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Orchestre philharmonique de Vienne – Thielemann, contrastes appuyés

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Bruxelles. Palais des Beaux-Arts. 29-III-2006. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour basson et orchestre en si bémol majeur KV 191. Robert Schuman (1810-1856) : Symphonie n°3 « Reinische » en mi bémol majeur op. 97. Ludwig Van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°5 en do mineur op. 67. Stepan Turnovsky, basson ; Wiener Philharmoniker, direction : Christian Thielemann.

La présidence de l’Autriche au conseil de l’Union Européenne nous permet de recevoir à Bruxelles une institution mythique, l’. C’est là une parfaite occasion pour le mélomane de pouvoir se forger son opinion sur , chef si controversé dans nos régions alors que nos voisins germanophones en ont fait leur nouvelle coqueluche et l’accueillent avec enthousiasme au festival de Bayreuth, n’hésitant pas à confier au chef formé par le maestro Karajan leur nouveau Ring attendu pour cette saison 2006. Pour cette soirée de gala aux couleurs de l’Autriche, Thielemann a sélectionné dans son bagage déjà très typé « germanique », quelques poids lourds du répertoire. Après un Concerto pour basson de Mozart (décidemment le jubilaire de toutes les soirées…), la phalange viennoise proposait rien de moins que la Rhénane de Schuman suivie de la Symphonie n°5 de Beethoven.

Stepan Turnovsky, basson solo (fagott devrait-on dire) de l’orchestre, qui officie pour le concerto de Mozart. Cette première œuvre concertante n’est pas la plus intéressante dans la globalité de l’œuvre mozartienne, celle-ci enchaînant arpèges et sauts d’octaves comme autant d’exercices semblables à ceux que l’instrumentiste pourrait pratiquer chez-lui. La petite différence est que dans notre cas, il s’exerce devant un parterre d’auditeurs et qu’il a droit à l’accompagnement d’un orchestre. Joué comme c’était le cas ce soir et avec un accompagnement aussi soigné, on prend néammoins un plaisir manifeste à l’écoute de la belle sonorité ronde et sensible de Turnovsky. L’orchestre offre un accompagnement d’un raffinement et d’une retenue d’un niveau rarement atteint par d’autres ensembles tout aussi prestigieux que la Philharmonie viennoise. Les cordes révèlent leur couleur très particulière, affirmant leur vibrato et une brillance élégante.

Tandis qu’il avait abordé Mozart à mains nues, Thielemann revient sur scène armé d’une baguette géante, histoire d’affronter sans complexe la Symphonie n°3 de Schuman. Le Rhin a joué un rôle majeur dans la vie du compositeur. D’abord séduit par celui-ci dans sa jeunesse, c’est en se jetant dans ce même fleuve qu’il tentera de mettre fin à ses jours lorsque sa raison sera ébranlée. Cette fois, on doit admettre que Thielemann est moins convaincant. Il faudra attendre le quatrième mouvement, celui évoquant la cathédrale, pour le voir habiter cette musique. Avant cela, l’orchestre est branché sur mode automatique, les cornistes multiplient les fausses notes et lorsque le chef tente de reprendre le contrôle de son orchestre en roue libre, la réaction de l’ensemble se fait attendre longuement. La lumière vient enfin illuminer l’orchestre, Thielemann nourrissant enfin son discours d’une ligne directrice. Il sut dans le lebhaft final faire remonter à la surface le mélange de rage et d’espoir bien ancré dans cette partition, parvenant à faire oublier la déception première.

Diriger la Symphonie n°5 avec le Wiener Philharmoniker, c’est tout de même s’attaquer à un mythe… Si l’on se laisse intimider, le risque est grand de se calquer sur l’héritage des aînés. Thielemann ne se laisse pas aller à la facilité et développe sans jamais faillir une lecture ultra-contrastée et pourtant remarquablement cohérente de ce monument musical. Si la mise en place des premiers accords laisse à désirer – l’harmonie accusant un léger décalage sur le pupitre des cordes- le chef reprend rapidement son orchestre en main, proposant dans le second mouvement l’alternance bienvenue entre le raffinement de la petite harmonie et toute la masse, la martialité des cuivres. En démultipliant ainsi le discours musical, le chef dont on perçoit la maîtrise du langage wagnérien parvient à surprendre l’auditeur. L’intelligence de l’interprétation fera même s’évanouir le risque de lourdeur dans le final. A la tête de cette formation et au service de Beethoven, Thielemann a vraiment tout des plus grands. Il est simplement regrettable que cette soirée d’exception n’ait pu, malgré tout l’enthousiasme du public, être ponctuée par un bis.

Crédit photographique : © DR

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