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Les Sept Portes de Jérusalem, indigestion de fortissimo

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Paris, église de la Madeleine. 10-II-2006. Krzysztof Penderecki (né en 1933) : Symphonie n°7 « les Sept Portes de Jérusalem ». Olga Pasichnyk, Izabella Klosinska, sopranos ; Agnieszka Rehlis, alto ; Adam Zdudinowski, ténor ; Matthias Hœlle, basse ; Boris Carmeli, récitant. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Stephen Betteridge), Orchestre National de France, direction : Krzysztof Penderecki.

Festival Présences 2006

Après une création plus que confidentielle à Mogador en octobre 2003 à l’occasion de l’année de la Pologne, les Sept Portes de Jérusalem reviennent triomphales dans une église de la Madeleine remplie à craquer. Et ce qui devait arriver arriva : l’acoustique calamiteuse des lieux à rendu en mælstrom indescriptible une partition qui ne donne pas dans la finesse. Car , également au pupitre en remplacement de Kurt Masur souffrant, nous livre avec force grands gestes une musique prise littéralement à bras le corps. Cette Symphonie n°7, en réalité un vaste oratorio commandité par la ville de Jérusalem pour son troisième millénaire, est un vaste patchwork où, quand le compositeur ne se cite pas lui-même (Passion selon Saint-Luc dans les mouvements n°2 et 4, le Chant des Chérubins dans le n°3, le Requiem Polonais tout au long de l’œuvre, …) fait très nettement référence à Jean Sibelius, Igor Stravinsky, Hermann Suter, Ralph Vaughan Williams et Gustav Mahler.

Les forces demandées sont considérables : outre le chœur et l’orchestre symphonique au grand complet, celui-ci est augmenté d’un groupe de cuivres -placé au fond de l’église, ce qui a occasionné de nombreux décalages – et d’un pupitre de percussions nécessitant 12 musiciens, dont deux uniquement pour les « tubaphones », séries de tubes dont les extrémités sont frappées avec une espèce de tapette à mouche en caoutchouc. Le résultat sonore d’un tel instrument laisse dubitatif. Et une fois de plus, après la Symphonie n°8 et les Metamorphosen, nous avons eu droit à la trompette basse solo exilée…

Dans cette heure de fortissimo jusqu’à l’indigestion, de trop rares moments réussis se font entendre. Ainsi le deuxième mouvement avec ses nappes de cordes en glissando, malgré la voix criarde et métallique d’Izabella Klosinska, est un des passages qui nous font prendre conscience de la date de composition de l’œuvre (1996). Idem pour le troisième mouvement (De Profundis), qui confirme la maîtrise de dans l’écriture pour chœur. Le cinquième mouvement, où un extrait du Livre d’Ezéchiel est lu en hébreu, mérite aussi l’attention, mais il utilise un procédé usé par le compositeur jusqu’à la corde. L’évocation de l’» armée immense » mise sur pied par les oracles divins d’Ezéchiel devant la vallée pleine d’ossements (Ossa arida) est l’occasion d’un déchaînement de toutes les forces présentes dans une écriture aléatoire, comme la scène du Pandémonium des Diables de Loudun ou l’imitation de la turba condamnant Jésus dans la Passion selon Saint Luc.

Malgré l’acoustique calamiteuse et la direction peu fine du compositeur, l’ensemble des exécutants – moins une soliste citée plus haut- confirme son excellence. L’ semble plus à l’aise dans ce fatras post-post-romantique que son confrère et le chœur – particulièrement mis en valeur – brille par sa présence. Les solistes ne déméritent pas non plus, mais entre l’acoustique, l’orchestration souvent chargée et la direction « à la hussarde », il nous a été très difficile de s’en faire une idée précise.

Crédit photographique : les Sept Portes de Jérusalem, sculpture de David Soussana, esplanade du Prado – Marseille © Ville de Marseille

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Paris, église de la Madeleine. 10-II-2006. Krzysztof Penderecki (né en 1933) : Symphonie n°7 « les Sept Portes de Jérusalem ». Olga Pasichnyk, Izabella Klosinska, sopranos ; Agnieszka Rehlis, alto ; Adam Zdudinowski, ténor ; Matthias Hœlle, basse ; Boris Carmeli, récitant. Chœur de Radio-France (chef de chœur : Stephen Betteridge), Orchestre National de France, direction : Krzysztof Penderecki.

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