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Robert Schumann (1810-1856) : Variations sur A-B-E-G-G op. 1 ; 3 Fantasiestücke op. 12 ; Humoreske en sib majeur op. 20 ; Alexander Scriabin (1875-1915) : Sonate no2 en sol dièse mineur op. 19 ; 12 préludes op. 11 ; Poème « vers la flamme » op. 72 ; Poème op. 32 n°1. Sviatoslav Richter, piano. 1 CD Urania SP 4241. Enregistré le 20 juin 1955 à Moscou. ADD Mono. Pas de notice. Durée : 79’27’’.

 

urania_richter_schumann-300x300La discographie de est une des plus denses du XXe siècle, surtout si l’on considère les enregistrements publics du pianiste. On remerciera tout d’abord le label Urania pour la présente réédition du récital du 20 juin 1955 à Moscou, bien que l’on déplore le manque de précision des informations en ce qui concerne le programme (aucun détail pour les 12 préludes de Scriabine choisis parmi les 24 de l’opus) et le lieu du concert.

et Scriabine sont des compositeurs récurrents dans la carrière de Richter, ce qui ne diminue pas l’interêt de la présente bande de concert qui témoigne de la période moscovite du pianiste. On ne pourra être qu’enthousiaste devant la probité et la puissance intellectuelle du maître. L’intelligence de la lecture de Richter n’est plus à démontrer, et son jeu direct insuffle une force de conviction étonnante à son discours. Exempt de tout pathos, le programme est d’une tenue exceptionnelle, que ce soit dans la juxtaposition de microcosmes (les préludes de Scriabine ici interprétés dans un ordre aléatoire, ou encore les trois fantasiestücke de Schumann qui s’enchaînent sans rompre le rythme), ou dans l’énoncé de formes plus longues et complexes (les variations Abegg, l’Humoreske de Schumann ou encore la sonate de Scriabine). L’assise de l’auditeur est stupéfiante.

Il est difficile de parler d’un artiste comme Richter. Il fut l’un des premiers, à l’âge d’or des pianistes romantiques, à reconsidérer le rôle de l’interprète qu’il voyait comme un serviteur de la partition et du compositeur.

Ses Schumann et Scriabine ne sont donc pas ceux de ses compatriotes Horowitz, Neuhaus ou Sofronitsky, mais n’en demeurent pas moins habités par une poétique qui n’est redevable dans la finalité qu’au texte (dans une musique qui pourrait être le terreau d’une prise de parole aigüe de l’interprète). La prouesse est là : on oublie le pianiste (un trop bon pianisme détruit le pianisme), on fait abstraction de l’instrument pour ne se concentrer que sur l’essentiel. Sa vision du concert – on sait qu’il exigeait vers la fin de sa carrière d’être plongé dans le noir, et d’avoir recours à la partition (pour une plus grande précision philologique!) – n’était donc que l’aboutissement d’un credo perceptible déjà dans ce récital moscovite de 1955. Et quand il confessait à Monsaingeon « je ne m’aime pas », Richter corroborait ainsi ces aspirations vers un absolu de l’interprétation. Par-delà une prise de son approximative et poussiéreuse, par-delà les cinquante ans qui ont passé depuis le présent concert, l’authenticité et la sincérité du Maître insufflent une jeunesse éternelle à la musique qu’il sert. C’est sans nul doute la marque de fabrique des plus grands, de savoir défier le temps et les frontières.

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Robert Schumann (1810-1856) : Variations sur A-B-E-G-G op. 1 ; 3 Fantasiestücke op. 12 ; Humoreske en sib majeur op. 20 ; Alexander Scriabin (1875-1915) : Sonate no2 en sol dièse mineur op. 19 ; 12 préludes op. 11 ; Poème « vers la flamme » op. 72 ; Poème op. 32 n°1. Sviatoslav Richter, piano. 1 CD Urania SP 4241. Enregistré le 20 juin 1955 à Moscou. ADD Mono. Pas de notice. Durée : 79’27’’.

 
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