Concerts, La Scène, Musique symphonique

Suite du triptyque malhérien de l’OPL, titanesque et émouvant

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Liège, Salle philharmonique. 23-XII-2005. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 3. Anne-Marie Owens, mezzo-soprano. Chœur Symphonique de Namur (chef de chœurs : Denis Menier), Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie (chef de chœurs : Edouard Rasquin), Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Louis Langrée.

Deuxième volet du triptyque mahlérien de l’OPL, ce concert de Noël présentait avec la Symphonie n°3 l’une des plus ambitieuses créations de Mahler, une de ces « symphonies-univers » dans lesquelles le compositeur autrichien semble réinventer l’histoire du monde.

Avant de prendre la baguette, prend le micro pour rendre hommage à deux des musiciens de l’orchestre, Micheline Potier et Calogero Giglia, époux dans la vie, qui ont décidé de prendre leur retraite après ce dernier concert. Il nous apprend/rappelle également que Liège a une longue tradition mahlérienne, puisque c’est dans cette même salle du Conservatoire, sous la direction de , que la Symphonie n°2 fut jouée pour la première fois en dehors du monde germanique – et du vivant du compositeur. Le succès populaire et critique de cette Résurrection fut tel que le chef liégeois invita lui-même à venir diriger son œuvre à Liège quelques mois plus tard.

Le premier mouvement de la Symphonie n°3 est noté par Mahler Kräftig. Entschieden. Ce qui veut dire énergique et décidé, une indication qu’on aura rarement entendue appliquée avec autant de fidélité, traduisant les intentions du compositeur avec une rigueur et une vigueur absolument stupéfiantes. Les accords initiaux de la gigantesque introduction sont assénés avec une violence et un éclat parfaitement maîtrisés et très spectaculaires. Frappant également est l’art des transitions entre les épisodes détendus et les passages martiaux de ce mouvement aux proportions colossales, que des chefs moins soucieux de cohésion et de continuité du discours transforment souvent en une sorte de patchwork mal cousu. Après ce monument musical, les finesses du second mouvement sont une détente bienvenue : leur élégance chorégraphique est parfaitement rendue par un orchestre qui semble danser sur la pointe des pieds. Malgré un admirable solo de cor de postillon, le troisième mouvement est le moins satisfaisant, la fatigue aidant, le rythme s’alanguit, les instrumentistes perdent en précision et en homogénéité, et c’est avec un certain soulagement qu’ils voient arriver la courte interruption permettant aux chœurs et à la soliste de faire leur entrée.

C’est qui tient la partie d’alto dans le toujours poignant « O Mensch ». Vu la pénurie persistante de vraies contraltos, on se contentera volontiers de sa voix un peu courte en graves et à l’étoffe trop légère, car elle met une vraie tendresse et une émotion communicative dans un chant techniquement très pur. L’orchestre est à l’unisson de la soliste, simple, recueilli et posé, avant d’accompagner avec malice et fraîcheur les anges du cinquième mouvement. La Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie ne s’y montre pas tout à fait sous son meilleur jour : timbres acides et justesse précaire, et l’éloignement respectif des deux chœurs (dames perchées au-dessus des cors, enfants placés à côté des contrebasses) n’aide pas à la cohésion de l’ensemble. Le dernier mouvement est le plus beau et le plus vrai. Louis Langrée et ses musiciens entonnent ce merveilleux chant d’amour et de joie avec un lyrisme et une générosité extraordinaires et dans un son aéré, léger et lumineux.

Face à cette partition démesurée, l’Orchestre Philharmonique de Liège réalise, à part quelques petites imprécisions inhérentes au concert, une prestation exaltante, d’une sûreté et d’un engagement peu communs. Les violons sont ductiles et brillants, violoncelles et contrebasses mordent dans leur partie avec hardiesse, les vents sont incisifs, les cuivres se couvrent de gloire, et percussionnistes et timbaliers prennent feu.

Le public liégeois, venu en nombre, est généralement assez réservé, mais il sait s’enflammer dans les grandes occasions. Il réserve donc à tous les participants à cet émouvant concert une longue et cent fois méritée ovation, qui se termine par une distribution de fleurs à tout le monde.

Crédit photographique : © DR

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Liège, Salle philharmonique. 23-XII-2005. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 3. Anne-Marie Owens, mezzo-soprano. Chœur Symphonique de Namur (chef de chœurs : Denis Menier), Maîtrise de l’Opéra Royal de Wallonie (chef de chœurs : Edouard Rasquin), Orchestre Philharmonique de Liège, direction : Louis Langrée.

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