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Leo Borchard, chaînon manquant entre Furtwängler, Celibidache et Karajan

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Piotr Ilitch Tchaikovsky (1840-1893) : Casse-Noisette, suite de ballet op. 71a ; Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Obéron, ouverture ; Alexandre Glazounov (1865-1936) : Stenka Razin, poème symphonique op. 13. Berliner Philharmoniker, direction : Leo Borchard. 1 CD Tahra. Réf. : TAH 520. ADD. Enregistré en 1934-35 et juin 1945. Durée : 73’31’’

 

Ce disque constitue un hommage vraiment bienvenu et mérité à un chef d’orchestre trop oublié qui fut l’élève d’Hermann Scherchen : il est donc d’autant plus sympathique et méritoire que Myriam Scherchen, présidant aux destinées du label Tahra, soit à l’origine de cet hommage.

Quelle étrange et triste destin que celui de  : né le 21 mars 1899 à Moscou de parents allemands, il acquiert une solide formation musicale à Saint-Pétersbourg, ville de son enfance. Mais la Révolution Russe contraint la famille Borchard à revenir définitivement en Allemagne dès 1920. C’est là que le jeune musicien parfait sa formation de chef d’orchestre avec Hermann Scherchen, Bruno Walter et Otto Klemperer, se liant parallèlement à de jeunes compositeurs allemands tels que Boris Blacher ou Gottfried von Einem. Les années 30 voient dans les studios d’enregistrement où il grave environ 35 faces de 78 tours/min pour Telefunken, essentiellement avec l’. Mais le régime nazi l’interdit bien vite de direction sous prétexte d’» absence de fiabilité politique », ce qui l’amène dès 1938 à faire partie du groupe de résistants anti-nazi « Onkel Emil » sous le nom de résistance d’Andrik Krassnow. Après la chute du nazisme, Borchard dirigera les premiers concerts de la Philharmonie de Berlin pendant que Furtwängler était inquiété dans les procès de dénazification. C’est au retour de l’un de ces concerts, le 23 août 1945, que sera absurdement tué par une sentinelle américaine, lui qui avait toujours été farouche adversaire du nazisme, en actes comme en propos.

On peut toujours imaginer quel aurait été le futur musical si cet acte stupide n’avait pas eu lieu : sans doute Sergiu Celibidache ne lui aurait-il pas succédé à la Philharmonie de Berlin, mais, surtout, la carrière d’Herbert von Karajan aurait-elle été sensiblement différente de celle que l’on connaît. Il n’en est pas moins vrai que le nombre de documents sonores légués par est assez restreint, ce qui est fort déplorable si l’on envisage leurs qualités artistiques : l’essentiel de ce CD Tahra est constitué d’interprétations remarquablement nuancées et convaincantes de l’Ouverture d’Obéron de Weber, de Roméo et Juliette de Tchaikovsky et du poème symphonique Stenka Razin de Glazounov, captées par la Radio berlinoise en juin 1945 – le Glazounov ayant longtemps été attribué par erreur à Wilhelm Furtwängler (qui ne l’a jamais dirigé), ce qui démontre à suffisance les qualités interprétatives : grandeur, noblesse et sens de l’architecture musicale. La présence en complément de la Suite de ballet Casse-Noisette dans un enregistrement commercial Telefunken de 1934-35, est vraiment adéquate, car non seulement elle confirme les affinités de Leo Borchard avec la musique russe, mais de plus, sa version est d’une délicatesse et d’une subtilité rares, et l’on comprend vraiment à l’audition pourquoi Mozart était le compositeur favori de Tchaikovsky.

Au total, ce CD est loin d’être un simple disque-souvenir : les interprétations proposées nous révèlent un musicien sympathique et remarquablement doué, trop tôt arraché à notre monde par l’absurdité humaine. Nous ne savons si d’autres bandes radio du chef ont survécu, mais en tout cas, Tahra serait bien inspiré en publiant un « Leo Borchard volume 2 » contenant d’autres gravures commerciales Telefunken : l’Ouverture Banditenstreiche (Les joyeux bandits) de Franz von Suppé, une Symphonie de Haydn, la musique de Peer Gynt de Grieg, le Concertino pour piano de Jean Françaix avec le compositeur en soliste, sans compter les divers accompagnements à l’orchestre de chanteurs tels que le baryton viennois Hans Reinmar (1895-1961) – dans Les Adieux de Wotan, le ténor allemand Marcel Wittrisch (1901-1955) et la soprano finlandaise Aulikki Rautawaara (1906-1990).

Signalons que les textes de la plaquette ont été rédigés par Karin Friedrich, fille de la compagne de Leo Borchard, et que les transferts sont les meilleurs possible pour ce genre de documents sonores, tout en prévenant que la bande originale de Roméo et Juliette était légèrement mais irrémédiablement détériorée en plusieurs endroits de son début.

À lire : la chronique consacrée à trois versions de la Symphonie n°9 de Beethoven par Furtwängler parues chez Tahra.

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Piotr Ilitch Tchaikovsky (1840-1893) : Casse-Noisette, suite de ballet op. 71a ; Roméo et Juliette, ouverture-fantaisie ; Carl Maria von Weber (1786-1826) : Obéron, ouverture ; Alexandre Glazounov (1865-1936) : Stenka Razin, poème symphonique op. 13. Berliner Philharmoniker, direction : Leo Borchard. 1 CD Tahra. Réf. : TAH 520. ADD. Enregistré en 1934-35 et juin 1945. Durée : 73’31’’

 
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