MTM Radio et Stéphane Gauthier pour la défense de la Musique Contemporaine

Stéphane Gauthier - Photo (c) DR

Alors que la majorité des médias et producteurs — désirant attirer toujours plus de public — s’éparpille en vaines solutions ne contentant pas souvent un auditoire éclairé et s’avance plus que timidement sur le délicat terrain de la musique contemporaine, il existe encore des initiatives très nobles qui tentent de pourvoir à ce manque grandissant. Partant de ce constat, ResMusica.com s’est intéressé à la naissance de MTM Radio, première radio de musique d’avant-garde au Québec. Celle-ci n’en est encore qu’au stade du lancement mais Stéphane Gauthier — son fondateur — nous explique les aspirations et objectifs d’un projet aussi enthousiasmant.

« Avec l’avènement de l’Internet et par la suite de la haute-vitesse, ce rêve de promouvoir la musique contemporaine devenait enfin réalisable ! »

ResMusica : Quels rapports entretenez-vous avec la Musique Contemporaine ?

Stéphane Gauthier : J’ai découvert la musique du XXe siècle avec Bartók (le Concerto pour orchestre) à l’âge de 12 ans. Depuis ce temps, j’ai développé un goût marqué pour la musique classique de toutes les époques mais le dernier siècle et la musique contemporaine sont toujours demeurés mes favoris. En fait, j’entretiens un rapport de mélomane avec la musique. Cette dernière constitue une de mes plus grandes passions.

RM : Comment vous est venue l’idée de créer votre propre radio dédiée à la musique contemporaine ?

SG : C’est un projet qui me trotte dans la tête depuis des années. Cependant, à l’époque où radio rimait avec ondes hertziennes, je ne voyais pas la possibilité de lancer un tel projet. La radio conventionnelle (hertzienne) exige un fort taux de pénétration en raison des coûts élevés et les fréquences disponibles demeurent limitées. Avec l’avènement de l’Internet et par la suite de la haute-vitesse, ce rêve de promouvoir la musique contemporaine devenait enfin réalisable!

RM : Expliquez-nous la place de la musique contemporaine au Québec. Dans quel contexte lancez-vous votre radio ?

SG : MTM Radio arrive pile, c’est-à-dire à un moment où la musique contemporaine a presque complètement disparu des ondes. D’ailleurs, il n’y a pas que la musique contemporaine qui soit malmenée ; la musique de l’époque moderne et la musique actuelle le sont tout autant. Malgré cette absence des ondes, le Québec présente de bons ensembles et orchestres (SMCQ, Nouvel Ensemble Moderne, etc. ). Nos facultés de musique et nos conservatoires regorgent d’une relève talentueuse trop longtemps ignorée des médias. Sur la scène de la musique actuelle, le Québec constitue un des endroits les plus dynamiques sur la planète avec l’Italie, le Japon et les États-Unis. Le Festival international de musique actuelle de Victoriaville célébrera d’ailleurs son 23e anniversaire l’an prochain!

RM : En France c’est notre radio publique (Radio-France) qui diffuse le plus de musique contemporaine. Est-ce la même chose au Québec ?

SG : Ça l’était mais les choses ont changé. Ces dernières années, nous avons subi un désengagement du diffuseur public face aux musiques dites sérieuses. Vous savez, on a non seulement subi une baisse des contenus, mais Radio-Canada a carrément fermé sa chaîne culturelle pour la remplacer par un programme de musique en tout genre appelé Espace-Musique. La tendance se dirige malheureusement vers des contenus populistes et démagogiques plutôt que vers la qualité.

RM : Quel système économique avez-vous retenu pour faire prospérer votre radio ?

SG : La radio par abonnement.

RM : Vous pensez donc que ce système est viable à long terme ?

SG : Absolument! La radio à péage permet d’offrir une programmation sans publicité. Toutes nos ressources seront ainsi concentrées sur les émissions plutôt que sur la recherche de commanditaires. Certaines personnes pourraient penser que nous cherchons à utiliser les arts et la culture à des fins commerciales. C’est tout le contraire. Nous voulons créer un modèle de radio économiquement viable où l’aspect commercial sera absent, où le plaisir de l’écoute dominera. MTM Radio proposera une bouffée d’air frais dans un univers où les ondes sont trop souvent polluées par la publicité et le mercantilisme.

RM : Pensez-vous attirer un public de plus en plus nombreux ?

SG : Oui et pour plusieurs raisons. Premièrement, nous ne proposerons pas que la musique contemporaine. En couvrant la période allant de 1900 à aujourd’hui, ainsi que la musique actuelle, nous élargissons notre auditoire potentiel. De plus, plusieurs facteurs jouent en notre faveur : la place laissée libre par le diffuseur public, le niveau d’instruction de plus en plus élevé de la population, le manque de diversité dans les radios traditionnelles, etc. D’un point de vue technique, l’arrivée de l’Internet haute-vitesse et des réseaux sans-fils ne peuvent qu’être bénéfique à MTM Radio.

RM : Avez-vous connaissance de ce que ce public représente, plutôt canadien ou international ? 

SG : Jusqu’à présent, j’avoue être agréablement surpris par la réponse du public. Plusieurs de mes contacts semblent fort intéressés par une radio qui offrira un contenu original et différent. Je ne possède malheureusement pas de chiffres exacts et je doute qu’ils existent. Il n’y a encore jamais eu, à ma connaissance, de radio qui n’ose proposer que de la musique moderne et contemporaine en permanence. De toute façon, nous voulons créer un engouement pour la musique contemporaine plutôt que de se contenter de l’auditoire déjà acquis par cette musique. Notre premier public sera certainement canadien. Cependant, nous visons la francophonie en général. C’est pour cette raison que notre nouveau site Web présente la grille horaire à l’heure du Québec et à l’heure européenne, selon le choix des internautes.

RM : Ce public recherche quoi à votre avis ?

SG : De l’excellente musique, et à être surpris, étonné.

RM : Parlez-nous un peu de votre équipe et des émissions qu’elle va offrir …

SG : Nous proposons une programmation évolutive ; plus la journée avance, plus nos émissions tendent vers le moderne et le contemporain. La matinée débute en musique classique (Debussy, Sibelius, Bax, Prokofiev, Pärt). Nous enchaînons ensuite avec Méli-Mélomane à compter de 9h (15h en Europe) où je propose une programmation 2/3 classique et 1/3 moderne. À 15h, Réjean Beaucage prend le relais avec Contemporain pluriel, une émission consacrée à la musique moderne et contemporaine, de Schœnberg à Dusapin en passant par Varèse, Dutilleux, Messiaen, Xenakis, Penderecki et les autres. En soirée, à compter de 21h, François Nadon vous présente Actuel panorama, 3 heures consacrées entièrement à la musique actuelle (nouveau jazz, musique électronique, découvertes). Les week-ends en matinée, Marie-Pierre Barathon retrace les musiques qui ont creusé les sillons des musiques exploratoires à Futur antérieur.

Crédits photographiques : © D.R.

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