La Sylphide par le Royal Danish Ballet

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Baron Herman Severin Løvenskiold (1815-1870) : La Sylphide. Chorégraphie : Auguste Bournonville. Mise en scène  : Henning Weinreich. Lumières : Chris Bartlett-Judd. Avec : Lis Jeppesen, la Sylphide ; Nikolaj Hübbe, James ; Sorella Englund, Madge ; Morten Munksdorf, Gurn. Orchestre Royal Danois, Direction musicale : Poul Jorgensen. Réalisation : Robin Scott. Enregistré au Théâtre Royal de Copenhague en octobre 1988. 1 DVD Warner Music Vision 50-51011-2322-0. Notice en anglais. Zones : 2-3-4-5. Durée : 62 minutes.

 

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La Sylphide est le grand ballet qui entame l’ère glorieuse du romantisme et des ballerines reines de la danse. Composé en 1832 par Filippo Taglioni à l’Opéra de Paris pour sa fille, Marie, réputée pour ses qualités d’élévation et de légèreté, une autre version a vu le jour en 1836, créée par et dansée pour la première fois par Lucile Grahn, à Copenhague. Emblématique d’une époque, il symbolise l’impossibilité de l’homme à accomplir son désir ; ici, la sylphide étant l’Idéal Féminin, le héros, James, ne peut parvenir à une décision aboutie : il délaisse sa fiancée Effie le jour de son mariage par immaturité adolescente, il tue la Sylphide pour avoir voulue trop l’approcher.

L’Opéra de Paris possède la recréation que Pierre Lacotte a proposé au début des années 1970, dans le style romantique de l’époque, s’aidant des notes retrouvées à la Bibliothèque de l’Opéra et de sa connaissance immense de la danse du XIXème siècle. A contrario, le Ballet Royal de Copenhague a conservé sa version depuis sa création, sans en avoir modifié un seul pas. Comprendre la nécessité d’instituer une transmission intergénérationnelle est la source de la sauvegarde de ce répertoire : comment justifier que les danois aient conservé, après tant d’années, nombre de ballets de Bournonville, alors que la France, aussi très prolifique en matière de création chorégraphique, ne peut garantir la véracité de ses ballets qu’à travers des reconstitutions ?

Le style Bournonville, dont l’approche du corps est très physiologique, est respectueux des danseurs, et la mixité que l’on perdra chez Petipa est plaisante : l’homme et la femme y dansent autant l’un que l’autre, et le danseur n’est pas le réceptacle ou le porteur de la danseuse, mais il possède ses variations, et sa pantomime doit être très expressive. Dans les trop peu nombreux DVD du Ballet Royal, la Sylphide occupe une place de choix dans la comparaison que l’on peut en faire avec la version Lacotte. D’une heure à peine, l’intrigue est plus condensée, mais aussi plus explicite : la pantomime est maîtrisée par tous, et la sorcière Sorella Englund est fabuleuse : la scène où elle fait cuire le voile qui tuera la Sylphide lorsqu’elle l’aura posée sur ses épaules est digne des téléfilms d’horreur des années 1980, vue prise en contre-plongée et maquillage verdâtre d’ermite solitaire. Les danseurs solistes semblent avoir une connaissance très précise de leur corps et vont dans ce que celui-ci leur permet et non ce que la gymnastique exige aujourd’hui : les sauts ne sont pas prétexte à devenir des grands jetés, et les double tours en l’air ne sont pas surenchères d’exploits techniques. A ce titre, bénéficie d’un corps athlétique, mais en aucun cas torturé par une élasticité du corps trop importante et sa musculature lui permet un contrôle constant sur ses gestes. C’est ce que l’on voit de moins en moins de nos jours, où l’on condamne les danseurs à une utilisation abusive des possibilités des articulations, et où ils sont condamnés à arrêter leur carrière à trente ans. Le fait qu’ils interprètent princes, rois, déesses ou bayadères ne les mettent pas pour autant au-dessus de leur condition humaine. Le corps de ballet est efficace, malgré son emploi assez secondaire.

En attendant la réédition prochaine d’autres ballets du Ballet Royal, nous découvrons, en France (pourtant son pays natal, et pays de sa formation de danseur !), que Bournonville est un chorégraphe génial, et que les danois ont eu raison de conserver. Sur cet appui classique, qui forme l’histoire de leur danse et de leur culture (qui pourrait imaginer en France un hommage fait à Lifar, comme les danois en ont fait un à Bournonville, l’année dernière pour le bicentenaire de sa naissance ?), se trouve la tradition : c’est en s’appuyant sur le passé que la danse trouve son avenir, et c’est sur ce socle inébranlable que le Ballet Royal affirme son statut de compagnie on ne peut plus vivante

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