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Franck Emmanuel Comte et le Concert de l’Hostel Dieu

franck-emmanuel-comteVoilà onze ans que ce natif auxois – établi à Lyon où il dirige l’ensemble de musique baroque, le Concert de l’Hostel Dieu – tente d’implanter en milieu rural un festival centré sur le Baroque mais ouvert sur les musiques traditionnelles, l’écriture contemporaine et la découverte de jeunes talents. En dehors des sentiers battus, Vézelay, Beaune, Dijon… qui aspirent aussi la majorité des subventions disponibles, l’action de et de l’équipe du Festival s’apparente à un combat où se joue l’accès et l’avenir de la culture vivante en zones « oubliées ». Rencontre autour de son projet, de ses difficultés et du programme Stradella auquel nous assistions le soir de notre rencontre.

« J’ai cherché très vite à ouvrir notre programmation sur d’autres horizons musicaux en particulier les musiques traditionnelles. »

ResMusica  : Pourquoi chercher à implanter un festival ici ?

Franck-Emmanel Comte : En fait, je connais parfaitement la région puisque j’y suis né. Il n’existait presque rien sur le plan musical. Mais il y avait beaucoup de très beaux sites : collégiales, églises, chapelles, châteaux. Il nous a paru naturel assez vite de donner des concerts dans les lieux patrimoniaux de la région, à présent à peu près 10 concerts sur la première quinzaine du mois d’août. Au fur et à mesure des éditions, le public a repéré nos programmes et nous a suivi.

RM : Comment renouveler les programmations et élargir un festival dont le socle est la musique ancienne ?

FEC : J’ai cherché très vite à ouvrir notre programmation sur d’autres horizons musicaux en particulier les musiques traditionnelles. Il s’agit des musiques dont la transmission est orale et non écrite. A présent, nous équilibrons ces deux notions, musique populaire orale, musique savante écrite.
Cette année, nous invitons plusieurs ensembles : l’ensemble Balkanes pour les polyphonies Bulgares a cappella, l’ensemble Celadon dans des œuvres de la Renaissance Portugaise, L’ensemble Pompei Mysterium qui abordent les chants de l’Italie méridionale…

RM  : Comment sélectionnez-vous les artistes invités ?

FEC : Il s’agit de musiciens que je rencontre au cours de mes activités. La plupart d’ailleurs se sont déjà produits aux Musicales en Auxois.

RM : Vous dirigez outre le festival, le concert de l’Hostel Dieu à Lyon. Nous nous étions d’ailleurs déjà entretenu à propos de vos concerts Carissimi de cette année. Quels sont vos prochains chantiers musicaux ?

FEC : Après Carissimi, c’est Venise qui sera à l’honneur de notre nouvelle saison en 2006. En 2007, nous ferons escale à Naplesavec plusieurs concerts des compositeurs des XVII ème et XVIII ème siècles : pas opéra mais surtout de la musique musique vocale (villanelle, polyphonies, motets, cantates, etc…) signée Provenzale, Caresana, Alessandro Scarlatti, Leo, Speranza…

RM : Vous abordez ce soir un compositeur du XVII ème siècle qui est une légende : Alessandro Stradella. Pouvez-vous nous parler de ce programme et de la figure du musicien ?

FEC : « La bellissima Speranza » est une cantate parmi de nombreuses partitions composées par Stradella. C’est elle qui donne le titre de notre concert et aussi celui de l’album que nous venons de publier. Nous n’avions pas sorti de disque depuis presque 5 ans. Le Concert de l’Hostel Dieu mène une activité de défrichement principalement à partir des fonds de manuscrits des bibliothèques de Lyon et de la Région Rhône-Alpes. Lyon, davantage que Paris est tournée vers le Sud, en particulier l’Italie, et il existe un corpus important de musique éditée conservée jusqu’à nos jours. Les Jésuites très implantés à Rome ont transmis à Lyon beaucoup de partitions ; mais aussi Versailles exerçait un dictat du goût quasi incontournable qui a laissé une place mesurée à la musique italienne.
Nous avons trois projets de programmes avec le label Ligia Digital. Deux autres suivront donc ce premier recueil consacré à Alessandro Stradella.

RM : Pourquoi Stradella ?

FEC : Son nom est devenu légendaire. Sa vie a inspiré les écrivains et les compositeurs tels César Franck et Friedrich Von Flotow qui lui dédient un opéra ! La vie romanesque de Stradella est assez bien connue à présent. Philippe Beausant a écrit sur le sujet. Marc Minkowski a enregistré son Saint-Jean Baptiste (Erato). Il reste encore beaucoup d’excellente musique à découvrir. Stradella est avec Alessandro Scarlatti, le compositeur le mieux représenté dans les fonds des bibliothèques en Rhône-Alpes, en particulier pour la musique de chambre. J’ai sélectionné les œuvres qui m’intéressaient avec le concours de la chercheuse du CNRS/CMBV, Barbara Nestola dont le travail tend à identifier et inventorier les partitions des compositeurs italiens en France.

Notre programme est composé de musique profane en italien. On ignore l’auteur des textes, peut-être les a-t-il écrits lui-même, ce qui correspondrait assez bien à l’image qu’il nous laisse. Il s’agit essentiellement de poésie amoureuse, plutôt aristocratique avant la mode pastorale : les amants souffrent, s’alanguissent dans l’attente vaine de l’être aimé. On y retrouve aussi la métaphore amour/guerre : le combat des amants est une aventure guerrière.

Il a complété par ses propres airs les reprises des opéras de Cavalli, comme c’est le cas pour Il Nuovo Giasone en 1671. Son style est inclassable : étrange, compliqué, sophistiqué même et aussi contrapuntique. C’est une musique d’instrumentiste. Elle est portée par une tension qui est celle d’un homme esthète, épris d’absolu. Les audaces harmoniques ne sont pas sans rappeler Gesualdo par leurs climats fantasques et morbides. Il est mort en 1682… Son inspiration est à la fois ancienne et moderne… totalement libre, et non respectueuse des modes du temps. Par contre, on retrouve presque partout le motif répétitif de la chaconne, comme une figure obsessionnelle

RM  : Avez-vous établi des différences entre le concert de ce soir et le programme de votre album paru chez Ligia Digital ?

FEC : Pour le concert, je lis plusieurs extraits de la biographie que rédige l’Abbé Bourdelot dans son « dictionnaire » de 1715. Quelques années après sa mort, le compositeur italien était devenue une légende. Ce soir, nous jouons à deux chanteurs alors qu’au disque, Stéphanie Révidat et Benoît Arnould sont accompagnés de la soprano Caroline Pelon. Nous jouons comme dans le disque la superbe sonate en ré mineur. Et absente du disque, la cantate de Campra, Enée et Didon « ouvre » le concert.

RM : Revenons au festival »Musicales en Auxois ». Si vous aviez davantage de moyens, qu’aimeriez-vous développer ?

FEC : Le principe des artistes en résidence. Aujourd’hui, finances obligent, nous assurons surtout une activité de diffusion moins de production. J’avais aussi inauguré le principe d’œuvres jouées le long du canal de Bourgogne. Les artistes étaient sur une péniche pour répéter et voyager. Mais tout cela exige des moyens.

Crédits photographiques : © J.Combier

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