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Cantates de Bach dirigées par Philippe Pierlot

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : « Actus Tragicus ». Cantates BWV 18 Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt ; BWV 106 Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit « Actus Tragicus » ; BWV 150 Nach dir, Herr, verlanget mich. Katharine Fuge, soprano ; Carlos Mena, alto ; Jan Kobow, ténor ; Stephan MacLeod, basse. Ricercar Consort, direction et viole de gambe : Philippe Pierlot. 1 CD Mirare MIR 002, enregistrement IX 2004 en l’église de Saint Loup sur Thouet. Livret quadrilingue (allemand, français, anglais et espagnol) Durée 49 min.

 

Ce disque enregistré il y a un an propose trois des premières cantates de Bach, que nous avions eu le plaisir d’entendre à Liège en mars 2005 par les mêmes, mis à part une distribution vocale renouvelée de moitié et quelques changements parmi les instrumentistes.

La cantate BWV 18 « Comme la pluie et la neige descendent des cieux » date de 1713, et fut reprise et remaniée par Bach pour une exécution à Leipzig. Elle est présentée ici dans sa forme originelle. Après une Sinfonia a l’allure décidée, cette cantate comprend un long récitatif d’une grande force expressive, interrompu à plusieurs reprises par les litanies enflammées de la soprano, implorant le Seigneur d’exaucer les prières du croyant en le protégeant, entre autres, de Satan, des Turcs et du Pape. La soprano est encore sollicitée par la suite dans l’aria « Mein Seelenschatz ist Gottes Wort » d’une simplicité rayonnante, mais qui semble dissimuler une angoisse pas tout à fait éteinte. La cantate BWV 106 « Le temps de Dieu est le meilleur des temps », (Actus Tragicus, Weimar ca 1708), est la plus connue des trois œuvres présentées sur ce disque, et bénéficie d’une discographie relativement abondante, dominée par les enregistrements de Konrad Junghänel et de Masaaki Suzuki. et le sont des récidivistes puisqu’ils l’ont gravée en 1990, en utilisant déjà qu’un seul chanteur par partie dans les passages choraux. Cette cantate utilise un instrumentarium très particulier (deux flûtes à bec, deux violes et le continuo), la tradition la destine au service funèbre d’un oncle par alliance de Bach. Sa structure est très inhabituelle, et elle ne comporte pas d’aria pour soliste distinct, les parties solistes se mêlant au chœur au sein d’un même numéro. La cantate commence par une Sinfonia dont la solennité est adoucie par les flûtes puis par un chœur commençant avec la simplicité d’une chorale enfantine mais qui se développe très vite en une fugue virtuose. Le troisième morceau est un long arioso en trois temps qui débute par une prière du ténor (lento), interrompue par un vigoureux commandement de la basse (vivace), rejointe ensuite par les autres solistes (andante). L’aria suivante repose sur le même principe d’opposition entre la prière du croyant et la réponse de Dieu : l’alto recommande son âme au Seigneur, qui par l’intermédiaire de la basse promet paix et joie au Paradis, puis le chœur chante la consolation qu’apporte cette parole divine. Après ces pages tourmentées et difficiles, le chœur final est un accomplissement joyeux, et célèbre la gloire du Seigneur en une fugue festive et vigoureuse.

L’attribution de BWV 150 est incertaine, il n’y a pas de preuve formelle qu’elle sort de la plume de Bach, mais à l’écoute, c’est incontestablement l’œuvre d’un grand compositeur, et on sent souvent la « patte » de Bach, notamment dans la concision véhémente de l’aria pour soprano « Doch bin und bleibe ich vergnügt » ou dans la géniale chaconne finale. L’œuvre date de 1708 ou 1709, est de construction simple, chœurs et arias pour solistes s’enchaînant avec régularité.

Quatuor vocal de haut niveau, avec le solide et éloquent , bouleversant d’humanité et d’urgence dans l’Actus Tragicus, et un magnifique Carlos Mena, dont le timbre opalescent et la pureté de style rendent chaque intervention précieuse et attendue. Belle voix également, le ténor tient sa partie avec prestance et classe, mais ses manières vocales un rien affectées pourront lasser les auditeurs adeptes de la simplicité et du dépouillement. La soprano Katharine Fuge aura ses détracteurs comme ses partisans. Personnellement, nous nous rangerons parmi ses défenseurs, séduit par la fraîcheur ingénue du timbre, la pureté des aigus et la franchise de l’émission, même si on ne peut taire ses défauts : justesse très variable, couleur du timbre uniforme, et une diction bousculée et exagérément gutturale (la seconde partie de son aria de la cantate BWV 18 aurait mérité d’être refaite). Le petit ensemble mené depuis sa viole par le virtuose est splendide de cohésion, de chaleur et d’urgence, imprimant tension et dynamisme aux sinfonie d’ouverture, et conduisant arie et chorals avec ardeur et souplesse. Un disque pas toujours parfait au niveau vocal, mais très attachant, car ses interprètes ont su créer l’atmosphère qui convient à ces œuvres. Minutage malheureusement très chiche, une quatrième cantate aurait été la bienvenue, un second volume est prévu pour l’année prochaine.

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Johann Sebastian Bach (1685-1750) : « Actus Tragicus ». Cantates BWV 18 Gleichwie der Regen und Schnee vom Himmel fällt ; BWV 106 Gottes Zeit ist die allerbeste Zeit « Actus Tragicus » ; BWV 150 Nach dir, Herr, verlanget mich. Katharine Fuge, soprano ; Carlos Mena, alto ; Jan Kobow, ténor ; Stephan MacLeod, basse. Ricercar Consort, direction et viole de gambe : Philippe Pierlot. 1 CD Mirare MIR 002, enregistrement IX 2004 en l’église de Saint Loup sur Thouet. Livret quadrilingue (allemand, français, anglais et espagnol) Durée 49 min.

 
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