Herbert Blomstedt à Leipzig, la tradition de l’avenir !

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonie n°3 en ré mineur (version de 1873), Johannes Brahms (1833-1897) : Symphonie n°2 en ré majeur op. 73 ; Carl Nielsen (1865-1931) : Symphonie n°5, op. 50 ; Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°5 en do mineur, op. 67 ; Johann Adam Hiller (1728-1804) : Ouverture « Die Jagd » ; Max Reger (1873-1916) : Variations et fugue sur un thème de Johann Adam Hiller, op. 100 ; Siegfried Matthus (né en 1934) : Responso, concerto pour orchestre ; Felix Mendelssohn Bartholdy (1809-1847) : Ouverture de « Ruy Blas », Concerto pour piano et orchestre n°2 en ré majeur, op. 40 ; symphonie n°3 « écossaise ». Bernd Glemser, piano. Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, direction : Herbert Blomstedt. 1 coffret de 5 Cd Querstand. Référence VKJK 0507. Enregistré en concert entre 1998 et 2004. Notice de présentation en allemand, anglais et français. Durée : 5h53

 

Le label allemand Querstand édite un beau coffret en hommage au mandat du chef d’orchestre suédois à la tête de l’. Unanimement apprécié de son orchestre pour ses qualités artistiques et humaines, ce vétéran suédois de 77 ans peut s’enorgueillir d’une superbe carrière qui l’aura vu assurer la direction musicale de la Philharmonie d’Oslo, des orchestres radio-symphoniques du Danemark et de Suède, de la Staatskapelle de Dresde, du San Francisco Symphony, puis de la vénérable formation de Leipzig. Son legs discographique comporte des merveilles comme les symphonies de Beethoven et de Schubert avec l’orchestre de Dresde (Berlin Classics) et deux cycles des symphonies de Nielsen (EMI puis Decca).

Ce présent boîtier complète utilement la discographie du chef tout en apportant de nouvelles versions de quelques-uns de ses chevaux de bataille. Tout au long de ce parcours, il est frappant de constater la tenue de l’orchestre : ses timbres assez gris mais clairs, la qualité de ses vents, la puissance de ses ensembles.

Le coffret s’ouvre par la Symphonie n°3 de Bruckner, jouée dans l’édition originale de 1873. En dépit de son amour pour la musique du maître de Saint Florian, Blomstedt ne s’est jamais imposé comme un grand brucknérien. Dans le prolongement de son décevant enregistrement de la symphonie n°9 (Decca), il ne sait pas unifier, ni transcender cette symphonie. À l’inverse d’un (lire ici la chronique de cet enregistrement) qui associe équilibre des lignes polyphoniques et pugnacité, le chef s’enlise dans une interprétation qui manque de forme et d’élan. On a l’impression que le maestro ne sait pas choisir entre l’attention portée à l’équilibre entre les parties et l’influx nécessaire à unifier cette pièce encore à l’état de diamant brut. Certains passages sont assez réussis et dans le final la machine s’emballe parfois, mais ce concert, ne peut s’imposer en dépit de la prestation superlative de l’orchestre.

La Symphonie n°2 de Brahms est d’un tout autre niveau. Le chef choisit des tempi assez retenus mais il sait éviter l’enlisement. Le premier mouvement, servi par de superbes solistes, est pastoral et plaisant, le second se révèle poétique tandis que les deux derniers, pris dans des tempi assez vifs, sont une apothéose grandiose mais sincère. Ce Brahms assez luthérien par ses teintes grises est tout de même fascinant.

L’orchestre du Gewandhaus est l’une des premières formations allemandes à avoir programmé la Symphonie n°5 de . Le 27 octobre 1927, le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler proposa en présence du compositeur une exécution de cette partition. Grand serviteur de la musique du Danois, Blomstedt sait unifier les climats de cette partition aux choix d’orchestration inusités et sous sa baguette, tout apparaît subtil et léger, logique et implacable. La douceur des cordes alliée à la tendresse des vents font de ce concert une référence discographique absolue. La Symphonie n°5 de Beethoven est le choc absolu du coffret. Dans une optique qui accorde la plus grande importance à l’équilibre et à l’étagement des lignes mélodiques, le chef d’orchestre offre une vision altière et grandiose de la symphonie du destin. L’équilibre entre les pupitres et la qualité des solos sont combinés à une magistrale gestion de la progression narrative des mouvements. Cette interprétation s’impose tout simplement comme l’une des plus grandes versions de ces vingt dernières années, remisant la plupart des essais des baroqueux et des pseudos gloires de l’ère numérique au rang d’aimables souvenirs.

Premier chef d’, est l’auteur de l’ouverture Die Jagd qui est à son œuvre ce que la Cavalerie légère est à celle de . Blomstedt et ses troupes servent à merveille cette partition vive, enjouée et fort bien troussée.

est un compositeur qui a le don de faire froncer le sourcil dès que l’on prononce son nom ! Cet artiste, au legs aussi gigantesque que méconnu, est assimilé à l’archétype même du compositeur germanophone à la musique structurée à l’excès, boursouflée et ennuyeuse. Mais ce portrait est une image d’Épinal bien exagérée. Composées suite à la découverte d’une mélodie de Hiller, les Variations et fugue sur un thème de Hiller sont une création lumineuse à l’orchestration chatoyante et inventive. Il est difficile de trouver de meilleurs avocats que nos interprètes engagés comme jamais dans la défense de ce compositeur à redécouvrir d’urgence.

Peu connu en dehors de l’Allemagne, est pourtant une figure marquante de la scène contemporaine germanique ; hostile à toute mode ou fatuité, cet homme est le géniteur d’une œuvre sincère et puissante. Créé en 1977 et remanié en 1979, ce concerto est une partition charnière dans sa carrière. Sous l’influence de Stravinsky, Bach, Weber, Dvorak, Mahler, cette pièce saisit par la richesse et la variété de ses climats et la solidité de sa structure. Le premier mouvement ostinato à la motorique complexe est une grande réussite tandis que l’adagio final à la noire tension mahlérienne s’affirme d’une imposante force dramatique.

Le dernier disque est intégralement consacré à Mendelssohn dont on connaît le rôle dans la vie de l’orchestre. La rare ouverture de Ruy Blas est conduite de main de maître dans un tempo vif et léger. Seule œuvre concertante du coffret, le Concerto pour piano n°2 est servi par l’excellent pianiste allemand qui sait trouver le ton juste dans cette œuvre juvénile et enthousiasmante. La lecture de sa la Symphonie n°3 « écossaise » est d’une grande qualité plastique. L’orchestre est en très grande forme, mais la discographie aussi surabondante que qualitative, laisse peu de place à ce bon concert auquel il manque la flamme d’un Mitropoulos (Orfeo) ou d’un Dorati (Mercury).

Le généreux livret de présentation offre différents essais et une liste très précise des œuvres proposées par le chef d’orchestre au long de son mandat. Il faut également saluer la qualité des prises de son radiophoniques mais digne de qualité studio qui rendent justice aux timbres de l’orchestre. En dépit des quelques réserves, il est urgent de fêter ce généreux coffret qui témoigne de l’art d’un artiste hostile aux vanités de la médiatisation mais dont l’art est essentiel par sa probité et son humilité.

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.