Distribution alternative

La Scène, Opéra, Opéras

Madrid, Teatro Real, 20-II-2006. Gaetano Donizetti (1797-1848) : L’elisir d’amore, melodramma giocoso en 2 actes sur un livret de Felice Romani d’après Le philtre de Eugène Scribe. Mise en scène : Mario Gas ; décors : Marcelo Grande. Avec : Mariola Cantarero, Adina ; Antonio Gandía, Nemorino ; José Carbó, Belcore ; Giorgio Surian, Dulcamara ; María Rey-Joly, Giannetta. Chœur (dir. Jordi Casas Bayer) et Orchestre du Teatro Real, direction : Maurizio Benini.

L’élixir d’amour

Heureuse initiative, le Teatro Real de Madrid comme le Liceo de Barcelone ont pris l’habitude de proposer des représentations « hors abonnement » à prix réduits, avec ce qu’ils appellent une « seconde distribution ». Ainsi pas moins de 14 représentations de L’Elisir d’amore sont proposés du 12 au 28 février! La moitié de la série est chantée par la « première distribution » : Patricia Ciofi, , et Ruggero Raimondi. C’est l’autre distribution que nous avons choisie de voir. Cela permet d’entendre des chanteurs moins confirmés, plus jeunes, parfois prometteurs, épaulés aussi par quelques aînés.

La production est archi-connue maintenant : nous l’avions vue au théâtre Victoria de Barcelone il y a 9 ans puis l’an dernier au Liceo. Il est probable que son coût soit bien amorti maintenant ! L’action peut se passer dans les années 40 du siècle dernier et le décor représente un immeuble de briques rouges d’une cité ouvrière un peu lézardée. Un grand lampadaire occupe le centre de la scène. Dulcamara fait son entrée en side-car, et le chef d’orchestre se trouve sur scène, invité du banquet au début de l’acte II, mais rien de choquant ou de déplacé ne pertube la représentation. Les déplacements des choristes sont plutôt réussis car ils paraissent naturels.

Les forces stables du théâtre, chœur et orchestre, ont constamment progressé ces dernières années, ceci s’est confirmé depuis que Jesus Lopez Cobos est le directeur musical du Real. Le chef offre une lecture très équilibrée de la partition : pas de coupures (toutes les reprises y sont), tempi judicieux, vivacité, attention portée aux solistes et bon équilibre entre la fosse et la scène, que demander de plus ?

C’est enfoncer une porte ouverte de constater que n’a plus la voix d’il y a 20 ans, mais ce qu’il en reste est loin d’être indigne et l’artiste est à l’aise dans ce rôle de charlatan. Bonne surprise que le Belcore de José Carbó qui prendra de l’assurance au cours de son air d’entrée : la projection, le timbre, la vocalisation et la caractérisation de son sergent hâbleur sont très satisfaisants. Antonio Gandía est un jeune ténor qui, il y a un an et demi à peine, se présentait au concours de chant « Pedro Lavirgen », dont il obtint le deuxième prix. Se retrouver si tôt sur la scène du Teatro Real dans un rôle principal n’est pas évident, mais c’est un des buts recherchés par l’initiative évoquée plus haut : qu’un jeune chanteur reçoive ce coup de pouce qui le fera mûrir et le propulsera peut-être au premier plan un jour. La voix manque pour l’instant de volume quand l’orchestre joue forte, mais l’air « una furtiva lagrima » est touchant, fort bien chanté, et le ténor ne recule pas devant le contre-ut à la fin de son duo avec Belcore.

Mariola Cantarero est un cas en soi : le timbre n’est pas des plus beaux et il peut rebuter ; son physique rondouillet pourra gêner ceux qui exigent des soprani actuelles une plastique de jeune première. Ces réserves étant faites, cette jeune soprano possède un potentiel impressionnant : la projection de la voix passe au-dessus de l’orchestre sans problème ; la technique du souffle lui permet de longues phrases sans respirer, des piani filés, des aigus tenus, un contre mi bémol que très peu osent à la fin de l’acte I… tout ceci au service d’une musicalité qui est l’apanage des grandes belcantistes. Rien d’étonnant que la jeune Andalouse cite comme ses quatre modèles Callas, Sutherland, Gruberova et Caballe.

Saluons donc ces « secondes distributions » qui parfois valent bien des « premières » et qui permettent non seulement aux jeunes artistes de faire leurs armes, mais aussi au public néophyte de s’approcher de l’art lyrique sans se ruiner. Certaines capitales feraient bien de s’inspirer de Madrid ou Barcelone…

Crédit photographique : © EFE

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