Yannick Nézet-Séguin dirige l’Orchestre du Capitole

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Halle aux Grains. 24-XI-2005. Max Bruch (1838-1920) : Concerto pour violon n°1 en sol mineur op. 26. Ernest Chausson (1855-1899) : Poème pour violon et orchestre op. 25. Claude Debussy (1862-1918)  : La Mer, trois esquisses symphoniques. Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse, poème chorégraphique pour orchestre. Vadim Repin, violon ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction : Yannick Nézet-Séguin.

Qu’on ne nous dise pas qu’il n’y a plus aujourd’hui de chef d’envergure à la forte personnalité. Prenez  : voilà un chef jeune – né en 1975 – dont la carrière internationale débute à peine, capable d’embarquer orchestre et public dans une Mer démontée, tempétueuse. Ce Debussy luxuriant, nerveux, contrasté, culminant dans de grands mouvements d’orchestre, n’a que peu de rapport avec l’image d’élégance distanciée qui colle à la musique française – bien mal à propos, que l’on se souvienne de Charles Munch ou Paul Paray. Et l’œuvre y gagne tout à la fois une tension nouvelle et surtout une cohérence musicale immédiate ; la construction dramatique de l’œuvre ressort avec netteté, d’autant que cette énergie ne s’accompagne d’aucun débordement. La Valse offre le même caractère d’ivresse contrôlée. Chaque moment de cette lente désagrégation est marqué par un fort rubato et la catastrophe finale est éclatante.

Mais rien de purement démonstratif dans tout cela, car on sent la grande sincérité de la démarche de et la marque d’un caractère naturellement expansif. Surtout, on est charmé par son formidable bonheur à faire de la musique, bonheur contagieux qui semble déteindre aussi sur l’orchestre ; les musiciens, visiblement détendus, « marchent » à fond et répondent avec enthousiasme à cette vitalité débordante.

On attendait beaucoup du flamboyant , on est déçu de le trouver neutre, presque indifférent dans l’introduction du Concerto de Bruch. La technique, bien sûr, reste impériale, mais les rythmes semblent assagis et ce détachement contraste nettement avec une direction passionnée et ouvertement romantique. Le Poème de Chausson convient mieux à cette réserve expressive et Yannick Nézet-Séguin trouve pour l’accompagner des couleurs intimes en harmonie avec l’introspection du soliste. On remarquera que, geste plein d’élégance, le violoniste fait participer l’orchestre à ses bis, d’abord avec la Carmen Fantasy de Franz Waxman (1906-1967) où il se déride quelque peu, puis, de façon plus improvisée dans un Carnaval de Venise plein de surprises.

Un mot enfin, pour s’irriter d’un texte de présentation qui tombe pieds joints dans le cliché en nous apprenant que le Concerto n° 1 de Bruch a été « très influencé par les concertos de Mendelssohn et de Brahms », phrase trop souvent entendue et bien sûr fausse. Sachant que Bruch a débuté la composition de son concerto douze ans avant la création de celui de Brahms, on se demande quelle était sa technique de composition favorite : marc de café, boule de cristal, table tournante?

Crédit photographique © DR

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