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Hélène Guilmette, soprano resplendissante

Guilmette, femme resplendissante de 28 ans , a accepté de consacrer quelques heures afin de répondre aux questions de ResMusica avant de s’envoler avec son pianiste Martin Dubé pour la Turquie.

« Il y a de merveilleux aspects dans la vie de chanteurs. »

ResMusica : Avez-vous été bercée par la musique dès la petite enfance ? La musique tient-elle une place privilégiée au sein de votre famille ? Des parents musiciens ou mélomanes ?

 : Ce qui caractérise ma petite enfance ? J’ai des parents merveilleux qui m’ont fait découvrir par les voyages que nous faisions l’été, de nouveaux paysages, des horizons insoupçonnés. Ils voulaient m’ouvrir à beaucoup de domaines, pas seulement la musique. Ils étaient tous les deux professeurs, d’ailleurs j’ai fait des études pour devenir enseignante en musique dans les écoles primaires et secondaires, ce que j’ai fait comme travail durant deux ans avant de me consacrer uniquement au chant. J’adorais cela !

J’ai commencé le piano à cinq ans avec un professeur, mais bien avant, avec ma mère, pour le plaisir. Je me souviens, elle mettait des couleurs sur les notes pour que je les identifie plus facilement, c’est mon premier contact avec la musique. J’ai donc connu mes notes avant de connaître l’alphabet. J’avais une facilité parce que j’ai l’oreille absolue, mais à cette époque, je ne le savais pas encore, je l’ai découvert par hasard à 13 ans lors d’un séjour au camp musical St-Alexandre de Kamouraska. J’ai aussi chanté dans les chorales avec ma mère qui animait la messe le dimanche matin. Elle était soliste avec une belle voix d’alto dans un chœur et j’assistais à tous ses concerts. Vers l’âge de 12 ans, j’ai bien failli arrêter la musique. Ça ne fonctionnait plus très bien avec mon professeur de piano. Mon entrée à l’école secondaire ainsi que mon séjour au camp musical m’ont redonné le goût de continuer!

Mon père adore la musique lui aussi et me dit toujours à la blague qu’il m’a tout donné…à son grand désespoir ! Il a une belle voix, parfois il chante juste, parfois il est parfaitement à côté ! (rires)

RM : Vous avez fait le Conservatoire de Québec et vous avez poursuivi vos études à l’Université Laval en piano. À quel moment avez-vous choisi le chant ? Quel a été l’élément déclencheur ?

HG : Non, je n’ai pas fait le Conservatoire. Quand j’ai commencé mes cours de piano, mon professeur trouvait que j’étais bien talentueuse et a même insisté auprès de mes parents pour qu’ils m’inscrivent au Conservatoire, ce qu’ils ont finalement refusé de faire. La musique était très importante pour moi, mais j’étais une petite fille qui aimait cueillir des fleurs, aller jouer dehors, s’occuper des animaux, faire du sport…c’était important pour eux de me donner la chance de toucher à beaucoup de choses et pas uniquement à la musique…Et je suis bien heureuse aujourd’hui qu’ils aient pris cette décision, car c’est avec toutes ces expériences de vie que j’ai pu développer mes différents talents et en arriver à être ce que je suis aujourd’hui.

J’ai étudié au Cégep (collège) de Sainte-Foy (Québec) en musique où j’ai connu des professeurs extraordinaires. Il fallait deux instruments, donc en plus du piano (instrument principal) que je pratiquais très sérieusement, pour mon plaisir, j’ai choisi le chant. Le chant classique était ce qu’on enseignait là-bas! Je ne connaissais pas du tout ce monde, mais j’ai eu le coup de foudre! Ensuite, j’ai poursuivi mes études à l’Université Laval en éducation musicale. J’étais toujours en piano et je prenais mes cours de chant en privé sans savoir encore que je ferais un jour ce métier!

Un fait a été déterminant pour moi : mon inscription au Camp musical Saint-Alexandre à Kamouraska à l’âge de 13 ans. Un moment important, un déclic. Cet endroit est magique! Quand j’y retourne même aujourd’hui, je peux le sentir! J’ai pour la première fois été baignée durant 3 semaines dans la musique avec des jeunes comme moi, passionnés et qui aiment la nature. J’ai appris beaucoup là-bas. J’ai même eu le premier rôle dans Starmania. J’ai chanté pour la première fois toute seule accompagnée de la chorale et de quelques musiciens. Tout a commencé là je crois!

RM : Quels ont été vos professeurs les plus marquants ? Vous poursuivez actuellement votre formation vocale auprès de Marlena Malas à New York et avec Martin Dubé qui est votre pianiste et votre coach.

HG : Au collège, sûrement Brigitte Prévost mon professeur de piano et aussi Claude Duplessis, mon professeur de littérature musicale et bien sûr, mon premier professeur de chant, Cécile Bédard. Et aussi Martin Dubé, mon pianiste. C’est un ami d’enfance, on vient du même patelin, on jouait ensemble enfants. On s’est rencontré à différentes périodes de notre vie. Il est très important. C’est lui qui m’a présenté Marlena Malas, mon professeur actuel. C’est important de s’entourer d’une bonne équipe, c’est une question de chimie. Il faut avoir des gens de confiance, qui vous connaissent bien et qui sont très compétents.

RM : À quel moment avez-vous abordé la scène (le théâtre) la première fois ?

HG : Je vais vous étonner. C’est venu par la nage synchronisée ! (rires) C’est ma première expérience au théâtre. Je vous explique. J’ai fait beaucoup de compétitions de nage synchro et j’ai même été entraîneur dans cette discipline. Il y a des routines à faire et on doit trouver la musique qui convient. Souvent, je prenais de la musique classique ou de la musique de film pour les chorégraphies et je faisais des mélanges. Ensuite, il fallait construire les routines et les interpréter! Fini le sourire figé, il fallait montrer ses émotions, savoir bien se présenter avant et après la routine aussi.

J’ai aussi fait une comédie musicale symphonique en 2000 à Paris, Da Vinci, ma première expérience comme chanteuse. Je devais chanter une longue vocalise, une plainte…j’ai adoré cette expérience!

RM : Remporter le Deuxième Prix au prestigieux Concours Reine Élisabeth de Belgique, doit nécessairement propulser une carrière. On pouvait lire dans La Libre Belgique : « Une voix solide, brillante, juste, dotée de caractère, sans être métallique, puissante, mais capable de douceur… Son attitude en scène fut remarquable d’autorité et de charme, et ses choix musicaux d’une rare intelligence… L’ensemble de ses prestations fut un parcours sans faute et le public l’a adorée ». Mais avant d’aborder votre carrière, comment définissez-vous votre voix ?

HG : Difficile de se définir soi-même…je suis un soprano lyrique léger pour l’instant. On verra comment ma voix évoluera avec les années. Ma voix trouve sa pleine splendeur je crois dans les aigus. C’est là où je me sens le plus à l’aise dans tout mon registre. J’adore aller chanter des aigus très doux, mais avec un son très riche, plein ! Je n’aime pas vraiment chanter des pièces qui sont forte du début à la fin! J’aime la subtilité et les œuvres où je peux déployer toute ma musicalité. Je suis donc très heureuse dans Mozart, Bach et tout le répertoire de mélodie et lieder.

RM : La scène lyrique ou le concert ? Les portes des théâtres lyriques s’ouvrent de plus en plus pour vous accueillir et vous êtes l’invitée de José Van Dam pour un concert en France. Votre approche de la mélodie française est très intéressante (Lire notre chronique : Airs chantés). Vous avez travaillé, je crois, avec Elly Ameling la spécialiste du lied et du chant français ?

HG : J’ai eu le bonheur de connaître des figures marquantes après mes études : Elly Ameling, Marlena Malas et Brian Zeger dans un stage que j’ai fait en 2001 au Chautauqua Institution aux États-Unis. Cela a changé ma vie. Je peux faire ce métier en partie grâce à cet été de 2001. J’ai rencontré des gens avec qui je travaille encore régulièrement et qui sont extraordinaires.

La scène lyrique ou le concert ? Je crois que c’est un mélange des deux qui est idéal pour moi. J’adore entrer dans la peau d’un personnage, travailler en équipe et aborder ce répertoire tellement riche qu’est l’opéra. J’adore aussi le récital avec sa proximité avec le public, cette fragilité de l’interprétation (seule avec piano) et son répertoire extraordinaire.

RM : Quels rôles aimeriez-vous interpréter et vous faire offrir dans les années qui viennent ?

HG : Les opéras de Mozart bien sûr : Pamina dans La Flûte enchantée, Ilia dans Idomeneo, Susanna dans les Noces, mais aussi d’autres opéras moins joués comme le Rake’s Progress de Stravinsky (Anne Trulove) et le Medium de Menotti (Monica) etc.

RM : Dans l’absolu, quel est le rôle des rôles que vous voudriez chanter au moins une fois dans votre vie ?

HG : Je vais encore vous étonner, mais ce serait Cherubino. Même si c’est un rôle de mezzo! C’est un personnage que j’adore et que je trouve fascinant!

RM : Quelles sont vos affinités électives en matière de belles voix ? Avez-vous un des modèles ?

HG : J’aime les belles voix ! Peu importe la tessiture, pourvu qu’elles me touchent. Des interprètes généreux, impliqués, une technique sûre, mais tout en spontanéité et en souplesse et en plus, la simplicité de la personne elle-même. Pour tout cela j’aime beaucoup : Bryn Terfel, Elly Ameling, Barbara Bonney, Susan Graham, Marie-Nicole Lemieux, David Daniels …il y en a tellement!

RM : Vous êtes originaire de Montmagny. Comment se fait-il qu’un bon nombre de grandes voix proviennent de la même région du Québec ? Avez-vous une explication ? On pense à Raoul Jobin, Léopold Simoneau, Richard Verreau, Lyne Fortin. Est-ce le grand air du large qui façonne la voix ?

HG : Ce doit être dans l’eau !!! (rires) Pour bien chanter, il faut un environnement sain. La campagne pour moi est le seul endroit où je voudrais vivre et où je suis vraiment heureuse. Cela fait partie de mon équilibre.

RM : Dans quelques heures, vous vous envolerez pour la Turquie. Vous avez chanté jusqu’à l’Île de la Réunion. Mais vous chantez aux quatre coins du monde ! Vous aimez vivre dans vos valises ?

HG : Il y a de merveilleux aspects dans la vie de chanteurs. J’adore voyager, découvrir de nouveaux endroits, mais c’est certain que je trouve cela difficile parfois d’être continuellement dans mes valises. Je ne suis pas vraiment une personne solitaire, donc les aéroports, hôtels et longs séjours seule c’est parfois moins évident, mais c’est le prix à payer pour pouvoir faire ce merveilleux métier! J’adore ce que je fais et ma plus grande satisfaction est de voir quand je fais du bien aux gens grâce à ma musique, à la musique!…Je dois dire que mes proches sont mes fans numéro 1 et m’encouragent beaucoup, ça aussi c’est important !

Crédits photographiques : © Julien Faugère

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