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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 18/V/2006. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 16  ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 en ut majeur « Léningrad » op. 30. Nelson Freire, piano. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

Les concerts de Radio France

Ce beau concert s’est ouvert avec le flambeau du patrimoine musical norvégien. L’unique concerto de Grieg témoigne de sa maîtrise orchestrale et pianistique. Il a 25 ans quand il écrit cette œuvre emblématique dédiée à Edmund Neupert qui le crée à Rome le 3 avril 1870. Grieg n’hésite pas à s’inspirer de Schuman pour le premier mouvement, Chopin pour le second et Liszt pour le finale. La souplesse rythmique est extraordinaire. Elle est magnifiquement soulignée par l’orchestre et le talent émouvant de au piano. Sans jamais trop en faire, sans excès ni décorations d’aucune sorte, simplement en respectant la partition, le grand pianiste brésilien trouve les accents les plus subtils, les couleurs les plus délicates au service des motifs du premier mouvement Allegro molto moderato. A la tête d’un Orchestre National en pleine forme et excellent, accompagne avec équilibre et discernement le lyrisme élégiaque de ce chef-d’œuvre. Le piano chante avec élégance la longue mélodie du second mouvement Adagio. Le toucher de , ses attaques, son engagement, son phrasé fluide, sont un enchantement. Avec une discrète virtuosité, il aborde l’éblouissant dernier mouvement Allegro moderato e marcato et son admirable cadence.

Rappelons qu’au début de ses études musicales au conservatoire de Saint Petersbourg en 1919, les dons phénoménaux de ce jeune étudiant de treize ans provoquent la stupéfaction de ses maîtres et de ses professeurs. Et pas n’importe lesquels : Glazounov pour la composition, Nicolaïev et Steinberg pour le piano. Sa maîtrise de la technique orchestrale est éblouissante. Même si Chostakovitch puise son inspiration chez Tchaïkovski pour l’orchestration et Mahler pour la forme et la ligne harmonique de ses symphonies, son langage musical s’inscrit pleinement dans son siècle. En 1927, il commence une carrière officielle de musicien soviétique, mêlé à la vie politique et sociale de son pays. Une carrière qui se singularisera par l’alternance d’honneurs et de disgrâces où on lui reprocha notamment son formalisme et sa soumission à la culture bourgeoise. Ce grand polyphoniste qui ne cesse de s’interroger sur le destin de l’humanité écrit sa Symphonie n°7 en 1941, en hommage à la résistance russe face aux nazis après la rupture du pacte germano-soviétique. Mais c’est aussi la période de la Terreur et des grandes purges staliniennes et l’on s’interroge si la grande marche centrale n’évoque pas la souffrance de cette période pour le peuple russe. Toujours est-il que cette marche centrale au crescendo magnifique popularise l’œuvre qui est créée d’abord par Henry Wood à Londres le 22 juin 1942 puis par Toscanini à New-York le 19 juillet.

C’est une symphonie à programme « dont l’exposition du premier mouvement raconte la vie heureuse des gens, confiants en eux et en leur avenir », explique Chostakovitch. Atmosphère rendue avec beauté par l’orchestre et son chef. trouve le ton juste et l’équilibre pour nous entraîner dans ce climat apaisant avant d’aborder le requiem de la guerre et la tragédie du peuple admirablement soulignée par le solo de basson. Puis, il nous emporte dans la tristesse et la rêverie qui hantent le deuxième mouvement avant que n’éclate dans un superbe crescendo le grandiose finale, symbole de victoire.

Crédits photographiques : © André Delacroix

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 18/V/2006. Edvard Grieg (1843-1907) : Concerto pour piano et orchestre en la mineur op. 16  ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n°7 en ut majeur « Léningrad » op. 30. Nelson Freire, piano. Orchestre National de France, direction : Kurt Masur.

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