Concerts, La Scène, Musique symphonique

Rendons la musique à ceux qui l’aiment

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Jemappes, Eglise Saint Martin. 23-IX-2005. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio : Introduction et Interlude orchestral op. 85 ; Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 ; Richard Wagner (1815-1883) : Siegfried Idyll ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 en ré majeur « Classique » op. 25. Yossif Ivanov, violon. Orchestre National de Belgique, direction : Josep Caballe-Domenech.

Les musiciens de l’ ont eu beaucoup de mérite ce soir face à un public en trop grande partie composé d’invités, et dont l’attitude(arrivées en retard, applaudissements intempestifs, bavardages… ) a souvent dépassé les limites de la correction. Ce manque du respect élémentaire envers l’orchestre et la musique a été involontairement encouragé par une organisation trop laxiste qui, alors que le concert avait pourtant débuté une vingtaine de minutes après l’heure annoncée, a laissé entrer les retardataires pendant que l’orchestre jouait, et qui a rallumé les lumières après le premier mouvement de concerto de Tchaïkovski, ce qui n’a certainement pas contribué à faire taire les applaudissements. L’église Saint Martin de Jemappes, enclavée dans un quartier populaire de cette banlieue de Mons, est un édifice qui ne paie pas de mine extérieurement, mais dont l’intérieur étonne par ses vastes proportions et son élégance assez austère. L’acoustique n’est malheureusement pas à la hauteur : trop réverbérée, confuse, elle rend les graves sourds et les aigus agressifs, et tient plus du hall de gare que de la salle de concert.

Les extraits de Capriccio ayant été perturbés par les retardataires, nous commencerons notre compte-rendu par le concerto pour violon de Tchaïkovski, avec en soliste . Le jeune violoniste belge, auréolé de sa magnifique deuxième place au Concours Reine Elisabeth, multiplie les concerts depuis juin, donnant l’impression d’être partout à la fois, de Bruxelles à Liège, de Mons à Anvers, au point qu’on se demande parfois s’il n’en fait pas un peu trop. Sa prestation de ce soir nous inquiète sur son actuel état de fraîcheur, car il nous a livré une interprétation routinière et maussade de ce concerto de Tchaïkovski, manquant d’énergie et de vivacité dans le premier mouvement, de tendresse et de lyrisme dans la canzonetta. L’intonation est incertaine, les phrasés sont raides et hachés, et la sonorité sans chaleur est plutôt grisonnante. Le troisième mouvement est meilleur, notre jeune prodige s’y montre plus vigoureux et expressif, soignant ses phrasés et se montrant plus imaginatif dans la coloration de sa sonorité. Accompagnement probe et solide de la part de l’orchestre, mené avec fermeté mais peu de finesse par Josep Caballe-Domenech. Bien entendu, Nul musicien n’est tenu à l’exceptionnel à chacune de ses apparitions, mais cette exécution assez décevante est peut-être le signe pour qu’il est temps de prendre le temps de souffler. Son planning des prochains mois, très chargé, n’est à cet égard pas très rassurant.

Le meilleur de ce concert vient après la pause avec Siegfried Ydill de Wagner, que Josep Caballe-Domenech aborde avec ampleur et tendresse, des phrasés chaleureux et sensuels et un rubato très expressif. Le chef tire des sonorités pleines et généreuses des cordes qui forment un beau tapis dont émergent des bois qui font comme des zébrures dans la trame orchestrale et des cors très inspirés. La Symphonie Classique est beaucoup moins réussie, plombée par l’acoustique floue et globalisante des lieux, qui ne convient absolument pas à une œuvre aussi fine. La conception du chef est aussi à mettre en cause dans l’échec de cette symphonie, qu’il dirige avec trop d’emphase et de lourdeur, d’une baguette molle, ne mettant pas assez l’accent sur les arêtes de la partition, ni sur son humour pince sans rire. L’orchestre, trop nombreux, sonne « gros », avec des cordes étales, manquant de mordant et des percussions poussives et flasques.

Un concert assez irritant, dont les interprètes n’ont que trop rarement réussi à transcender les conditions défavorables.

© Rolex Mentor and Protégé Arts Initiative / Jacques Bélat

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Jemappes, Eglise Saint Martin. 23-IX-2005. Richard Strauss (1864-1949) : Capriccio : Introduction et Interlude orchestral op. 85 ; Piotr Ilytch Tchaïkovski (1840-1893) : Concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 35 ; Richard Wagner (1815-1883) : Siegfried Idyll ; Serge Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n°1 en ré majeur « Classique » op. 25. Yossif Ivanov, violon. Orchestre National de Belgique, direction : Josep Caballe-Domenech.

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