Tout est bon chez Dvořák!

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Antonin Dvorak (1841-1904) : Svata Ludmila. Eva Urbanova, Ludmila ; Bernarda Fink, Svatava ; Stanislas Matis, Borivoj ; Alex Briscein, Rolnik ; Peter Mikulas, L’ermite Ivan. Chœur Philharmonique de Prague (chef de chœur : Jaroslav Brych), Bambini di Praga, (chef de chœurs : Bohumil Kulinsky). Philharmonie Tchèque, direction : Jiří Bĕlohlávek. 2 SACD Hybrides Arcodiva. Enregistré en public lors du Festival du Printemps de Prague dans la Salle Smetana, les 15 et 16 mai 2004. Notice et livret en anglais, français et tchèque. Durée : 50’45 & 63’08

 

Des grands compositeurs, Dvorak est certainement celui dont la richesse et l’étendue de l’œuvre sont les plus sous-estimées. Essentiellement connu pour une triplette de symphonies, son quatuor américain et ses danses slaves, il est pourtant un compositeur des plus multiformes, explorant avec succès et dans les configurations les plus variées tous les genres possibles, de la musique religieuse à l’opéra, de la musique de chambre à la symphonie. En cela, il renouait avec l’éclectisme des Mozart, Haydn et Beethoven, alors qu’il vivait à une époque où les compositeurs avaient tendance à se spécialiser. Cet album de deux SACD, un digipack joli mais peu pratique car le livret y est collé, illustre de manière éclatante le volet religieux du catalogue de Dvorak, dont on connaît surtout le Requiem et le Stabat Mater, avec l’oratorio Svata Ludmila (Sainte Ludmila). Cette œuvre a été créée en Angleterre en 1886, suite à une commande du Festival de Leeds. Elle raconte la conversion du peuple tchèque au christianisme grâce aux efforts de Ludmila, épouse de Borivoj, roi de Bohème. Le livret est assez statique, l’action étant réduite au minimum, mais on ne s’ennuie pas une minute, l’œuvre regorgeant de beautés. Dvorak a composé une musique d’une richesse extraordinaire, profonde, simple et fervente, d’une inspiration aussi élevée que dans ses œuvres les plus célèbres. Les éléments les plus marquants de cet oratorio sont le prélude, puissant et mystique, dont le thème solennel revient à chaque moment névralgique de l’œuvre, l’énergie brute et populaire des chœurs païens, la tendresse et l’humanité des airs de Ludmila, la noblesse des interventions de l’ermite Ivan, le superbe quatuor avec chœur qui termine la deuxième partie… La plupart des numéros sont relativement courts, sauf les airs de Ludmila, plus développés, ce qui rythme l’œuvre efficacement, en plus d’une richesse thématique qui confirme le génie mélodique de Dvorak.

Sainte Ludmila est chantée par la soprano Eva Urbanova, pleine de bonne volonté, mais qui livre un chant mal dégrossi et pas toujours juste, d’une voix large, pas très souple et excessivement vibrée, et si le timbre est assez beau et lumineux, les aigus font parfois peine à entendre. Borivoj a de beaux airs dans la deuxième partie, mais le ténor Stanislav Matis n’en fait pas grand-chose, débitant sa partie d’une voix enrouée et grisâtre. Le reste de la distribution est meilleure : Ales Briscein très joli ténor, chantant juste et avec éclat, illumine les deux petits airs qui lui sont dévolus, alors que est une servante au timbre rond et chaleureux, à la ligne élégante et souple. Le rôle de l’ermite, court mais inspiré, est tenu par la basse Peter Mikulas, au timbre assez terne, pauvre en harmoniques, mais qui possède les graves qu’il faut pour tenir son rang, sans génie, mais avec une présence dramatique assez intéressante.

Les chœurs ont une grande importance dans cet oratorio, et Dvorak leur a réservé quelques magnifiques passages, en païens comme en chrétiens. Le Chœur Philharmonique de Prague s’en sort avec vigueur, mais sans grand éclat. La Philharmonie Tchèque, dirigée avec tact par Jiri Belohlavek, est dans son répertoire de prédilection, et défend sa magnifique partition avec beaucoup de naturel et d’aisance. Néanmoins, l’orchestre, s’il a gardé sa rumeur et sa souplesse au niveau des cordes, n’a plus tout à fait le niveau de la phalange forgée par Talich, Ancerl et Neumann. Cela s’entend surtout parmi les vents et les cuivres, plutôt rustiques, et d’un niveau individuel assez variable.

Malgré ses petites imperfections individuelles, qui ne gâchent jamais le plaisir, cet enregistrement est globalement de haut niveau car l’ensemble est meilleur que les parties, et la musique n’est jamais trahie. Cet album ravira certainement tous ceux qui veulent explorer en profondeur l’univers de Dvorak.

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