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Le retour d’une légende : Hans Knappertsbusch

À emporter, CD, Musique symphonique

Johan Sebastian Bach (1685-1750) : Concerto pour violon BWV 1041 ; Joseph Haydn (1732-1809) : Symphonie n°94 ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°8 « inachevée » D. 759 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°8 op. 93 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°3 op. 90 ; Richard Wagner (1813-1883) : ouvertures et préludes de Rienzi, Tannhäuser, Lohengrin, Les maîtres chanteurs de Nuremberg, Parsifal ; Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°8 (édition Lienau, 1892). Wolfgang Schneiderhan, violon. Orchestre philharmonique de Vienne, Orchestre philharmonique de Berlin, Orchestre philharmonique de Brème, Orchestre de la Suisse romande, Orchestre de la Tonhalle de Zurich, Orchestre du Staatsoper de Berlin, direction : Hans Knappertsbusch. 4 CD ArtoneMembran 222334-354. Enregistré en 1943, 1944, 1947, 1950, 1951 et 1952. Notice de présentation en allemand et anglais.

 

Chef d’orchestre entré dans la légende pour ses interprétations des opéras de Wagner, caractère fantasque qui détestait les répétitions, interprète des lenteurs les plus extrêmes, (1888-1965) allias « Kna » avait une personnalité entière, peu portée sur le compromis ou l’hypocrisie, dont le sens de l’humour se révélait souvent aussi inattendu que désopilant. Le legs discographique du maestro reste essentiellement centré sur le corpus lyrique wagnérien, et ses prestations symphoniques ne sont jamais vraiment parvenues à s’imposer face à celles de ses contemporains germanophones : Furtwängler, Karajan, Klemperer, Krips, Jochum…

Ce coffret de quatre disques permet donc une approche assez approfondie et variée de son art. On passera pudiquement sur un très lent Concerto pour violon BWV 1041 sous l’archet de dont le style romantisé à outrance ne fait même pas figure de témoignage archéologique. La Symphonie « inachevée » de Schubert est le grand choc du coffret. D’une lenteur infinie mais d’une tension et d’une logique saisissantes, le chef d’orchestre tire cette musique vers Bruckner et l’esprit n’est pas loin du dernier mouvement de son ultime symphonie. Les tutti rougeoyants prennent des accents crépusculaires alors que les solos et traits des cordes apparaissent taillés dans la roche. La Symphonie n°8 de Beethoven subit le même traitement mais avec un peu moins de réussite. Si l’esprit de l’œuvre est certainement ailleurs, l’auditeur reste admiratif de la capacité du chef à mettre en avant la clarté des textures et à soutenir le discours alors qu’on évolue aux limites du décrochage. Il en va de même pour une Symphonie n°94 de Haydn dont l’humour très « fête de la bière » peut séduire. La Symphonie n°3 de Brahms est fascinante. Rythmée par d’imposantes scansions et solidement charpentée, cette interprétation emporte la partition vers les abîmes de l’abandon et de la résignation. Même le dernier mouvement, souvent éclatant et jubilatoire n’est ici que désespoir et ténèbres. Le cas de la Symphonie n°8 de Bruckner se révèle problématique. Grand admirateur du compositeur, le maestro s’est malheureusement fourvoyé en utilisant des éditions indéfendables de ses symphonies. Cette édition Lienau de 1892 massacre littéralement le texte original et l’oreille se demande même si le dernier mouvement n’est pas tout simplement une variation sur un thème de Bruckner. Au-delà des notes, on ne peut qu’admirer l’emprise du chef sur les musiciens d’un philharmonique de Berlin qui suit avec grâce les brusques variations de tempos du chef d’orchestre. C’est bien sûr dans Wagner que « Kna » atteint les cimes. La sélection d’ouverture est emportée avec le même élan épique et la même foi en l’art. Même, le bien limité orchestre philharmonique de Brème se transcende pour offrir une ouverture de Tannhäuser emportée et narrative comme jamais sous cette direction tellurique.

Au final, ce coffret vendu à prix économique, intéressera tous les amateurs de direction d’orchestre et il permet de redécouvrir l’art et le style d’un géant.

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