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Jef van Hoof, un compositeur post-romantique flamand à découvrir

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Jef van Hoof (1886-1959) : Symphonies n°5 en mi et n°6 en si bémol « Inachevée »  ; Seconde Suite Symphonique ; Cinq Mélodies avec orchestre. Ann De Renais, soprano. Pannon Philharmonic Orchestra, Pécs (Hongrie), direction : Zsolt Hamar. 1 CD Phaedra. Réf. : 92044. DDD. Enregistré à Pécs, Hongrie en juin 2005. Notices quadrilingues (néerlandais-français-anglais-allemand) excellentes (Luc Leytens) avec textes quadrilingues des mélodies, et photos des interprètes. Durée : 76’21’’.

 

La publication toute récente de ce disque consacré à sous label Phaedra nous invite à quelques réflexions. La musique flamande est relativement peu connue, à tort d’ailleurs, car elle recèle de véritables richesses dignes de survivre, mais la politique culturelle de la Belgique est loin d’être l’égale de celle de certains pays de l’Est tels que la Hongrie ou la République Tchèque, pour n’en citer que deux. Il est par conséquent d’autant plus méritoire que certains « petits » labels belges tels que Phaedra et son courageux producteur Luc Famaey défendent la culture musicale de leur pays avec enthousiasme et conviction, en proposant des enregistrements de la plus haute qualité artistique et technique.

En Flandre, les premiers compositeurs dignes d’intérêt sont Peter Benoit (1834-1901), Jan Blockx (1851-1912), Edgar Tinel (1854-1912), Paul Gilson (1865-1942), August De Bœck (1865-1937), Lodewijk Mortelmans (1868-1952), Joseph Ryelandt (1870-1965), Flor Alpaerts (1876-1954), (1886-1959), Lodewijk de Vocht (1887-1977), Marinus de Jong (1891-1984), pour ne citer que ceux nés au 19e siècle. Peter Benoit et Jan Blockx ont voulu créer un art musical national flamand post-romantique équivalent à Breughel ou Rubens, c’est-à-dire plein de verve, de truculence, de santé, très imagé et d’allure populaire ; par ailleurs, Edgar Tinel et son disciple Joseph Ryelandt se sont essentiellement consacrés à la musique religieuse. Toutefois ces démarches sont restées limitées, car les compositeurs flamands des générations suivantes ont désiré s’insérer davantage dans un courant d’expression plus cosmopolite, dans une recherche de raffinement.

Paul Gilson, August De Bœck, Jef van Hoof et Marinus de Jong seront très marqués par l’esthétique du Groupe des Cinq : si l’on écoute attentivement la Symphonie en sol d’August De Bœck par exemple, on penserait à une sœur des symphonies de Borodine, tandis que l’audition des deux premières symphonies de Jef van Hoof évoque l’univers sonore de celles d’Alexandre Glazounov, compositeur pour lequel van Hoof ne cachait pas sa plus profonde admiration. Toutefois, cela ne veut pas dire que ces musiciens flamands ne sont que de simples épigones, loin de là, même si le style post-romantique des symphonies de van Hoof, écrites entre 1938 et 1959, peut paraître anachronique en ces temps de profondes mutations artistiques. Ils utilisaient tout simplement avec sincérité le langage qui correspondait au mieux à ce qu’ils ressentaient et à ce qu’ils désiraient exprimer : Jef van Hoof a écrit six symphonies, la dernière étant inachevée, et l’audition de quelques mesures de l’une ou l’autre de ces œuvres le font reconnaître à coup sûr, par ses tournures mélodiques et rythmiques bien personnelles, et son lyrisme délicat et raffiné.

Un grand défenseur et spécialiste de la musique de Jef van Hoof, fut le remarquable chef d’orchestre Daniel Sternefeld (1905-1986), successeur de Franz André (1893-1975) à la tête de l’Orchestre Symphonique de la Radiodiffusion Belge. Dans les années ’60, Sternefeld réalisa un enregistrement radio sensationnel de la Symphonie n°2 en la bémol de van Hoof, qui reste une référence à publier impérativement en CD, car supérieure à la version Marco Polo (8225101) de Silveer Van den Brœck, trop lente et manquant de vigueur. Notons que Sternefeld avait gravé auparavant un microsillon mono Philips relativement confidentiel consacré à la Symphonie n°1 en la de van Hoof et la Symphonie en sol de Jef Maes (1905-1996), dans des exécutions enthousiasmantes et exhaustives.

La courageuse conviction de Phaedra nous vaudra, espérons-le, une intégrale en CD des symphonies de Jef van Hoof : un premier CD (92013) nous a déjà offert de magnifiques versions des Symphonies n°1 en la et n°4 en si, avec en complément l’Ouverture « Guillaume le Taciturne », sous la direction intelligente, chaleureuse et sensible de Fernand Terby (1928-2004), interprétations parvenant à rivaliser avec celles de Sternefeld, en une prise de son stéréophonique sensiblement supérieure. La toute récente production Phaedra (92044) sous rubrique nous permet d’apprécier les Symphonies n°5 en mi et n°6 en si bémol « Inachevée » – le Finale ne consistant qu’en une fanfare de quelques secondes : également rédigées comme leurs aînées dans le moule des quatre mouvements traditionnels, elles s’en distinguent par un lyrisme épuré et une structure plus concise, tout en conservant, dans les parties rapides, l’homorythmie si typique du compositeur, évoquant immanquablement quelque danse villageoise flamande. Toutes ces caractéristiques de rythme et de couleur, on les retrouve à suffisance dans la Seconde suite symphonique de 1952, où l’aspect pictural de la musique est plus évident, où les alternances de tendresse et d’humour sont plus marquées. Quant aux Cinq mélodies avec orchestre sélectionnées dans l’abondante production vocale de Jef van Hoof et proposées ici, elles offrent un aspect particulièrement élégiaque du compositeur, évoquant Duparc à s’y méprendre, musique aux raffinements et subtilités fauréennes inépuisables que la soprano Ann De Renais met admirablement en valeur.

On pourrait s’étonner de la qualité extraordinaire des interprétations d’un orchestre hongrois peu connu, dans un répertoire qui lui est probablement totalement étranger, mais c’est bien là précisément le miracle de l’universalité du langage musical, tout en insistant d’emblée sur le fait que dans ces pays où la vraie culture musicale est primordiale, le plus provincial des orchestres est digne des meilleures phalanges symphoniques de nos régions, ce qui nous ramène au début de cet article. Après cette réussite exceptionnelle, attendons avec confiance le dernier disque de Phaedra consacré aux symphonies de Jef van Hoof, car l’interprétation trop placide de la Symphonie n°2 par Silveer Van den Brœck peut facilement être surclassée, notamment par l’enregistrement radio exemplaire, déjà mentionné, de Daniel Sternefeld, tandis que la Symphonie n°3, jadis publiée par Phaedra dans sa série confidentielle Mouseion (492001) et actuellement indisponible, pourrait en être le complément idéal dans la remarquable série moins éphémère de Phaedra : « In Flanders’Fields »

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Jef van Hoof (1886-1959) : Symphonies n°5 en mi et n°6 en si bémol « Inachevée »  ; Seconde Suite Symphonique ; Cinq Mélodies avec orchestre. Ann De Renais, soprano. Pannon Philharmonic Orchestra, Pécs (Hongrie), direction : Zsolt Hamar. 1 CD Phaedra. Réf. : 92044. DDD. Enregistré à Pécs, Hongrie en juin 2005. Notices quadrilingues (néerlandais-français-anglais-allemand) excellentes (Luc Leytens) avec textes quadrilingues des mélodies, et photos des interprètes. Durée : 76’21’’.

 
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