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Christoph von Dohnányi : Le maître dans son jardin

À emporter, CD, Musique symphonique

Igor Stravinsky (1882-1971) : l’Oiseau de feu (ballet intégral), Petrouchka (version de 1947) ; Béla Bartók (1881-1945) : Le mandarin merveilleux (ballet intégral), Deux portraits op. 5. Chœur de l’Opéra d’Etat de Vienne, Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Christoph von Dohnányi. 2 CD Decca « collection Éloquence ». Référence : 476 2700 (Oiseau de feu, Deux Portraits) 476 2686 (Petrouchka, Mandarin Merveilleux). Enregistré entre 1978 et 1981. Livret de présentation en anglais. Durée : 125’13

 

La filiale australienne de Decca via la collection Eloquence met enfin à disposition d’un large public quatre enregistrements majeurs de l’une des plus fines baguettes de notre époque dans son répertoire de prédilection. Le chef d’orchestre Christoph von Dohnányì a établi sa réputation sur sa fidélité aux intentions des compositeurs. Si dans le répertoire classique et romantique, ce respect du texte nuit parfois à la tension de ses interprétations, elle fait merveille dans le répertoire du XXe siècle. Au tournant des années 1980, le musicien grava pour le label Decca envers lequel il fut d’une grande fidélité, une série de disques qui culminent dans ces enregistrements des ballets de Stravinsky et Bartók.

Dohnanyi est l’auteur d’un magistral enregistrement public de l’intégralité du ballet l’Oiseau de feu à la tête de la Philharmonie tchèque de Prague (Praga). Cette présente version qui n’avait jamais eu l’honneur du disque compact, bénéficie d’une prise de son digne d’éloges et elle va encore plus loin dans l’exploitation du texte. La finesse, alliée à la chaleur des timbres de l’orchestre viennois, la précision technique des instrumentistes et ses dynamiques impressionnantes font un sort au célèbre ballet. Dohnányì privilégie la clarté des textures, l’étagement des lignes mélodiques et la progression narrative de l’œuvre. Sous sa conduite, l’histoire se déroule, logique et implacable tandis que le maestro refuse toute optique de musique pure qui nuirait à la perception de la pièce. La vision du chef rend justice aux initiatives modernistes de Stravinsky tout en respectant la filiation « Rimskienne » de la partition : les vents sont acérés alors que les épisodes démonstratifs comme la Danse infernale du roi Kashchei et de ses sujets ne versent jamais dans le concours de décibels. Il n’y a pas à hésiter, il est indispensable de saluer ce disque comme l’absolue référence de l’intégralité du ballet. Cet album nous propose un complément aussi rare qu’intelligent : les deux Portraits de . Le premier d’une durée d’une dizaine de minute recycle le matériel du Concerto n°1 pour violon et orchestre. Cette page aux climats élégiaques est une petite merveille magnifiée par l’interprétation du violoniste Erich Binder et du chef d’orchestre. D’un ton bourru et dansant, le bref second portrait clôt en beauté ce disque en tout point magnifique.

On reste sur des cimes vertigineuses avec le couplage de Petrouchka et du Mandarin Merveilleux. Les qualités de l’Oiseau de feu font encore ici merveille et l’oreille se pâme devant la gouaille populaire des vents, les sonorités festives des cuivres et le galbe des cordes. Dohnányí joue de son orchestre avec une acuité renversante : la moindre nuance et la plus petite note deviennent perceptibles. Mais le sommet de cette série réside dans une interprétation hallucinante et visionnaire du Mandarin Merveilleux joué, fort heureusement, dans son intégralité avec le chœur final. Dans une œuvre qui permet toute débauche, Dohnanyi lâche littéralement son orchestre à l’assaut de la partition. Les arêtes sont tendues à l’extrême, les sons capiteux de la clarinette et la violence des cuivres composent une interprétation d’un dramatisme et d’une rigueur exacerbés. Tout comme pour l’Oiseau de feu, cette interprétation met les pendules à l’heure et s’impose comme une pierre indispensable à la discothèque de tous les admirateurs de la pièce.

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