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Augustin Dumay, violoniste citoyen

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Augustin_dumayResMusica a eu la chance d’attraper au vol, entre deux avions et de multiples concerts, un grand homme du monde de la musique internationale. nous livre humblement son extraordinaire actualité et ses sentiments de citoyen, qui semblent bien plus importants à ses yeux que sa carrière.

« Je n’ai pas d’école particulière. »

ResMusica : En temps que violoniste, revendiquez-vous une appartenance à une école précise ?

 : Je n’ai pas d’école particulière. Si vous pensez à l’école franco-belge du violon, c’est quelque chose qui touche à plusieurs cultures. Quand on pense que tout est parti de l’Italien Jean Baptiste Viotti, ensuite on passe par George Enesco qui était roumain, on virevolte par Yehudi Menuhin, russe avec un passeport américain, puis on rencontre sur cette route des violonistes belges ou français comme Christian Ferras ou Zino Francescatti, Arthur Grumiaux, sans oublier Isaac Stern issu du savoir d’Enesco… Tous font partie de la même école de la vie. C’est une façon de vivre la musique, de lire au travers de l’Histoire la manière dont certains artistes se sont déterminés. Il y a des points communs, des points d’ancrage, même si chacun d’eux garde un discours musical distinct. Nous trouverons quelquefois des oppositions, car quel lien réel existe entre Arthur Grumiaux et Isaac Stern, si ce n’est un talent exceptionnel sur un plan d’esthétique musicale? Donc une école peut rapprocher beaucoup des musiciens ou des peintres, c’est valable pour toutes les écoles, en architecture aussi. Mais on dit d’un élève qu’il devient un artiste quand il prend une totale indépendance vis-à-vis de son école.

RM : L’école franco-belge est-elle en opposition avec l’école russe ?

AD : Pas en opposition ! La preuve, Isaac Stern et Yehudi Menuhin étant russes ont trouvé une réponse dans l’école belge. Certains artistes ont aussi puisé dans différentes écoles pour y trouver et surtout vivre un certain nombre de choses parce qu’ils le voulaient ou l’ont vécu de manière accidentelle, c’est mon cas. Ces rencontres laissent des traces chez les artistes. J’ai travaillé auprès d’Arthur Grumiaux – le plus connu des franco-belges de cette époque -, j’ai aussi beaucoup travaillé avec Milstein qui, lui, avait un ancrage dans l’école russe, donc ma formation découle des deux écoles. Typiquement, dans la technique de l’archet, je me souviens de la première fois que je jouais avec Youri Bashmet, il m’a demandé : « Mais tu as travaillé à Moscou? – Non, Youri – mais j’identifie chez toi un ensemble de choses typiquement russes dans ton jeu et ta technique! » En fait tout cela est venu par des concours de circonstances et des rencontres…

RM : Parlez-nous de votre poste à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth.

AD : Il y a deux périodes dans l’existence de cette école. Il faut savoir que c’est la Reine Elisabeth – très proche des arts – qui l’a créée. Elle-même violoniste et ayant pris des cours avec Eugène Ysaïe, elle participe aussi à l’existence du Concours International qui à l’époque s’appelait le Concours Ysaïe. Le premier prix fut attribué à David Oistrakh en 1937. La Reine voulait mettre en place à Bruxelles une nouvelle école fondée sur les principes d’enseignement que l’on trouvait en Union Soviétique. En 1939, les principaux protagonistes sont David Oistrakh, Arthur Grumiaux, la Reine Elisabeth et Eugène Ysaïe. L’école a fait travailler et a accueilli de nombreux musiciens célèbres. Les années passant, il a fallu réadapter la vie de l’école au rythme actuel de l’enseignement musical et, avec Abdel Rahman El Bacha et José Van Dam, nous voulons revenir au plus près de ce que la Reine voulait. C’est cette nouvelle école qui est née il y a deux ans.

RM : Est-elle en relation avec le Conservatoire Royal de Bruxelles ?

AD : Non, rien à voir, nous sommes plus proches de ce que peuvent faire par exemple la Julliard School ou l’Académie de Musique Reine Sophie à Madrid. Nous proposons un enseignement de pointe où l’on entre sur concours. Un certain nombre de sélections, beaucoup de candidats et très peu d’élus. En réalité il y a peu de places, je n’ai pas la possibilité d’accueillir plus de six violonistes. Pour les chanteurs et les pianistes, c’est à peu près la même chose. Dès la première année, le niveau musical et technique est tel que si la classe ne doit pas être pleine elle ne le sera pas. C’est essentiel. Chaque année, à la fin de chaque session, un nouveau concours sélectionne ceux qui doivent rester et continuer ou aller sous d’autres auspices.

RM : Les plus jeunes d’entre eux ont quel âge ?

AD : Il y a actuellement un jeune pianiste de onze ou douze ans et j’ai dans ma classe une violoniste de quinze ans, mais nous sommes disposés à accueillir des plus jeunes. Je dois prochainement rencontrer une fillette de 8 ans et demi ou 9 ans. Nous prenons des gens qui ont des dons exceptionnels pour la musique et qui sont prêts à affronter la vie pour devenir musiciens, et nous organisons des master-class où nous invitons, tous les ans, de grands solistes qui viennent travailler avec les élèves en résidence, comme Maxim Vengerov ou Vadim Repin pour ma partie.

RM : Vous rejoignez la pensée d’Arthur Grumiaux qui dans les concours ne voulait pas entendre des stéréotypes de leurs professeurs ?

AD : Peut-être, mais je garde à l’esprit l’idée première prioritaire d’essayer de compléter ce que deviendraient inévitablement les préoccupations des jeunes musiciens et à plus long terme le monde de la musique. Mettre en avant un savoir-faire et ne pas oublier que la fonction première de la musique, c’est d’exprimer la vie. Arriver à dire des choses beaucoup plus importantes, essentielles et profondes et ne pas se contenter d’utiliser un texte musical à des fins personnelles.
La vocation universelle de la musique est de former sur les plans spirituels et de la pensée, ce qui dépasse de loin la manière que l’on a aujourd’hui de tout réduire à une carrière et de briller en utilisant la musique. C’est la première préoccupation de cette école.

RM : Parlez-nous aussi de votre démarche artistique, de votre expression personnelle de « laboratoire de mise en musique ».

AD : Je mets en opposition plusieurs parties de la vie d’un musicien, ce qui m’intéresse le plus c’est la part du travail en laboratoire. On vit dans une époque où l’on parle avant toute chose de la communication et on parle de ce que l’on doit projeter vers le monde extérieur. On parle toujours de ce que cela va permettre d’apporter à un large public. Alors qu’il ne faut pas oublier que la vie d’un musicien et ce qui la constitue, c’est tout ce qui se passe avant de monter sur scène. Une fois qu’on est face au public, la partie la plus noble et la plus intéressante de notre travail est déjà faite. Je pense qu’un grand musicien est quelqu’un qui ne fait pas la musique pour le public. De la même façon qu’un grand écrivain n’écrit pas des livres pour le public. On reconnaît quel type de littérature produit un écrivain qui écrit pour le public ; pour la musique c’est exactement la même chose. Il faut s’en souvenir à chaque minute de notre vie, notre époque est très spécifiquement dangereuse pour ce type de problèmes.

RM : Il y a de gros problèmes avec les orchestres, ce n’est pas si facile de monter en quelques services une œuvre pour la donner dans de bonnes conditions ?

AD : C’est la vie économique qui l’exige. Nous, solistes, sommes confrontés à ce souci et nous devons nous adapter à ces contraintes. A Londres, par exemple, quand tout va bien on a seulement deux répétitions, mais, Dieu merci, c’est une toute petite partie de notre vie car tout le travail de laboratoire est fait en amont depuis des années, on se consacre des jours durant au travail préparatoire avant d’être avec l’orchestre. C’est un problème dans la vie des musiciens d’orchestre et des chefs d’orchestre. Nous, les solistes et les chanteurs, nous avons encore la chance de vivre la musique comme il y a 50 ou 100 ans …

RM : Justement, quand vous laissez de côté votre violon pour la direction, comment vivez-vous cette réalité économique ?

AD : C’est un peu différent car je suis en rapport avec des orchestres de chambre, pas les grosses machines philharmoniques que l’on trouve dans les grandes capitales. Mais sachez que les musiciens français ont encore la chance d’avoir un plus grand nombre de répétitions que la plupart des orchestres anglo-saxons. Quand on fait un disque avec un orchestre anglais ou américain, on a beaucoup moins de temps que dans certains pays latins. Par exemple, il y a actuellement un gros marketing pour faire des disques « live » : on les présente comme plus vrais, pris sur l’instant, mais c’est un mensonge colossal ! Dans la mesure où les répétitions sont enregistrées, ainsi que, la plupart du temps, les deux ou trois concerts donnés, on présente ça comme un disque live alors que c’est un mixage, un mélange de répétions et de concerts qui est proposé! Quand par contre on enregistre un disque qui n’est pas sous la dénomination live on dispose de beaucoup moins de temps, car chaque minute de studio et d’enregistrement coûte extrêmement cher! Étant donné ce manque de temps, je suis atterré par la presse spécialisée qui en fin d’article dit « et en plus c’est un live ». Ils devraient écrire en précisant le nombre d’enregistrements qui a permis la gravure du disque!

RM : Cette philosophie du laboratoire doit être plus facile à mettre en œuvre quand vous êtes en sonate ?

AD : Bien sûr, c’est sans commune mesure, le travail peut se faire sur des années, là il n’y a plus que notre éthique, et la vie économique n’existe plus. Il n’existe que notre bonheur de faire vivre la musique, ce qui justifie pour moi d’être musicien.

RM : Votre désir de chef d’orchestre existe en vous depuis toujours ?

AD : Ça fait partie de ma vie, j’ai fait beaucoup de musique de chambre, j’aime travailler collectivement, être en dialogue avec les autres. De cette méthodologie découle inévitablement le désir de partage avec un orchestre, et un orchestre de chambre est plus facile à appréhender pour ce que je veux faire qu’un orchestre symphonique. C’était induit, écrit et incontournable.

RM : Aimeriez-vous exécuter avec orchestre une œuvre contemporaine ?

AD : Je l’ai déjà fait, il y a un an et demi j’ai joué le Concerto pour violon de Philippe Hersant au Festival Présences 2004 : c’est pour moi un compositeur de haut niveau qui a des choses vraiment intéressantes à dire, le disque devrait sortir sous peu. J’ai aussi souvent joué les Sequenza de Berio. Pourquoi ne pas passer du violon à la baguette sur une création en tant que chef d’orchestre, bien qu’il n’y ait pas beaucoup de matériel? J’examine quelques pièces actuellement et diriger fait partie de mes exigences.

RM : Comment concilier votre vie de soliste, chef d’orchestre, professeur à la Chapelle et directeur artistique au prestigieux festival de Menton ?

AD : Je ne suis plus directeur artistique à Menton, c’est maintenant Jean-Bernard Pommier qui prend le relais dès l’été 2006. J’arrive à exprimer ma conception de la musique dans chacun de mes rôles (car pour moi c’est la même chose) et à être le plus honnête possible sur mes engagements. Sur le plan musical il n’y a pas d’opposition, simplement une histoire d’organisation avec quelques sacrifices dans la vie quotidienne.

RM : Vous en avez déjà un peu parlé, mais que pensez-vous du monde musical des pays que vous traversez, par exemple de l’Allemagne qui a supprimé plus de 50% des subventions qui font vivre les orchestres, avec pour conséquence toute une économie des métiers de la musique qui se retrouve amputée de cette ressource financière ?

AD : On n’en est pas encore là, mais disons que depuis quelque temps les gouvernements ne peuvent plus s’engager comme à une certaine époque faste. Quand la politique se mêle de donner pour la culture (comme le théâtre, la musique et la peinture) et que les impératifs sociaux exigent des changements de budgets, il faut panacher les sponsors, les mécénats et les subventions comme le font par exemple les pays anglo-saxons. Nous savons tous qu’il fallait repenser, remodeler le financement des actions artistiques, comme en Italie aussi, c’est le sens de l’Histoire, il faut espérer trouver les compléments là où l’État devient défaillant car très sollicité par une réalité sociale. Quand on paie une place d’opéra en rapport avec le prix de revient réel par habitant à Paris par exemple, il ne s’agit pas de remettre en cause ce que fait cette grande maison mais on peut comprendre que certains politiciens se posent des questions et qu’il y ait des conséquences. Il faut rester distant et avoir une attitude d’introspection sans s’énerver en demandant la réponse à l’État, mais c’est la collectivité qui doit chercher et trouver les solutions. C’est évident que le monde artistique va vivre une période où nous devrons tous trouver un équilibre. On ne peut pas faire autrement.

RM : S’il n’y a pas de professeurs de musique dans les écoles pour faire entendre de la musique classique autrement que par le circuit familial, quel sera votre public de demain ?

AD : Là, vous posez le problème essentiel de l’éducation, dans lequel l’État a son rôle à jouer et n’assume pas assez ses responsabilités comme avec la santé. Le service public doit être maintenu et incontournable comme une forteresse. Tant que la musique sera dispensée et faite par le solfège, on restera sur une mauvaise piste. Si l’on veut faire aimer la littérature en enseignant la grammaire, on est sur la voie la plus difficile et la moins intelligente. L’État ne fait pas son devoir vis-à-vis des cahiers des charges des chaînes de télévision qui représentent le plus grand média actuel d’information. C’est inadmissible que la musique classique soit diffusée à 4 heures du matin ; on peut comprendre que l’État demande au privé de prendre en charge certains relais par le financement, mais je ne comprends pas qu’il se désengage.

RM : Une écoute différente? Le public dans les pays étrangers que vous traversez est-il plus réceptif ?

AD : Dans les pays où la musique a une place réelle dans l’éducation et dans la société au sens large du terme, les attitudes sont incomparables car transmises par les médias. Avec les pays où malheureusement il existe un manque de générations averties et sans relais médiatique, le public se comporte de façon démesurée ou inadaptée. On ne peut pas se plaindre des voitures qui brûlent dans les banlieues depuis tant d’années et en même temps accepter que les chaînes publiques de télévision fassent des programmes aussi ineptes, qu’on ne fasse pas en sorte que tous les arts y soient représentés. Ce n’est pas un problème de gauche ou de droite, cela concerne tous les gouvernements et c’est beaucoup plus important pour moi que si l’on donne un peu plus à tel ou tel orchestre.

RM : Quel est votre message pour les politiciens ?

AD : L’État a un rôle prépondérant à jouer : que faire pour les futurs musiciens qui vont vivre la musique au quotidien, au même titre que pour la littérature, et que devient l’esprit artistique? Il ne s’agit pas seulement d’entretenir les institutions avec des financements qui doivent être sauvegardés pour un public acquis mais de se pencher sur le futur de ces artistes dans les quarante années à venir.

On présente toujours dans les médias la musique comme de la culture, alors que nous, artistes peintres, comédiens ou musiciens, nous proposons de l’émotion. Il faudrait que dans tous les media les arts soient représentés par leur pouvoir à fabriquer de l’émotion sans en plus lui donner un adjectif des plus péjoratifs qui soient, lui donner le statut de studieux. Savez-vous ce que disait Karajan des musicologues? Les musicologues sont à la musique ce que les gynécologues sont à l’amour … (Rire)

RM : Quelle est votre attitude face à certains pays qui ont intégré la musique dans leur éducation nationale? En Espagne, les cours instrumentaux sont dispensés au sein de l’école du quartier ou de la ville, alors qu’en France celui qui porte un étui est différent et montré du doigt…

AD : Je prendrais l’exemple du Japon qui a une situation incomparable et extraordinaire, ou celui de la Chine, vis-à-vis de notre continent qui reste sur ses acquis. C’est incommensurable de constater combien ils ont soif de vivre la musique classique, c’est un développement qui nous échappe complètement. Prenons garde à ne pas être dépassés par ce nouvel engouement. Imaginez que nous nous intéressions à la musique traditionnelle japonaise et au théâtre No et que nous construisions des écoles, des salles appropriées avec des investissements énormes alors que pour l’instant à Paris on n’est même pas capable de construire une salle de concert… Il y a là un sujet de réflexion pour nos énarques… Un ancien président de la République très cultivé – surtout en littérature – citant dans une émission de télévision un exemple de musique qu’il appréciait particulièrement, l’adagietto de la Ve de Mahler, a répondu au journaliste lui demandant la raison ce choix : « je pense que c’est très entraînant… ». Ce genre de réflexion sort plus généralement de la bouche de ceux qui n’ont pas de culture et surtout pas de celle de quelqu’un qui est censé être très cultivé et ayant de grandes responsabilités, et il n’est pas le seul! Ils sont nombreux à gauche comme à droite, c’est un vrai problème! Et l’on comprend que les arts soient dans une situation si misérable.

Certains parmi ceux qui ont en charge une grande responsabilité, comme les présidents de chaînes de télévision publiques, dans leur vie privée offrent à leurs enfants le meilleur de la culture (musique, théâtre et littérature), mais dès qu’ils arrivent dans leur bureau ils font exactement le contraire avec les enfants des autres. Et ça, c’est un acte antidémocratique. C’est très grave et les intellectuels ne se bougent pas, car tout le monde a son intérêt à défendre un bouquin, un copain en place, etc. Il y a des tabous depuis trop longtemps et nos intellectuels devraient s’engager de façon plus forte, prendre des risques. Je n’ai pas intérêt à dire ça en tant que musicien mais je ne suis pas corporatiste, je ne défends pas la musique, mais en tant que citoyen je le fais pour la Pensée et les Arts au sens large.

RM : Pensez-vous alors que l’Ircam n’aurait jamais vu le jour sans la personnalité de Boulez ?

AD : Heureusement que l’Ircam existe, c’est très bien, mais il faut toujours qu’untel ait une maison de campagne à côté de celle d’un homme politique pour que tout à coup émerge quelque chose. Imaginez qu’il n’y ait même pas ça : nous serions dans une situation désertique bien pire! (Rire) Le président de la République est allé à un seul concert durant son mandat, c’est à celui de Johnny Hallyday. Cet artiste a beaucoup de talent dans son domaine, mais est-il représentatif à lui tout seul de tous les genres musicaux et de la culture musicale au sens large? Il semblerait que ce président de la République pense que oui et que ceux qui sont en train de faire leur campagne présidentielle prennent des contacts avec le show business, surtout avec ceux qui ont l’audience la plus populaire avec le niveau intellectuel le plus bas, mais pas de contacts avec les intellectuels et les artistes qui rayonnent au niveau international pour la France. Sachez que ces artistes de variété, passée une frontière, restent de parfaits inconnus, et je ne parle que d’une frontière! Je ne parle pas évidemment des grands comme Aznavour, Brel ou de quelques autres mais je parle de ceux qui représentent une force économique et ceux avec qui les politiciens veulent avoir leur bulletin. C’est démagogique et lamentable, moi j’ai honte pour eux …

RM : C’est effectivement délicat car en tant qu’artiste vous devenez un ambassadeur ?

AD : Nous sommes quelques-uns à être effectivement représentants de notre rayonnement culturel depuis très longtemps. Les médias ne nous parlent que des ventes que représentent les disques de variété et cela seulement sur une année, mais prenez un artiste comme Alfred Brendel : il vend beaucoup moins de disques que ceux qui gagnent par exemple la « Star Académie » en une année, par contre sur le nombre de pays et le nombre d’années de sa discographie, il en vend quinze fois plus! Donc ce que représentent ces gens, même au niveau commercial international, est incomparable avec ce que réalisent les grands artistes classiques que les politiciens ne courtisent pas.

RM : La plupart des revendeurs réduisent leur rayon de présentation de musique classique : comment faire ? C’est catastrophique ?

AD : Il est plus important apparemment de baisser la TVA sur les disques qui rapportent que de se consacrer au financement d’une salle de concert ou de trouver des investisseurs pour un futur orchestre, c’est là que la musique est abîmée. Les politiciens se trompent de sujet. Ce n’est même pas non plus le fait de savoir si l’on va financer un peu plus l’Opéra de Paris ou l’Orchestre de Paris.

RM : Mais si vous prenez Philip Herreweghe, il est parti de Paris pour aller à Bruxelles ? Si nos artistes s’exilent c’est une situation grave…

AD : Non, je ne le pense pas. Nous tous voyageons énormément. En l’espace de trois mois, je suis allé au Japon, aux États-Unis, en Chine et dans cinq ou six villes européennes. Nous ne pouvons pas voir les musiciens attachés à une terre avec des intérêts personnels et défendre une boutique, ils sont universels. Je suis heureux de pouvoir m’exprimer dans les médias, non pour parler de ma carrière mais bien pour réfléchir sur la Musique.

RM : De toutes les façons votre carrière est déjà fort belle et il est vrai que vos déplacements nous intriguent, vous allez faire un DVD en Chine, parlez-nous de cette aventure.

AD : Comme vous le savez l’année 2006 sera celle de Mozart et les Chinois veulent faire un film sur la présence musicale de Mozart en Chine, à tel point qu’ils ont construit une salle de concert magnifique dans la Cité Interdite! Avec une acoustique de rêve… et on va tourner aussi dans les palais de la Cité Interdite. Il faut savoir que la musique classique occidentale est en plein essor en Chine dans l’éducation, donc c’est un laboratoire extraordinaire de ce qui pourrait exister à notre échelle. Il y a actuellement une vraie implication pour la culture occidentale, dans toutes les villes ils construisent déjà des salles et des écoles de très haut niveau.

RM : Jouez-vous sur un seul instrument? Avec un seul archet ?

AD : J’ai beaucoup de chance, je joue un Guarneri extraordinaire de 1744 et je joue avec plusieurs archets modernes.

Crédit photographique : © Elias

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