîtrise de la partition, complicité, don de soi et amour du beau jeu. Tous les ingrédients de la réussite sont une nouvelle fois présents dans ce dernier enregistrement.

Lire notre entretien avec Vincent Coq

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