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Alketa Cela, soprano lyrique si frenchy

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Alketa CelaSa voix cuivrée et puissante a impressionné tous ceux qui l’ont entendue. A l’occasion des représentations d’Iphigénie en Tauride à Nancy, ResMusica a rencontré .

« On ne peut pas séparer la musique du jeu dramatique. »

Resmusica : on pourrait trouver curieux de lire le nom d’, soprano albanaise, dans une rubrique consacrée aux chanteurs français [NDLR: cet article a initialement été publié dans le cadre d’un dossier consacré aux voix françaises]

Alketa Cela : Oui, mais l’essentiel de ma carrière se déroule en France, et puis j’ai épousé un français, violoniste, et j’ai adopté la nationalité française.

RM : La France était-elle un choix ?

AC : Pas du tout. En quittant l’Albanie, je me suis d’abord installée en Italie, j’ai débuté à Trévise avec Pamina, j’ai passé quelques concours là-bas, et Jean-Pierre Brosmann m’a entendue lors du concours Toti Dal Monte, il m’a demandé d’aller auditionner à Lyon…et je suis restée.

RM : C’est donc une série de hasard qui vous a conduit à vous installer en France ?

AC : J’y suis venue au départ avec un peu d’appréhension, car je ne connaissais pas la langue, c’était un nouveau pays, mais voilà, maintenant je m’y trouve très bien et j’y ai ma famille.

RM : Et le choix du métier de cantatrice ? Hasard aussi ?

AC : Quand j’étais petite fille, je chantais en soliste dans des maîtrises. Petit à petit, quelques enseignants m’ont poussée à auditionner et à passer un concours que j’ai gagné, ce qui m’a permis d’entrer dans une école dans ma ville natale, où j’ai passé quatre ans, et puis, je suis allée à l’Académie de Tirana, l’équivalent du conservatoire supérieur.

RM : Quand on examine votre répertoire, on trouve pêle-mêle Iphigénie, donna Anna, Pamina, Mimi, Liu, Valentine, Tosca, Nedda, et bientôt Michaela…Vous travaillez beaucoup !

AC : Je suis encore jeune, j’aime multiplier les prises de rôles, Iphigénie, par exemple, ne faisait pas du tout partie de mon répertoire, mais quand on me l’a proposé, j’ai pensé « pourquoi pas ? ». Je n’aimerais pas interpréter toujours les mêmes personnages, j’ai envie de découvrir, d’explorer tous les styles. J’espère continuer à travailler beaucoup, car je vis pour ça.

RM : Mais tous ces rôles sont très variés, que ce soit sur le plan vocal ou sur le plan psychologique. Qu’est-ce qui vous attire dans une prise de rôle ? Le simple aspect musical ou le dramatisme du personnage ?

AC : Je marche aussi avec la personnalité d’un rôle. J’aime jouer sur scène, aller au fond des choses, mais on ne peut pas séparer la musique du jeu dramatique, c’est un ensemble qui rend le spectacle vivant, et c’est très important pour moi, je dois m’y impliquer pleinement.

RM : La production des Huguenots de Metz en 2004 a été un véritable événement. Valentine, que vous interprétiez, est un rôle difficile, long et nécessitant un grand ambitus. Dans quel état d’esprit l’avez-vous abordé ?

AC : J’ai un peu appréhendé, d’autant plus qu’un chef de chant m’avait dit qu’il s’agissait d’un rôle vraiment dramatique. Mais finalement, je voudrais bien le faire une deuxième fois, pour comprendre toutes les subtilités du texte et approfondir le rôle, pour l’assumer encore mieux. Le rôle n’est pas si long qu’on le pense, mais il s’enchaîne. On ne voit pas Valentine au début, mais à partir du duo du IIIème acte, elle ne quitte plus la scène. Pour moi, c’était un très grand rôle, en français, et c’était difficile.

RM : Comment avez-vous ressenti la déclamation lyrique de Gluck, pour cette Iphigénie, par rapport au français des Huguenots ?

AC : Dans Gluck, l’important, c’est la déclamation, les récitatifs. Il n’y en a presque pas dans Valentine, dont le rôle est principalement constitué de grands airs, c’est plus la ligne de chant qu’il faut surveiller.

RM : N’est-ce pas dangereux d’aborder Tosca encore si jeune ?

AC : Tosca s’est très bien passée. Il y a eu un désistement de la cantatrice initialement pressentie, et tout est passé par mon agent, je n’ai pas auditionné. Mais je connais mieux le répertoire italien, et il me convient bien. Et puis j’aime beaucoup le théâtre de Saint-Etienne. Les gens sont formidables, l’accueil du public, l’acoustique, c’est un tout… Je me demandais si j’allais arriver à interpréter sur scène une si forte personnalité, une actrice, et je pense que pour une première fois (à l’Opéra de Saint-Etienne en juin 2005, NDLR) j’ai beaucoup aimé ce rôle et je voudrais bien le reprendre. Il ne me fait plus peur maintenant.

RM : Donc vous avez eu peur ?

AC : Un tout petit peu au départ, d’autant plus que j’étais enceinte! C’est un souvenir incroyable, pour ma première Tosca !

RM : Mais vous pouvez passer si facilement de Pamina à Tosca ?

AC : J’ai commencé ma carrière avec Pamina. Je ne la chante plus maintenant. Je n’y croyais pas à l’époque, j’avais une voix toute légère, mais elle se développe petit à petit.

RM : Vous suivez donc l’évolution naturelle de votre voix ? Comment la caractérisez-vous ? Vous considérez-vous comme un soprano dramatique ?

AC : Je ne brusque rien. Je veux continuer à me faire plaisir, à m’amuser sur scène. Je rêve de chanter Verdi, mais un rôle pas très lourd, Amelia de Simon Boccanegra, par exemple, ou reprendre la Traviata. Ma voix a naturellement un coté tragique, un peu italien. Je suis un soprano lyrique, pas dramatique…pas encore !

Crédits photographiques : © Laurent Picard

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