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Un beau son et du beau monde pour la messe de Schubert

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Franz Schubert (1797–1828) : Messe n°5 en la bémol majeur D678 (2ème version de 1822)  ; Offertorium en si bémol majeur D963. Sandra Trattnigg, soprano. Lucia Schwartz, alto. Bernhard Berchtold, ténor. Christian Hilz, basse. Tölzer Knabenchor (chef de chœur : Gerhard Schmidt-Gaden). Wiener Akademie, direction : Martin Haselböck. 1 SACD Capriccio. Réf : 71 086. Messe enregistrée en concert dans la grande salle de la Musikverein à Vienne en 2004 et Offertorium enregistré dans la Sofiensäle en mai 1994. Bonne notice multilingue (allemand, anglais, français). TT : 52’19’’

 

Quand la technologie SACD s’associe à la merveilleuse acoustique naturelle de la grande salle dorée de la Musikverein, il va sans dire que la qualité de la prise de son de ce présent disque est assez exceptionnelle… Et heureusement pour nous, la magnifique interprétation du Tölzer Knabenchor, de l’excellent Wiener Akademie et de son chef , ne gâchent en rien le privilège accordé à l’audiophile d’une telle transparence sonore !

est souvent désigné comme la référence absolue pour les messes de Schubert, mais cette nouvelle interprétation de la Messe en la bémol majeur D678 mérite elle aussi les louanges, et ce malgré quelques rares et petites imprécisions dues au direct. Les solistes étant aussi très bons, tout est réuni pour que le concert tout comme le disque soient une belle réussite. Même s’il manque la rigueur et la puissance du Chœur de la Radio Bavaroise avec lequel Sawallisch a enregistré cette même messe chez EMI Classics, le timbre des voix angéliques du Tölzer Knabenchor rend cet enregistrement tout à fait singulier.

Sonates, musique de chambre, opéras, symphonies… L’esprit du lied romantique se retrouve partout dans la musique de Schubert. Mais qu’en est-il de ses messes ? La musique sacrée est un genre bien particulier par quoi les compositeurs du passé, se conformant aux exigences liturgiques et sous l’impulsion de leur propre foi religieuse, ont servi la cause de Dieu. Si les premières messes de Schubert sont à usage liturgique, et se placent dans la lignée de celles de Haydn et de Mozart tout en restant fidèle à la tradition de musique fonctionnelle remontant au XIVe siècle, il n’en va pas de même de sa Messe en la bémol majeur D678, qui atteint des proportions bien plus grandes, et dans laquelle il reflète davantage ses expériences religieuses personnelles, sa propre foi en Jésus Christ ; les libertés qu’il prend par rapport au support textuel et aux modèles musicaux en font une œuvre tournée vers l’avenir qui marque le début d’une nouvelle tradition romantique, qui sera perpétuée par Schumann, Mendelssohn, Brahms et d’autres.

On ignore pour quelles raisons Schubert se mit à composer une cinquième messe, un projet qui lui coûta en tout cas d’inhabituels efforts étalés sur une période de 3 ans, mais on sait en revanche qu’elle lui tenait beaucoup à cœur, qu’il estimait avoir aspiré « au plus haut dans l’art » et qu’il avait l’intention de la dédier à l’empereur. Beaucoup de choses intéressantes en tout cas dans cette œuvre à plusieurs égards prophétique et qui montre Schubert sous un visage quelque peu inhabituel, exprimant une puissance et une virtuosité qu’on ne lui connaissait pas dans ses œuvres antérieures. Le paisible Kyrie, d’une sérénité fragile, laisse place à un long et puissant Gloria qui aboutit en un interminable et impressionnant canon fugué, exigeant de la part des chanteurs comme de la part des instrumentalistes une bonne dose de virtuosité. On retrouve une puissance similaire dans le Credo, mais le plus frappant dans ce mouvement, ce sont certainement les dissonances et les modulations harmoniques que Schubert opère durant la partie « Et incarnatus » qui traite de la vie du Christ, plongeant la musique dans une ambiance tout à fait mystérieuse. Le céleste Sanctus avec ses sonorités visionnaires fait penser au début d’une symphonie de Bruckner, alors que l‘Agnus Dei semble anticiper sur l’atmosphère rêveuse du Requiem de Fauré…

Aussi contenu sur ce disque, Intende voci orationis meae D963, pour ténor, chœur et orchestre, est une des toutes dernières œuvres du compositeur, écrite comme une sorte de prière solennelle, fruit du seul élan de sa foi religieuse, dans laquelle Schubert manifeste sur le plan purement musical une habileté nouvelle pour l’art du contrepoint.

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Franz Schubert (1797–1828) : Messe n°5 en la bémol majeur D678 (2ème version de 1822)  ; Offertorium en si bémol majeur D963. Sandra Trattnigg, soprano. Lucia Schwartz, alto. Bernhard Berchtold, ténor. Christian Hilz, basse. Tölzer Knabenchor (chef de chœur : Gerhard Schmidt-Gaden). Wiener Akademie, direction : Martin Haselböck. 1 SACD Capriccio. Réf : 71 086. Messe enregistrée en concert dans la grande salle de la Musikverein à Vienne en 2004 et Offertorium enregistré dans la Sofiensäle en mai 1994. Bonne notice multilingue (allemand, anglais, français). TT : 52’19’’

 
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