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Premier récital de Joyce DiDonato : y a-t-il une vie avant la mort ?

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Leonard Bernstein (1918-1990) : Two love songs, Music I heard with you, What lips my lips have kissed, A Julia de Burgos, Piccola Serenata (bonus). Aaron Copland (1900-1990) : Twelve pœms of Emily Dickinson. Jake Heggie (né en 1961) : The deepest desire. Joyce DiDonato, mezzo soprano ; David Zobel, piano, Frances Shelly, flute. 1CD Eloquentia EL 504. Notice français/anglais, bonne. Durée 63’01.

 

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Pour son premier enregistrement solo d’un récital, surprend. Alors qu’un pot-pourri de ses succès opératiques les plus fameux, Cenerentola et Rosina du Barbier de Séville en tête, se serait arraché comme des petits pains, elle accomplit un choix courageux prouvant qu’il s’agit d’une cantatrice intègre.

Elle opère également un choix « génétique » si l’on ose dire, en proposant une sélection de songs américain de , et . La pochette, luxueuse, tente de nous démontrer qu’il s’agit d’un produit comme un autre. Peine perdue : cet enregistrement est un véritable engagement d’artiste.

On ne décrit plus le beau timbre mœlleux de . On constate toutefois que les mélodies mettent encore plus en valeur son expressivité et son sens de la dynamique. Cette voix splendide, alliée au toucher souverain du pianiste David Zobel, délivre une interprétation proche de la perfection. S’expliquant sur ses choix dans la plaquette d’accompagnement, parle de son admiration pour , prononçant le mot « charisme ». Two love songs a été composé pour la mezzo-soprano , les trois autres pièces sont extraites de Songfest, recueil de douze chansons composées pour célébrer le bicentenaire de l’indépendance américaine. Quatre des cinq chansons sélectionnées parlent d’amour, tarte à la crème de toute mélodie qui se respecte. Mais l’atmosphère en est inquiétante, voire carrément morbide. La cinquième, sur un poème de la portoricaine Julia de Burgos, a permis au compositeur de montrer son savoir-faire dans le domaine de la musique latino-américaine.

Les plages suivantes sont des songs d’ sur douze poèmes d’Emily Dickinson, poétesse rebelle et recluse. Les textes parlent de nature, de vie, et d’éternité. L’atmosphère musicale est plus sereine. La dernière partie, the deepest desire, donne son nom à l’album, et une phrase marquante de l’un des poèmes « Is there life before death ? » est citée en exergue de la pochette…et en titre du présent compte-rendu. Le désir le plus profond n’est pas, pour une fois, la banale passion amoureuse, mais le désir d’absolu et de justice de sœur Helen Prejean, qui consacra sa vie aux détenus qu’elle suivait dans le couloir de la mort, et auteure des textes.

Ce cycle composé par a été créé en 2002 par Susan Graham, auquel il est dédié. Joyce DiDonato, non contente de posséder une voix superbe et d’être une artiste intègre, serait-elle de surcroît une bonne camarade ? Toujours est-il qu’elle fût la créatrice du rôle de la religieuse dans l’opéra Dead man walking du même Jake Heggie, personnage marquant s’il en est, ce qui explique son choix de lui donner la place principale dans ce récital. Le premier air commence par un solo de flûte introduisant un motif de trois notes. C’est également cet instrument dont le son apaisé clôturera le cycle. En bonus, la Piccola Serenata de Bernstein (paroles : da ga da ga dum da lai la lo…) éclaire d’un brin de fantaisie cet album si sérieux et au propos si austère, et finit de nous faire définitivement craquer pour le timbre somptueux de Joyce DiDonato.

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Leonard Bernstein (1918-1990) : Two love songs, Music I heard with you, What lips my lips have kissed, A Julia de Burgos, Piccola Serenata (bonus). Aaron Copland (1900-1990) : Twelve pœms of Emily Dickinson. Jake Heggie (né en 1961) : The deepest desire. Joyce DiDonato, mezzo soprano ; David Zobel, piano, Frances Shelly, flute. 1CD Eloquentia EL 504. Notice français/anglais, bonne. Durée 63’01.

 
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