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Programme hexagonal par Pascal Rophé et Roger Muraro

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Paris, Théâtre Mogador: Mercredi 26 et jeudi 27 avril, 20h00. Olivier Messiaen (1908-1992) : Oiseaux exotiques ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Claude Debussy (1862-1918) : Images III pour orchestre. Roger Muraro, piano ; Orchestre de Paris, direction : Pascal Rophé.

Programme purement hexagonal par des interprètes « du cru » pour ce deuxième volet de « travail d’orchestre ». L’ n’oublie pas lors de ses tournées qu’il est l’ambassadeur de notre culture (sa première prestation salzbourgeoise, première apparition d’un ensemble français dans le mythique festival de la ville de Mozart, était consacrée aux Troyens d’Hector Berlioz) et la musique française reste son pain (presque quotidien). Malgré une succession de directeurs musicaux de tous horizons, l’empreinte des créateurs Charles Munch et Marcel Landowski reste vivace.

, lauréat du concours Besançon de 1988, garde de ses passages à l’Ensemble Intercontemporain et à l’Itinéraire un goût profond pour la musique du XXe siècle. Invités par de nombreux orchestres ( bien sûr, dans le Fou de Landowski, mais aussi Orchestre National de Belgique, Orchestre National de France, Orchestre Philharmonique de Radio-France, Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, Orchestre National d’Ile-de-France, Orchestre de la Fenice de Venise, Orchestre Symphonique de La Haye, …) il prendra dès la saison prochaine la direction de l’Orchestre Philharmonique de Liège avec lequel il a déjà enregistré un CD consacré aux œuvres de Thierry Escaich. Créateur de nombreux opéras contemporains (Médée de Michèle Reverdy, Galilée de Michael Jarrel, …) il se consacre de plus en plus au répertoire romantique.

Oiseaux exotiques de Messiaen est pour piano et 17 instruments à vents et percussions, un effectif original justifié par Messiaen pour rendre les coloris chatoyants des animaux évoqués : « toutes les couleurs de l’arc-en-ciel y circulent, y compris le rouge, couleur des pays chauds et du beau Cardinal de Virginie ! ». Œuvre de maturité du compositeur, elle est le second volet d’une tétralogie pour piano et ensemble destinée à son épouse Yvonne Loriod qui comprend Réveil des oiseaux, Sept haïkaï et Couleurs de la Cité céleste. Cette pièce est un concentré des inspirations du compositeur : les chants d’oiseaux bien sûr, mais l’exotisme renvoie à sa fascination pour l’Extrême-Orient, les couleurs et la spiritualité (ces mêmes oiseaux des tropiques sont repris dans Saint François d’Assise). Mais au-delà des chants d’oiseaux et des rythmes indiens, Messiaen en appelle à la sensibilité de l’auditeur qui doit « entendre et voir […] des sons-couleurs ». , qui a enregistré l’intégralité de l’œuvre du compositeur, officiera ces soirs des 26 et 27 avril dans une partition qui, depuis sa création triomphale en 1955 n’a plus été souvent reprise.

A l’opposé de l’optimisme presque naïf d’, le Concerto pour la main gauche est certainement l’œuvre la plus noire de . Marqué par la Première Guerre Mondiale (ou il fut ambulancier) cet évènement majeur du XXe siècle n’a pas ressurgi sur l’œuvre du compositeur du Boléro -le Tombeau de Couperin est plus empli de nostalgie que de pessimisme- avant ce concerto. Commande du pianiste autrichien Paul Wittgenstein, autre rescapé -le bras droit en moins- du conflit (mais sur le front russe et du coté germanique) et des camps de concentration sibériens, Ravel composa en même temps tel un antidote le Concerto en sol. Wittgenstein ne fut pas satisfait de ce qui est aujourd’hui considéré comme un chef d’œuvre du XXe siècle, et modifia la partition, au grand dam du compositeur. La création à Vienne en 1932 fut des plus mitigée, ce qui n’empêcha pas ce concerto de connaître le succès que l’on sait. Pièce en un mouvement, le Concerto pour la main gauche, après une courte introduction instrumentale, s’ouvre sur une vaste cadence du piano qui balaye tout le clavier, le but étant d’effacer au maximum à l’audition la présence de cette « unique main ». Le génie orchestral de Ravel est omniprésent : le compositeur est au faîte de sa gloire et de sa maturité créatrice, peu de temps avant les premiers signes de cette tumeur au cerveau qui allait peu à peu altérer ses capacités mentales. Œuvre profondément pessimiste, surgie d’un inconscient refoulé des horreurs de la guerre ou prémonition de la maladie (et d’une autre guerre) à venir, elle se termine sur une courte et violente marche militaire.

Les Images pour orchestre (en réalité Images III, les deux premières étant pour piano) sont aussi une œuvre de maturité de Debussy, immédiatement postérieures à la Mer et contemporaines des Préludes pour piano. Debussy est au summum de son génie créateur et de sa célébrité. Triptyque symphonique dont le volet central est lui-même en trois parties, chacun des mouvements résume les horizons inspirateurs du compositeur (l’Ecosse pour Gigues, l’Espagne pour Iberia, la France avec Rondes de Printemps) et sont souvent donnés séparément, comme des œuvres autonomes. Néanmoins seule Iberia a connu un certain succès, les autres restant peu jouées. Debussy semble dans ces trois évocations symphoniques résumer l’essentiel de son style. Le dépouillement et une harmonie de plus en plus chargée vont irriguer les œuvres suivantes (le Martyre de Saint Sébastien, Jeux, Trois poèmes de Mallarmé, Etudes pour piano, …), véritables oracles des transformations esthétiques du XXe siècle.

 

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Paris, Théâtre Mogador: Mercredi 26 et jeudi 27 avril, 20h00. Olivier Messiaen (1908-1992) : Oiseaux exotiques ; Maurice Ravel (1875-1937) : Concerto pour la main gauche ; Claude Debussy (1862-1918) : Images III pour orchestre. Roger Muraro, piano ; Orchestre de Paris, direction : Pascal Rophé.

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