Régis Campo la figure du clown

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Régis Campo (né en 1968) : Concerto pour Piano et Orchestre ; Music to Hear ; Pop-Art. Orchestre Philharmonique de Radio France, Musicatreize, Ensemble des Lauréats du Conservatoire. Jay Gottlieb, piano. Direction : Pascal Rophé, Roland Hayrabédian, Kanako Abe. 1 CD AECD 0529 AEON DDD (distribution : Harmonia Mundi – MFA). Enregistrements Public : Salle Olivier Messiaen (14. 10. 2000), Maison de Radio France (18. 02. 2001) et Salle Cortot (12. 10. 2003). Texte d’accompagnement et biographies en français, anglais et allemand. Durée totale : 51’40

 

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Né en 1968, fait ses études auprès de Georges Bœuf et Jacques Charpentier, travaille l’harmonie, le contrepoint et la fugue avec Danielle Sainte-Croix au Conservatoire National de région de Marseille. Etudes de philosophie et 1er Prix de Composition (1995) au Conservatoire National Supérieur de Paris avec comme professeur Gérard Grisey et Alain Bancquart. Considéré comme l’un des plus doué de sa génération, s’inscrit dans la quête du rire, du bonheur et sa retranscription en musique. Par un emploi très libre des tempi et une exploration de l’énergie hystérique, il libère la musique du carcan de sérieux dans laquelle elle est souvent enfermée. Ainsi naît une forme de musique répétitive très différente de celle de Steve Reich ou de Philip Glass. Il rencontre en 1992 le compositeur russe Edison Denisov, événement marquant pour le jeune compositeur. En 1996, il reçoit le Prix hollandais de la Fondation Gaudeamus pour son œuvre Commedia. Et la même année, son quintette Exsultate Jubilate reçoit trois prix au concours Henri-Dutilleux. Il est Prix Hervé-Dugardin de la SACEM (1999) et Prix Pierre-Cardin de l’Académie des Beaux-Arts. De 1999 à 2001, il est pensionnaire à la Villa Médicis. En 2003, il prend la succession de Georges Bœuf au Conservatoire National de Région de Marseille. Il travaille actuellement sur la commande du Festival Beethoven de Bonn sur son 1er Quatuor à Cordes qui sera crée par le quatuor Ysaye. Il a écrit une centaine d’œuvres, parmi lesquelles nous pouvons citer, Commedia (1995) pour 19 instrumentistes, le Concerto de Chambre (1996) pour 7 musiciens, le Concerto pour Violon (1997- révision 2000), le Livre de Sonates pour Orgue (1997-1999), Nova pour 12 voix mixte, grand chœur mixte et ensemble (1999), le Livre de Fantaisies pour Violoncelle (1999), Faërie (2000-2001), Happy Bird (2001), le Concerto pour Percussion et Orchestre (2001), Lumen pour orchestre (2001), Premier Livre pour Piano (2000-2002), Symphonie n°1 (2002-2003) et Ouverture en forme d’étoiles pour orchestre (2004). Ses œuvres sont éditées exclusivement depuis 1998 aux éditions Henry Lemoine.

Trois pièces écrites par de 1998 à 2002 sont enregistrées sur cet album discographique. Composé de quatre mouvements, le Concerto pour Piano et Orchestre (1998-1999) est un savant mélange entre humour, bonheur et fragilité. En fait, la figure du clown est très certainement la plus appropriée pour suggérer le tempérament de sa musique. L’emploi des trompettes bouchées confère très rapidement une atmosphère de cirque ou de numéros acrobatiques suspendus dans les airs. Les soli de piano se déchaînent, maîtrisant parfaitement les éclairs virtuoses des Concertos pour piano de Serge Prokoviev. Un remarquable équilibre des durées de chaque mouvement, puisque les mouvements durent respectivement 16’, 5’, 7’, 1’30. Le premier mouvement « Les Horloges » est une musique étrange, proche de la peur enfantine, lorsqu’on sait que les trois petits cochons jouent sans se soucier du loup qui n’est pas loin! Le bonheur est là, pourtant, quelque chose de sombre n’est pas bien loin. Très influencée par L’Enfant et les Sortilèges de Maurice Ravel, le compositeur Régis Campo use du groupe orchestral le plus efficace en matière de musique de dessins animés ; xylophone, trompettes et cors bouchés, piano en gammes fusées et triangle étincelant, très drôle et léger. Les poursuites effrénées des bois et des gammes pianistiques déroulent échelles diverses et modes pentatoniques qui entretiennent très souvent les résonances. Music to Hear (1999) est écrit pour 7 voix et 5 instruments, d’après un sonnet de W. Shakespeare. Les passages les plus exquis sont certainement Slight air, Alack! et Which which. Sonorités de serpents pour Slight air, tuyaux sifflants, voix susurrantes, glissements de la consonne « s » dans tous les sens du sens. Proche de l’univers de Sinfonia de L. Berio, cette miniature est pleine d’énergie et de génie. Alack et Which which sont des hommages aux Beatles, les deux suggèrent une rythmique vaguement brésilienne pour Alack, et franchement ternaire pour which which. Les bruitages instrumentaux et les glissandi de voix s’amusent tout autant que nos oreilles. Pop Art (2001-2002), est une œuvre qui montre plus de synthèse dans l’équilibre du style personnel de Régis Campo. Longues plages spectrales, résonances entretenues, formes répétitives dans la résonance, bruitages ou effets instrumentaux, irrégularité rythmique des tempi enfantins, saccadés et reprises qui ne sont pas sans rappeler « centimètre, décamètre… » de l’Enfant et les Sortilèges. Un réel moment de plaisir qu’il ne faut manquer sous aucun prétexte.

 

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