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Gil Shaham, un grand enfant joue du violon

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 30-XI-2005. Johannes Brahms (1833-1897) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77 ; Symphonie n°4 en mi mineur op. 93. Gil Shaham, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

Le Concerto pour violon et la Symphonie n°4 … On imagine l’enthousiasme des thuriféraires de Brahms devant une telle affiche de concert… Et en tête d’affiche : . Si on l’entend souvent en sonate à Paris – au Théâtre de la Ville en particulier – ses apparitions avec orchestre restent rares dans la capitale.

D’emblée le soliste démontre son aisance. La sonorité est belle, la maîtrise instrumentale indéniable, le tout est joué avec un sens de la narration improvisée tout à fait convaincant, en particulier dans un dernier mouvement aux allures rapsodiques. D’autre part, la mise en scène est impeccable : on ne compte pas les divers mouvements de , ses coups d’archet monumentaux, ses accroupissements de surfer, qui ne sont pas sans rappeler Nigel Kennedy… Par son côté systématique, la prestation donne même l’impression (amère…) d’assister à un show à l’américaine… Hélas, le Concerto de Brahms, ce n’est ni le Liebeslied, ni la ronde des lutins. Cette œuvre mérite mieux qu’une performance pour la performance, quelles que soient les qualités de son interprète. Il y a dans dans ce pilier du répertoire un détachement confinant à l’ataraxie qui ne permet pas une approche juvénile et candide. Que l’on se souvienne de Ginette Neveu, Christian Ferras ou David Oistrakh dont la force de concentration et l’intensité expressive avaient révélé toute la grandeur de cette œuvre.

Il peut paraître exagéré de blâmer l’interprète pour sa gestuelle exacerbée, car beaucoup ont pu y voir une joie de vivre ou un plaisir de communiquer, si l’on en juge par le succès retentissant du violoniste. a su dessiner un accompagnement intelligent en dépit d’un manque de souplesse et d’un dernier mouvement au tempo chancelant …

La Symphonie n°4 montrait à l’image du Concerto qui la précédait les possibilités et les limites de l’orchestre. Les qualités des mouvements centraux, à savoir la rondeur de la sonorité, la densité des graves (indispensables chez Brahms), la précision d’attaque des cordes sont les éléments qui paradoxalement faisaient cruellement défaut aux mouvements extrêmes… Le premier mouvement et la passacaille souffraient d’une justesse approximative, d’une sécheresse de l’ensemble due à un mauvais équilibre des plans sonores.

Revenons pour conclure sur la prestation de Gil Shaham. Aurait-on eu le même propos face à un document uniquement sonore? Le concert est un spectacle, et sa part visuelle a une influence parfois considérable sur le jugement de l’auditeur. C’est un élément dont on ne peut faire abstraction, ajoutons même qu’il est déterminant dans l’éclosion de certaines carrières – il ne s’agit pas là d’une note ironique faisant référence à la plastique alléchante de certains jeunes musiciens. Alors quitte à tomber dans le subjectif, le rédacteur ne peut que prendre en considération cet aspect.

Crédit photographique : © Jane Noris

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Paris. Théâtre des Champs-Elysées. 30-XI-2005. Johannes Brahms (1833-1897) : concerto pour violon et orchestre en ré majeur op. 77 ; Symphonie n°4 en mi mineur op. 93. Gil Shaham, violon. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction : Myung-Whun Chung.

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