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Reynaldo Hahn (1874-1947) : mélodies. Didier Henry, baryton ; Stéphane Petitjean, piano ; Ensemble vocal français. 1 CD Maguelone 111. 109. Enregistré en 2004. DDD. Notice (médiocre) français/anglais. Durée 75’52.

 

Si le nom de est bien connu des mélomanes, il faut bien avouer que son œuvre l’est beaucoup moins, hormis Ciboulette ou Si mes vers avaient des ailes, et encore pour ces dernières, plus de nom que pour les avoir réellement entendues. Le label Maguelone vient à notre secours, en proposant à l’écoute les mélodies de ce compositeur. Idée excellente, car tout amoureux de la mélodie française ne saurait se cantonner à vie à l’invitation au voyage, Les Berceaux ou Les Ponts de Cé. Et en effet, voici une jolie découverte que cette élégante musique… élégante… mais loin de posséder la force d’un Duparc, d’un Fauré ou d’un Poulenc. Les qualités majeures de , en grand amoureux de la voix, sont de ne jamais placer l’interprète en difficulté, ainsi que sa rythmique et sa prosodie d’un extrême naturel.

Le principal reproche qu’on pourrait adresser à sa production est la monochromie des sentiments : mélancolie si charmante, tristesse si romantique. Aucun accent un peu ardent pour faire dresser l’oreille, aucune surprise si ce n’est de temps à autre quelques interventions chorales dans les Etudes latines.

Les textes convoquent jusqu’à la nausée amours malheureuse, voiles impalpables, joues pâlies et cimetières emplis de regrets, de ces poèmes pleins de beauté mais dont la répétition inlassable provoquait l’ironie de Chabrier : « Mais pour l’amour de Dieu, plus de floraison, plus d’épis d’or, plus de muguet, foin des lilas, zut pour les corolles et bran pour cet insipide fatras de sensibleries échinées et baveuses. Tenez, j’ai là Contes à la brune ; ce qu’on s’en fout ! toujours mêmes rocamboles, même enfilade de mots à la rose, du sale marasquin ressassé et resucé cent fois : 1° «j’ai caché dans la rose en pleurs les larmes» (parbleu !) etc. etc. Zut ! 2° «Pour savoir à quel point je t’aime, effeuille… » (naturellement, arrivée du cher chrysanthème)… Zut. 3° « A l’ombre de la nuit, de tes cheveux… » etc. etc. (puis l’oreille, le front, les dents, la bouche, les yeux, le pédicure, le dentiste, l’oculiste, tout y passe ; ça manque un peu de derrière ; ça, c’est pour la prose)… Zut. 4° Puis, le coup du linceul ; ah ! ce sacré linceul ! et le vol de l’hirondelle, et les mimosas ; arrive donc, petit mimosa, a-t-on idée d’un paresseux de mimosa pareil, je le dirai à ta maman !»

, valeureux chanteur et défenseur de la musique française, est directeur artistique de la firme Maguelone. On peut légitimement en déduire que l’enregistrement et l’interprétation de ce CD résultent de son propre choix. Et il possède en effet le raffinement du mot et de la prosodie, et la compréhension intime de la musique. Il aurait hélas fallu pour rendre ce CD passionnant, une de ces voix rares et électrisantes dont il n’existe qu’une dizaine dans le monde. Tel quel, le chanteur est d’une honnêteté et d’un charisme exemplaires, et c’est déjà beaucoup.

Maguelone a eu l’immense mérite de démontrer que les mélodies de Reynaldo Hahn sont parfaitement viables et peuvent être présentées en récital, à condition d’être intercalées avec d’autres œuvres. De là à en écouter tout un CD…

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Reynaldo Hahn (1874-1947) : mélodies. Didier Henry, baryton ; Stéphane Petitjean, piano ; Ensemble vocal français. 1 CD Maguelone 111. 109. Enregistré en 2004. DDD. Notice (médiocre) français/anglais. Durée 75’52.

 
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