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Vincent Dumestre : Quand le Poème prend son luth

À emporter, CD, Musique d'ensemble

John Johnson (mort en 1594/95 ?) ; Anthony Holborne (1545-1602) ; Robert Parsons (1543-1623) ; Thomas Robinson (mort en 1610) ; John Dowland (1563-1626) ; John Danyel (1564-1626) ; Thomas Morley (1557/58 ?-1602) ; Orlando Gibbons (1583-1625) ; Giovanni Coperario ou Coprario, John Cooper latinisé (entre 1570/80-1626) : Love is strange, Panorama-Anthologie de pièces pour Whole Consort of Lutes. Le Poème Harmonique : Eric Bellocq, Massimo Moscardo, Benjamin Perrot, luth ; Jean-Luc Tamby, luth et ceterone (archicistre) ; Pierre Hantaï, virginal ; Vincent Dumestre, luth, théorbe et direction. 1 CD Alpha 081. Enregistré en janvier 2005 à N. D. de Bon-Secours à Paris. Notice bilingue (français / anglais). Durée 61’12.

 

Toutes les pièces, strictement instrumentales réunies ici, sont le pendant « luthiste » du Whole consort (musique d’ensemble) pour violes, infiniment plus répandu. , poursuivant sa louable entreprise « Défense et Illustration » de musiques anciennes oubliées, a sélectionné pour cette anthologie, des productions anglaises de la fin de l’ère élisabéthaine ou, pour la plupart, contemporaine du règne de Jacques Ier (début XVIIe siècle). Elles ont des origines diverses, populaires – chansons ou danses – (tel le célébrissime thème de Greensleeves ou celui de Canaries), plus savantes (ainsi Ut ré mi fa sol la de Parsons ou l’In Nomine de Gibbons), ou appartiennent à des genres en vogue à l’époque : fancies (fantaisies) et Masques (un peu l’équivalent de nos ballets de Cour). On trouve, attachés à ces pièces, les noms de compositeurs peu ou prou connus, tout comme le plus parfait anonymat (ainsi en est-il de Love is strange qui donne son titre à cet album).

Si le luth était essentiellement utilisé pour l’accompagnement vocal, on composait aussi des Suites de danses et des Lessons destinées à l’instrument et ses variétés, lesquels instruments connaissaient une grande popularité puisque plusieurs témoignages tendent à prouver qu’on en trouvait jusque dans les boutiques de barbiers pour occuper les clients qui devaient patienter!

Aux luths et théorbe s’ajoutent parfois le virginal, délicieusement acidulé (comme un bonbon anglais), confié à l’excellent (qui a aussi l’occasion de s’exprimer en solo), le cistre, la mandore et autre ceterone, des instruments dont les noms seuls sont déjà musique! L’amateur, quant aux instruments, trouvera dans la notice d’intéressantes précisions fournies par , conservateur au Musée de la Musique. On imagine volontiers ces consorts égrenés dans le nervalien décor d’un « château de brique à coins de pierre, aux vitraux teints de rougeâtres couleurs, ceint de grands parcs… » pour les oreilles privilégiées de quelque « dame à sa haute fenêtre…/…en ses habits anciens ». La variété de caractères de ces pièces, tour à tour méditatives, dansantes, mélancoliques ou enjouées, mais toujours plaisantes eu égard au talent raffiné des interprètes alliant virtuosité et expressivité, autant qu’à la somptuosité des sonorités instrumentales, tout cela fait…qu’on en pince pour ces cordes!

Nous tenons là un disque rare ; vivement recommandé.

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