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Brasiliana, Rémi Jousselme Marco Pereira : Num Pagode em Planaltina. Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : 5 préludes. Radamès Gnatalli (1906-1988) : Brasiliana n°13. Egberto Gismonti (né en 1947) : Agua e vinho, Frevo. Sergio Assad (né en 1952) : Aquarelle. Arthur Kampela (né en 1960) : Percussion Study I. Sergio Assad (né en 1952) : Farewell. Rémi Jousselme, guitare. 1 CD Altaïs-Music AM0505. Enregistré en 2005. Notice français-anglais. Durée : 61’32’’

 

Les Clefs ResMusica

Voici enfin le disque tant attendu de . Resmusica se fait l’écho des talents de ce guitariste depuis plus d’un an (voir notre Revue de presse de novembre 2005, la IIe Semaine des Cordes pincées et l’entretien consacré au musicien) et nous attendions avec impatience cet enregistrement « grand public » par opposition au disque à diffusion confidentielle sorti en 2002 suite à sa victoire au Printemps de la Guitare.

Un programme entièrement consacré à la musique brésilienne qui débute par une pièce typique de Marco Pereira. Belles envolées, effets percussifs, rythmes entraînants. Tout y est pour séduire l’auditeur au travers d’un concentré du Brésil sans jamais tomber dans la facilité d’écriture de la part du compositeur, ou d’interprétation de la part de . Le ton du disque est donné et ce sont les Préludes de Villa-Lobos qui suivent dans une version particulièrement personnelle du guitariste. Peu de pièces pour guitare ont été autant enregistrées. Pourtant, Rémi Jousselme nous surprend en redonnant à chacun des préludes le caractère même de leur titreavec toute l’ambivalence souhaitée par le compositeur, puisqu’ils sont tous écrits sous la forme tripartite ABA. Comme lorsqu’il les sert au concert, on redécouvre tout le lyrisme de ces joyaux de la guitare. Il suffit d’écouter sa lecture toute en retenue et en délicatesse des premières parties pour s’en convaincre. Ce que fait Rémi Jousselme du Prélude n°5 est une véritable merveille de douceur et de chant y compris dans la phase centrale, interprétée avec un très beau legato.

Radamés Gnattali est peu connu du public européen. Pourtant son importance au Brésil est considérable. Brasiliana n°13 est une suite en trois mouvements. Une Samba pour commencer, dansante à souhait sous les doigts de Rémi Jousselme, précède une valse nostalgique et délicate avant un Choro typique. Gnattali fut de ceux qui, dans les années 50, renouvelèrent ce style ayant pour origine la synthèse des danses européenne de salon et des rythmes syncopés des danses afro-brésiliennes, montrant ainsi cette capacité des brésiliens à rendre homogène un mélange des plus surprenant. Agua e vinho d’Egberto Gismonti est une de ces pièces du jardin secret des guitaristes. C’est avec un touché de velours que Rémi Jousselme nous plonge dans la beauté nostalgique de cette petite merveille. Frevo, à l’opposé de ce climat tout en douceur, nous révèle le thème original repris par le fameux trio Al Di Melo, Paco de Lucia et John MacLauglin dans le désormais mythique enregistrement Friday Night in San Francisco (Mercury). Entre rigueur d’écriture et improvisation, cette pièce est bien le reflet de la musique brésilienne d’aujourd’hui, autant musique à tradition orale que musique « savante ». Rémi Jousselme fait montre d’une grande virtuosité avec un naturel déconcertant.

La suite Aquarelle de Sergio Assad est probablement la pièce la plus accomplie du compositeur. Dédiée au guitariste David Russell, cette suite débute par le Divertimento qui utilise comme toile de fond le triptyque peu commun ré-sib-do en le développant dans un style qui part du méditatif pour aller vers une danse enjouée. Valseana, le mouvement central, développe une mélodique douce et langoureuse avant le Preludio e toccata qui clôture la suite dans un développement plus rythmé du triptyque découvert dans le premier mouvement.

Percussion Study I est la première étude du cycle Danzas percussivas. Kampela met en œuvre une nouvelle technique qu’il a baptisée « tapping-technique ». Il s’agit de technique percussive sur l’instrument où les différents modes de frappe sont autant utilisés que les notes à proprement parler. Extrêmement visuelle, cette pièce n’en demeure pas moins intéressante au disque, laissant place à un imaginaire plus riche et moins « pollué » par la vue des prouesses guitaristiques nécessaires à son interprétation. Rémi Jousselme, qui ne cache pas son admiration pour le duo Assad, a choisi de clore ce disque par le très beau Farewell que Sergio Assad composa en hommage à son épouse défunte prématurément. Une très belle conclusion dans un climat des plus méditatif.

A la fois représentatif d’un courant guitaristique très actuel de par son programme qui laisse autant place au classicisme qu’à l’esprit populaire, ce disque est d’autant plus le bienvenu qu’il est servi avec beaucoup de talent, tant technique que musical. Rémi Jousselme fait preuve d’une maturité artistique peu commune, dépoussiérant un répertoire que l’on avait peut-être un peu trop vite écarté. Cela laisse présager d’un bel avenir. Nous ne pouvons que conseiller aux lecteurs de surveiller son actualité et de se rendre à l’un de ses concerts, où son naturel et sa simplicité alliés à la qualité de son jeu font passer un moment inoubliable.

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Brasiliana, Rémi Jousselme Marco Pereira : Num Pagode em Planaltina. Heitor Villa-Lobos (1887-1959) : 5 préludes. Radamès Gnatalli (1906-1988) : Brasiliana n°13. Egberto Gismonti (né en 1947) : Agua e vinho, Frevo. Sergio Assad (né en 1952) : Aquarelle. Arthur Kampela (né en 1960) : Percussion Study I. Sergio Assad (né en 1952) : Farewell. Rémi Jousselme, guitare. 1 CD Altaïs-Music AM0505. Enregistré en 2005. Notice français-anglais. Durée : 61’32’’

 
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