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Le poème harmonique : jubilatoire !

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Étienne Moulinié (1599-1676), Pierre Guédron (1565-1620), Anthoine Boësset (1587-1643) : Airs de cour et ballets. Le Poème Harmonique : Claire Lefilliâtre, dessus ; Marc Pontus, Bruno Le Levreur, haute-contres, Serge Goubioud, Jean-François Novelli, tailles ; Arnaud Marzorati, Marco Forvat, Basses. Sophie Watillon, Sylvie Mocquet, Friederike Heumann, Sylvia Abramowicz, Françoise Enock, Kaori Uemura, Anne-Marie Lasla, violes ; Nanja Breedijk, harpe double ; Joël Grare, percussions, Vincent Dumestre, Jean-Luc Tamby, Massimo Moscardo, Benjamin Perrot, Luth, guitare baroque, théorbe. 3 CD Alpha 905. Enregistré en 2000, 2002, 2003. Notice français/anglais, excellente. Durées respectives : 69’49, 60’18, 60’29.

 

Sous le titre Si tu veux apprendre les pas à danser, la firme Alpha propose dans un très joli coffret une réédition à tirage limité reprenant intégralement trois enregistrements précédents du Poème Harmonique, respectivement intitulés L’Humaine Comédie (2000), Le Consert des Consorts (2002) et Je meurs sans mourir (2003) consacrés à la musique française du XVIIe siècle. En quelque sorte une petite introduction au spectacle le Bourgeois Gentilhomme, de Molière et Lully (1670) qui se produit encore, ou à son DVD tout juste paru.

La réunion des ces trois CD donne une idée de ce que pouvait être la vie musicale à la cour de France avant que Lully n’invente la tragédie lyrique, à l’époque où l’Orfeo voyait le jour de l’autre coté des Alpes (1607). L’essentiel est composé d’airs de cour, genre vocal de chambre spécifiquement français, et de ce qui a pu être retrouvé de quelques ballets.

De la plaquette d’accompagnement, on retient en particulier que les usages d’interprétation de ces pièces sont encore très mal connus : effectif instrumental et vocal, ornementation, les partitions n’indiquant, pour la plupart, que les notes et les rythmes. L’imagination du Poème Harmonique, tout comme probablement ceux des interprètes de l’époque, supplée aux manques. Et, d’imagination, dieu merci, le groupe dirigé par n’en manque pas : un subtil alliage de culture, de goût et de fantaisie donne à ces pièces une interprétation pleine de vie et de couleurs.

De la même façon, les chanteurs restituent l’articulation supposée de l’époque : oi prononcé oué, consonnes finales émises, etc. C’est délicieusement dépaysant…avec toutefois la lancinante question du bien-fondé de ces partis pris : un gentilhomme de Louis XIII, transporté chez nous par le biais de la Resmusica4X, retrouverait-il les sons et la musique dont il était familier, ou se trouverait-il, comme l’auditeur moderne, en terrain nouveau?

Les trois auteurs, quasi-contemporains, ont des personnalités bien différentes. Ainsi, le plus ancien d’entre eux, (1565-1520), compositeur de la chambre sous Henri IV et Louis XIII, adapte avec brio la musique populaire aux raffinements harmoniques de la musique de cour, et se lance même dans le très grivois, avec un truculent A Paris sur petit pont dans lequel les interprètes s’en donnent à cœur joie : ricanements, nasillements… On tape des pieds sur les airs à danser, on fredonne sur les refrains, bref, un CD à ne pas insérer dans son baladeur pour prendre le métro. Mais n’a pas fait qu’adapter des airs populaires. On trouve également dans sa production des romances précieuses dans lesquels soupirent les bergères et souffrent les amants, parmi lesquelles un Récit d’Alcine, parmi lesquelles un très curieux Qu’est devenu ce bel œil à peine accompagné, aux dissonances recherchées, ainsi qu’un Récit d’Alcine, ancêtre du récitatif de la tragédie lyrique. Combien d’Armide et d’Alcina viendront après celle-ci? La sélection comporte également quelques pièces d’autres compositeurs, notamment un très curieux Qu’est devenu ce bel œil à peine accompagné, aux dissonances recherchées, de , prédécesseur de Pierre Guédron dans la charge de compositeur de la chambre du roi.On avoue une préférence coupable pour ce CD.

Anthoine Boësset (1587-1643) gendre et successeur de Pierre Guédron, officia à la cour de Louis XIII, nettement moins déboutonnée que celle d’Henri IV. Je meurs sans mourir, titre d’un de ses airs, est bien choisi pour baptiser le CD de celui qui semble le plus neurasthénique des trois. Inspiration espagnole, alors la cour la plus brillante du monde, beaucoup plus de guitares et de percussions (à moins, éternelle question, qu’il ne s’agisse d’un choix du Poème Harmonique). Les airs sont plus rythmés, le ballet alterne mélancolie et violence, le chant est moins fleuri. Et de nouveau des mignardises, des bergères, des amours malheureuses, les airs les plus légers gardent toujours une touche de gravité.

(1599-1676) compositeur à la cour de Gaston d’Orléans, Monsieur, frère de Louis XIII, possède une inspiration plus précieuse, encore plus de bergères et de soupirs, moins d’ensembles, plus de voix solistes, donnant lieu à des fioritures beaucoup plus sages de la part des interprètes. Même l’unique air à boire ne perd pas de vue l’élégance. Un ballet, des peintures pittoresques aussi, des oiseaux, une ridicule, un juif errant, un espagnol qui sent l’ail, de quoi horrifier tout membre de SOS racisme!

Pour servir ces univers artistiques différents, ce répertoire si formidablement varié, si loin de nous et pourtant si proche, forme une équipe homogène, même si de l’un à l’autre CD quelques noms ont changé. L’unité est donnée principalement par le timbre si reconnaissable et les variations typiques de , mais toutes les voix sont belles, bien éduquées et se marient parfaitement. Gambistes et luthistes se fondent idéalement dans l’ensemble, tous semblant ne faire qu’un.

Jubilation est le maître mot de ce coffret. Joie communicative d’interpréter et de faire découvrir des musiques rares.

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Étienne Moulinié (1599-1676), Pierre Guédron (1565-1620), Anthoine Boësset (1587-1643) : Airs de cour et ballets. Le Poème Harmonique : Claire Lefilliâtre, dessus ; Marc Pontus, Bruno Le Levreur, haute-contres, Serge Goubioud, Jean-François Novelli, tailles ; Arnaud Marzorati, Marco Forvat, Basses. Sophie Watillon, Sylvie Mocquet, Friederike Heumann, Sylvia Abramowicz, Françoise Enock, Kaori Uemura, Anne-Marie Lasla, violes ; Nanja Breedijk, harpe double ; Joël Grare, percussions, Vincent Dumestre, Jean-Luc Tamby, Massimo Moscardo, Benjamin Perrot, Luth, guitare baroque, théorbe. 3 CD Alpha 905. Enregistré en 2000, 2002, 2003. Notice français/anglais, excellente. Durées respectives : 69’49, 60’18, 60’29.

 
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